Id., XIII, 80: Thucyd., VI, 33 à VII
5. Sur cette histoire primitive, cf Corazzini, Storia del. mar. mil. it. ant., p. 3-57.
Pre
vait que s’atténuer sans pouvoir jamais disparaître. Il fallut bien pourtant, peu à peu, renoncer à cette non-intervention hors de l'Italie et suivre une autre ligne de conduite que la situation privilégiée du Latium suffisait à imposer à ses habitants ; ils se décidèrent à des entreprises maritimes, mais en considération seulement du but à atteindre, sans élan spontané ; durant les premiers siècles, ils n’allèrent point, comme les Grecs, porter leurs pas sur d’autres rivages ; ils se répandirent progressivement dans la péninsule, bornant leur ambition à s'emparer de places côtières qu’une voie de terre reliait toujours à la capitale.
Bien des circonstances, du reste, expliquent ces dispositions si manifestes. [ls n’eurent pas longtemps de puissants adversaires sur mer : les Carthaginoiïis leur disputèrent l’empire de la Méditerranée pendant un siècle ; mais qu'est-ce qu’un siècle pour un peuple qui en a vécu plus de douze ? et ce fut alors précisément qu'ils perfectionnèrent peut-être au plus haut point leur art nautique. La marine des Grecs était déjà détruite quand les Romains intervinrent dans leur pays ; les Rhodiens, si habiles marins, avaient toujours contre eux l’exiguité de leur territoire, le chiffre négligeable de leur population. La résistance des Asiatiques fut éphémère et à peu près réduite à la seule guerre d’Antiochus ; les pirates ne méritèrent pas toujours d’êtrecomptés pour des adversaires organisés et persévérants. Enfin, quand Genséric releva la puissance maritime de Carthage, l’Empire romain était, pour ainsi dire, déjà mort * ; c'était lui qui laissait la place nette et libre.
4, Cf Corazzini, op. cit., p. 308.
ŒUR
Un fait des plus frappants, c’est que les Romains ont emprunté aux Grecs les termes de la technique navale. On ne trouve pas chez eux, comme chezles vrais peuples marins, de ces divinités qui symbolisent les forces, les dangers, les séductions du redoutable élément. Le mot portus est formé sur la même racine que porta ; il ne désigne pas spécialement un lieu d'entrée ou de sortie du côté de la mer, et à l’époque historique on le retrouve encore avec le sens de magasin ou de chantier. Le dieu Portunus ne protège pas les navigateurs, mais veille, à Rome et à Ostie, sur la sécurité des dépôts de marchandises *. Le mot classis lui-même a une curieuse histoire : au début, il signifie une simple division du peuple romain ; bientôt, il sert à désigner üne des cinq catégories de citoyens réunis en comices centuriates, ou bien l’armée de terre ; cette dernière acception vieillit vite, mais on avait pris l’habitude de dire classis naualis pour indiquer l’armée de mer, et le mot classis resta pour désigner la flotte *. [Il est assez frappant que cette appellation ne
4. Ces fines remarques sont de Jordan, Topographie der Stadt Rom in Alterthum, 1, 1880, p. 428.
2. Cf Jordan, Hermes, XVI, 1881, p. 57: Romanos postquam artem naurbus depugnandi didicerint, classis uocabulum a terrestribus copris ad maritimas transtulisse dixeris et ila quidem ut a classi sémpliciter dicta classis naualis distingqueretur, cuius rei uestiqium, quod quos inde a medio saeculo p. u. ©. quinto classi nauali praeficere placuit duouiros, ei mon classici, sed nauales uocitati sunt. neque uero terrestres copias classem uocandi usum usque ad ipsum tllud tempus mansisse credi potest… — M. Mommsen (Dr.publ. rom., trad fr., VI,, pp. 297 et note 1, 298 et note 1) s’est occupé également de l’origine du mot classis. D'après cet auteur, il « doit désigner la ligne de bataille, par opposition aux troupes ou aux navires qui prennent part aux combats en dehors des rangs. Relativement à la guerre maritime, classis a conservé son sens primitif ». L'étymologie du mot est inconnue ; d’ailleurs ce côté de la question nous importe peu. Il nous suffit que M. Mommsen reconnaisse, lui aussi, l'origine non maritime de classis.
euh6, [2
se rencontre pas à l’origine même de l'idiome latin.
Nous voyons pourtant des auteurs, notamment et surtout M. Mommsen, dans son Histoire romaine, soutenir que les Romains avaient acquis, à une époque peu éloignée de leur établissement en Jalie, une puissance sur mer des plus redoutables. Il n’y a pas contradiction entre cette thèse et la nôtre : la nécessité résultant du simple voisinage les mit en relations avec les populations maritimes d’alors et les amena à construire des vaisseaux, pour ne point se laisser absorber par elles ; quand des difficultés surgirent, l'offensive devint insensiblement une obligation.
La légende attribue à Ancus Martius la fondation d’une colonie maritime à Ostie, à l'embouchure du Tibre ; ce roi aurait même affecté des forêts au service public de la marine ‘. Les auteurs, ensuite, nous mentionnent une foule de circonstances où ces préoccupations se manifestent ; nous n’avons qu à les énumérer :
328 (ab. u. c.) Classi quoque ad Fidenas pugnatum cum Veientibus quidam in annales rettulere (Liu., IV, 34).
346. Des Grecs pillent les côtes de l'Italie, d’où nécessité pour les Romains d'augmenter leur marine militaire (Liu., VIT, 25).
360. — Un navire de guerre transporte à Delphes l’offrande promise par Camille à Apollon, à la suite de la prise de Véies (Liu., V, 28).
Vers la même époque, Rome conclut un traité de commerce avec Carthage, en son nom, et au nom de ses alliés. Polybe nous l’a traduit en grec *.