‹ La flore pharaonique d'apres les documents hieroglyphiques et les specimens decouverts dans les tombesChapitre 114 sur 157 · Cei'Btoiiia Mlli(|aa L · texte numérisé non relu

Cei'Btoiiia Mlli(|aa L

Le mot hiéroglyphique Djaroudj ou Garouta signifie « gousse » en général. La forme Ddrrowju du même mot, plus rarement Adarrouya, répondant au copte Gnratè (Luc, XA^, d6), s'applique à un fruit spécial, au goiit de miel, que l'on mangeait sec ou confit, et dont on faisait une boisson nommée Tarroukou. C'est la « Gousse » par excellence, la Caroube, à laquelle les Grecs et les Latins donnaient également le nom de Gousse, y.îpy-ov, SiliqKa, désignations conservées par Linné dans le nom botanique de la plante, Cerntonia Siliqua. Dans le midi de la France, la Caroube se nomme Carouge, et l'on reconnaît facilement dans ce mot une dérivation de l'ancien égyptien. Caroube se dit Kharoub en arabe, mais aussi Qirat, et ce dernier mot se rapproche des formes hiéroglyphiques. Un mot arabe presque analogue, Qarad, désigne également une gousse, celle de l'Acacia arabica Willd. Tous ces mots, coptes, arabes, français même, dérivant de l'ancien égyptien, on peut supposer, non sans quelque vraisemblance, que les noms ■/.zoz-io)/ et Ceratonia, dont les trois consonnes radicales répondent exactement aux trois consonnes radicales des termes sémitiques, viennent également de l'égyptien et ne présentent avec /Àyx; qu'un rapport tout fortuit.

Théophraste nous apprend que le Caroubier se nommait vulgairement Figuier d'Egypte ; mais il assure qu'on ne le ren-

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conti'ait qu'en Syrie. Unger a trouvé une gousse de Caroubie représentée sur un tableau au milieu des offrandes funèbres, et Kotschy a rapporté d'Egypte une canne découverte dans un cercueil de momie, qu'il a reconnue, après examen au microscope, être en bois de C. Siliqua. Enfin, des gousses et des graines de Caroubier ont été découvertes par FI. Pétrie à Hawara et même à Kahoun, nécropole qui date de la XIP djmastie. Cet arbre est encore assez cultivé de nos jours en Egypte. La forme de son nom égyptien pourrait nous permetre de lui attribuer une origine étrangère, peut-être sémitique ; mais ce nom, comme on peut le remarquer, ne s'applique qu'au fruit. 11 date de la XIX*' dynastie, époque où l'on aimait agrémenter la langue égyptienne de mots empruntés à la Syrie.

Le nom de l'arbre, lui, est bien plus ancien. Il s'écrit au moyen d'une gousse et se prononce Nouiem ; or, la gousse est employée comme signe hiéroglyphique dans les inscriptions des plus antiques pyramides de Memphis. Nouiem est donc un très vieux mot égyptien. Comme ce mot, en somme, ne désigne originellement qu'un arbre à f/ousses et qu'il ne s'est pas conservé en copte comme désignation d'un arbre, on peut se demander s'il doit réellement s'appliquer au Caroubier. Un fait semble le prouver : c'est que Noutem, en plus de ce sens « arbre à gousses », signifie aussi « doux, suave, agréable ». Je ne vois que la gousse du Caroubier qui ait pu inspirer ces sens symboliques, aucun autre arbre légumineux d'Egypte ne produisant des gousses mangeables, sinon le Tamarin, qui ne fut introduit sur les rives du Nil qu'après la conquête arabe. D'autre part, le fruit du Noutem n'est employé au Papyrus médical Ebers que pour relâcher le ventre, seul emploi que Dioscoride et, après lui, Galien, Pline et Gargilius Martialis attribuent à la Caroube fraîche. Le même emploi est indiqué dans Prosper Alpin (De 2)1 ont i s ^Egypti, § 3), en 1592.

Que l'on songe que le Cédrat, introduit en Grèce au jv" siècle avant notre ère, ne commença à s'y manger que six cents ans plus tard, et l'on admettra que les Egyptiens ont pu ne manger

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la Caroube qu'après l'avoir vu manger par les Syriens, et lui ont donné, pour cette raison, le nom qu'elle portait en Syrie, tout en conservant à l'arbre son nom égvptien. De même que le firent les Grecs pour le Cédrat, les Égyptiens employèrent la Caroube en médecine avant de songer à l'utiliser pour l'alimentation. Ils remarquèrent ainsi de bonne heure son goût sucré ; d'où l'emploi de la Caroube, dans les plus anciens textes, comme signe symbolique de l'idée de douceur et de suavité.

A propos de cette valeur hiéroglyphique de la gousse, on peut ajouter un nouvel argument prouvant que le Noutem est bien un arbre à gousses comestibles. Dans le Papyrus des signes, découvert par FI. Pétrie en Egypte, papyrus qui nous donne la liste de tous les signes hiéroglyphiques suivis de leur description, on lit, après la figure de la Datte : « fruit du Dattier ». Après la figure de la gousse, qui vient immédiatement avant, on lit : « fruit du Noutem ». Cela achève de démontrer, — je suppose, — que le Noutem est bien le C. Siliqua et que le bois de Noutem, nommé Sis-noutem dans de nombreux textes relatifs à l'ébénisterie, est bien le beau et solide bois rougeâtre que fournit le Caroubier.

Enfin, en plus du nom Darrouga, tiré des langues sémitiques, les Egyptiens désignaient encore la Caroube sous les noms purement égyptiens de Djaïri et de Oulià ou Houâ. Le premier de ces noms, signifiant « acide, aigrelet », s'est d'abord appliqué à la pulpe seule du fruit, puis ensuite, par extension, au fruit tout entier. Quant au mot Ouhà ou Houâ, qui signifie « fruit en forme de croissant », il sert à dénommer la gousse du Caroubier, principalement la gousse fraîche, par opposition h Darrouga, qui est ordinairement le nom de la gousse sèche.

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