CIL, II
quente : Dis Manibus, pour laquelle il faut ici rapprocher les deux lettres extrêmes de la première ligne. Archigyberni peut être ici à deux cas différents, ce qui entraîne de notables conséquences. A-t-il pris la forme latine, il est au génitif et il en résulte que l’archigybernus est un supérieur du navarque, lequel, suivant l'opinion aujourd’hui dominante, commande une portion d’escadre. Or, on n'aperçoit guère quel commandement reste possible entre ce dernier et celui du préfet. — Le mot a-t-il gardé sa forme grecque en es, il se trouve au datif, et, comme on ne saurait voir dans les deux termes de l'inscription tout un cursus, il faut admettre qu'ils ne désignent qu’un seul grade : c’est sans doute, suivant M. Ferrero, un chef ou un inspecteur des pilotes de la flotte. M. Mommsen adopte la lecture susdite, mais non l'interprétation; il s’agit simplement ici, selon lui, d’un nauarchus princeps, c'est-à-dire d’un nauarchus revêtu d’honneurs particuliers en raison de longs ou méritoires services ; on aurait donc cherché, par élégance, un équivalent grec au mot princeps, sans beaucoup de bonheur, il faut bien en convenir. Quant à GC. de la Berge ‘, il considère cet énigmatique fonctionnaire comme chargé de diriger les évolutions de l’ensemble de la flotte, parce que le praefectus classis, sortant souvent à peine d’un commandement dans la cavalerie, pouvait être parfaitement ignorant des manœuvres nautiques. Remarquons en passant que, si l'on doit donner pour forme nominative archigybernes, ce mot ne s’est pointexactement modelésurle grec doyuev6eovirne, ce qui est une raison de douter. On le voit, la question attend encore une solution indiscutable, et il est bien à
4, Diction. des ant. gr.et rom.,de Daremberg et Saglio,v° Archigybernus.
présumer qu’elle ne l’obtiendra que d’un document nouveau *.
Il existait un officier d’un rang assez élevé que les inscriptions appellent praepositus reliquationi. L'entente est loin d’être faite sur la nature de ses fonctions. Henzen leur attribue * un caractère purement militaire : les navires des flottes n’étaient pas toujours rassemblés dans leurs différents ports; au contraire, un certain nombre de bâtiments croisaient en permanence pour maintenir la sécurité dans les mers voisines. Il arrivait parfois que presque tous les vaisseaux dussent se mettre en campagne ; il ne restait au chef-lieu de la flotte qu'un dépôt peu considérable, à la tête duquel se trouvait apparemment notre praepositus reliquationi. C. de la Berge, qui admet cette solution”, remarque après d’autres que praepositus semble indiquer une fonction temporaire, plutôt qu’un véritable grade dans la hiérarchie, ce qui donne à la doctrine de Henzen une vraisemblance indéniable. Les inscriptions conservées nous montrent qu’on appela à ce poste un centurion légionnaire, déjà de haut rang, puisqu'il devint immédiatement primipile ‘. De la Berge suppose qu’à l’époque, inconnue d’ailleurs, où ce personnage fut préposé au dépôt de la flotte de Misène, celle-ci avait été chargée de transporter des troupes en
4. Il n’y a malheureusement aucun secours à attendre d’un texte du jurisconsulte Tauolenus, Dig., Ad Senatusconsulitum Trebellianum, I, 46, 1. 36, $ 1. Il y est dit seulement qu’un archigybernus fait d’un trierarchus son héritier bénéficiaire ; c’est le point de départ d’une discussion juridique sur les fidéicommis. Ce passage néanmoins nous donne une forme nominative ; elle est en us ; mais reste à savoir s’il y en avait deux.
2. Bull. dell’Instit. di corr. arch., 1850, p. 117, note 1 ; p. 126 sqq.