‹ La Flotte de MisèneChapitre 44 sur 162 · CIL, V · texte numérisé non relu

CIL, V

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Nous croyons pouvoir déduire d’un passage de Tacite” que toutes les flottes de l'empire non praetoriae, à l’exception de celle de Fréjus, devaient être appelées classes socide.

Plus voisins de Rome que les marins de Ravenne, ceux de Misène prirent une part un peu plus grande aux événements politiques qui ont rempli les premiers siècles de l'Empire, et ils reçurent des Empereurs de plus nombreuses faveurs. Les renseignements que nous possédons à leur égard sont d’ailleurs moins rares : la plage de Baïes, le territoire de Misène, au rebours de Ravenne, sont restés assez abandonnés depuis l’antiquité ; il en résulle que cette région a conservé plus de débris de l’époque romaine ; les habitants ne se sont pas emparés des pierres pour la construction de demeures particulières ou d’édifices publics. Mais de plus les historiens eux-mêmes attestent cette prédominance de la flotte de Misène *.

Nous la voyons d’abord impliquée dans la conspiration qui, vers le milieu du règne de Néron, complota, mais en vain, de donner l'empire à Pison. Une femme, Epicharis, tenta de provoquer dans les équipages un soulèvement général, en annonçant que les complices étaient innombrables ; une trahison compromit le succès de ces manœuvres : le navarque Volusius Proculus avait feint

4. Tacit., Ann., IV,5. — Le texte dit, il est vrai: socine triremes : mais à l'époque visée par lui nous ne sommes pas sous la République ; il faut bien écarter ici l’idée de trirèmes fournies par les cités alliées ; il n’est plus question de socii nauales.

2. Cesont donc des raisons de fait qui ont amené cette suprématie, etil en est de même de la suprématie de la flotte de Ravenne sur les classes sociae : contingent d'hommes et de navires sûrement plus considérable, situation meilleure des ports, en Italie même et relativement près de la capitale, ces deux circonstances suffisent à expliquer la condition plus favorable des deux flottes de la péninsule, et le nomen praelorium n'y est pour rien

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d’entrer dans la conjuration ; il était irrité contre Néron qui ne lui avait pas donné l'avancement sur lequel il comptait pour s'être chargé de la tentative de meurtre contre Agrippine ; pourtant il eut peur d’aller jusqu’au bout dans la voie où il s'était engagé ; ainsi misau courant des résolutions prises, il les dévoila à l’empereur, et le complot avorta ‘.

I faut croire que Néron ne garda pas rancune à la flotte de Misène de cette infidélité, ou plutôt que la nécessité fut plus forte que son ressentiment, car c’est à lui que remonte la création — ou tout au moins, pour ne rien préjuger, l’idée première * de la création — de la première légion adjutrice, qu’il pensait être sa dernière ressource contre les conspirations qui se faisaient toujours plus nombreuses sur la fin de son règne.

En l’année 64, la flotte de Misène subit un grave désastre. Néron avait ordonné que l'escadre qui stationnait temporairement à Formies revint à Misène au jour qu’il avait fixé : l’Africus soufflait avec violence, les trirèmes furent dispersées, et la plupart vinrent s’échouer sur les côtes de Campanie.

Vers le commencement de l’an 69, Othon décida d’attaquer la Narbonnaise. La conduite de l'expédition maritime fut confiée aux primipilaires Antonius Nouellus et Suedius Clemens et au tribun Aemilius Pacensis ; il y a tout lieu d'admettre, malgré le silence de Tacite à cet égard, que les navires qu’ils commandaient avaient été empruntés aux cadres de la flotte de Misène *.

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2. Nous étudierons dans un chapitre spécial — le chapitre XII — la question si obscure et si controversée de la constitution des deux légions

adjutrices, et aussi leur histoire à toutes deux. 3. CfTac., Hist., I, 87; v. Corazzini, op. cit., p. 214.

Othon avait promis aux classiariüi de Misène et de Ravenne de rendre leur service plus honorable ; aussi suivirent-ils son parti: grâce à eux, dans la bataille qui eut lieu sur le rivage de la Ligurie occidentale, les Vitelliens furent battus, malgré la supériorité de leur cavalerie. En même temps, en Italie même, d'autres classiarü combattaient avec ardeur pour Othon. Cependant lorsqu'entre Placentia et Ticinum mille d’entre eux eurent été attaqués par Caecina, chef de cohortes du parti vitellien, qui avait occupé la région transpadane #, ils passèrent avec Vestricius Spurinna, qui les conduisait, au parti de Vitellius *, lequel fut bientôt maître de la situation. Mais alors arriva Vespasien.

Les soldats de la flotte de Ravenne s'étaient donnés . de bonne heure à Vespasien : Ravenne étant loin de Rome, la vengeance de Vitellius ne pouvait s'exercer sur eux bien rapidement, ils avaient le temps de la voir venir. [n’en était pas de même de Misène ; aussi sa défection fut-elle plus tardive, mais elle se produisit à son tour. Quand Vespasien approcha de Rome, rien ne réussit plus à Vitellius. A la fin de son règne si court, une révééte avait éclaté dans le personnel des équipages de Misèse, à l’instigation d’un centurion, Claudius Fauentinus ; le préfet, (laudius Apollinaris, hésitait. Un aucien préteur, Apinius Tiro, s’offrit pour chef aux révoltés *: ceux-ci réussirent à soulever un grand nombre de villes de la Campanie, d’autres résistèrent aux tentatives de corruption et restèrent fidèles à l’éphémère empereur. Une division de la flotte, avec le préfet

deTactHist Id 2. Tac., Hist., II, 22.

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