EST-IL PERMIS DE L HONORER
Les vrais adorateurs et les vrais amants de Notre-Seigneur Jésus-Christ vénèrent tous les objets qui ont eu quelques rapports avec lui, et ils conçoivent de l'affection pour toutes les personnes qui ont vécu près de lui sur la terre et qui lui ont été chères. Plus l'intimité de ces personnes avec notre Sauveur a été profonde, plus elles nous apparaissent ornées de sainteté, plus elles deviennent estimables. Ainsi, les planètes participent d'autant plus à la lumière et à la clarté du soleil qu'elles opèrent leurs révolutions plus près de lui. Aux yeux d'un chrétien quelque chose de sacré s'attache à toutes les parties de la Judée, parce que cette contrée a été foulée par les pieds de notre saint Rédempteur. Avec quel respect n'entrerions-nous pas dans l'étable de Bethléem, parce que c'est là que naquit le Sauveur du monde. Avec quel religieux mainlien ne parcourrions-nous pas les rues de Nazareth, quand nous nous rappellerions que là se sont écoulés
les jours de son enfanee? De quelle profonde et religieuse douleur nos cœurs ne seraient-ils pas remplis en montant le Calvaire, où il a payé par son sang la rançon de nos âmes?
Mais, si un sol sans vie réclame un semblable respect, quelle plus grande vénération ne pénétrera pas, ne remplira pas nos cœurs vis-à-vis d^s personnes vivantes qui ont été les amis et les compagnons de Notre-Seigneur sur la terre ? Car nous savons qu'il a exercé une certaine influence, à la fois salutaire et comme irrésistible, sur ceux qui l'approchaient. « Toute la multitude cherchait à le toucher, car il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous \ » ainsi qu'il arriva pour la femme qui était tourmentée par une perte de sang -.
Nous croirions nous être approchés de Jésus, si nous avions seulement le bonheur de converser avec la Samaritaine, ou de manger à la table de Zachée, ou de nous entretenir avec Nicodéme. Si nous étions admis dans le cercle intime de ses amis, de Lazare, de Marie, de Marthe par exemple ; de saint Jean-Baptiste, des apôtres, nous sentirions qu'en leur compagnie nous sommes bien plus prés de Jésus, et que nous nous imprégnons, en quelque sorte, de cet esprit qu'ils ont reçu abondamment dans leurs relations intimes avec lui.
Si l'on considère à présent la Judée comme une terre sainte, parce que Jésus l'a habitée ; si les apôtres ont été considérés comme des modèles de saintetés pour avoir été les compagnons choisis et les disciples de Notre-Seigneur dans les dernières années de sa vie, combien plus grande a dû être la sainteté de Marie qui lui a donné naissance, qui a fait de sa poitrine son lit de repos, qui l'a nourri et habillé dans son enfance, qui a dirigé ses premiers pas, qui l'a accompagné dans son exil en Egypte, qui, à son
* s. Luc, VI, 19.
- s. Mure, IX, 20.
retour, a vécu avec lui depuis l'enfance jusqu'à la jeunesse, depuis la jeunesse jusqu'à l'âge mûr : pendant tout ce temps, elle écoutait les paroles de sagesse qui tombaient de ses lèvres ; elle l'a embrassé la première à sa naissance, elle a reçu son dernier soupir sur le Calvaire. Ce sentiment nous est si naturel que nous le trouvons sortant spontanément de la bouche de cette femme de l'Evangile, qui entendant les paroles pleines de sagesse et de sainteté prononcées par Jésus, laissa échapper ce cri : « Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité. »
Il est conforme à l'économie de la divine providence que, toutes les fois que Dieu destine une personne à un ministère important, il lui accorde les grâces elles dispositions nécessaires pour s'en acquitter fidèlement.
Quand Moïse fut appelé par le Ciel à être le conducteur du peuple hébreu, il hésitait à prendre cette charge formidable s'en excusant « sur l'embarras et la lenteur de sa langue. » Mais Jéhovah le rassura en lui promettant de l'élever jusqu'à la hauteur des sublimes fonctions qu'il lui assignait. «Je serai sur tes lèvres et je t'apprendrai ce qu'il faut dire *. »
Le prophète Jérémie fut sanctifié dès les premiers jours de sa conception, parce qu'il était destiné à être le héraut de la loi de Dieu auprès des enfants d'Israël. « Avant que je ne te formasse dans les entrailles de ta mère, je te connaissais, et avant que tu ne sortisses de son sein je t'ai sanctifié ^ »
« Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit \ » afin d'être digne de devenir l'hôtesse de Notre-Seigneur durant les trois mois que Marie vécut sous son toit.
« Jean-Baptiste fut rempli du Saint-Esprit dès le sein
1 Exode, IV, 12.
2 Jérémie, I, 5.
3 S. Luc, I, 41.
de sa mère \ » « 11 fut une lampe ardente et brillante ^ » parce qu'il fut choisi pour préparer les voies du Seigneur.
Les apôtres reçurent la plénitude de la grâce. Ils furent gratifiés du don des langues et d'autres privilèges % avant d'entreprendre leur ministère. Voilà pourquoi saint Paul dit: « Tout ce que nous sommes vient de Dieu, qui nous a rendus capables d'être les ministres du Testament Nouveau \ »
De tous ceux qui ont participé au ministère de la Rédemption, il n'en est pas qui ait rempli des fonctions aussi sacrées, aussi incommunicables que celles de la Mère de Jésus. Il n'en est point par conséquent qui ait eu un aussi grand hesoin de sainteté.
Car si Dieu a ainsi sanctifié ses prophètes et ses apôtres, qui devaient être les messagers de la parole de vie, combien plus devait-il sanctifier Marie, destinée à porter dans ses chastes entrailles le Seigneur et « l'auteur même de la vie \ »
Si saint Jean fut un si grand saint, parce qu'il fut choisi pour être le pionnier, c'est-à-dire pour préparer les voies du Seigneur, combien plus sainte ne fut pas celle qui le mit au monde. Si la sainteté fut accordée à la mère de saint Jean, une plus grande sainteté fut assurément donnée en partage à la mère du maître de saint Jean. Si Dieu a dit aux prêtres de l'ancienne loi : « Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur ^ » bien plus, si Les vases eux-mêmes dont on se sert dans le service divin et dans les églises, sont placés dans un ordre à part, et reçoivent une consécration spéciale, nous ne pouvons concevoir que Marie ait
* s. Luc, I, lo.
2 s. Jean, V, 3o,
3 Actes, IL
* Corint., ni, 6.
5 Actes, m, 15.
« Isaïe, LU, 11.
été jamais souillée par le péché, elle qui fut le vase d'élection entre tous, et même la mère de notre Dieu.
Quand nous appelons la bienheureuse Vierge mère de Dieu, nous affirmons une double croyance : l'' que son fils Jésus-Christ est vrai homme, car autrement elle ne serait pas mère; 2° qu'il est vrai Dieu, car autrement elle ne serait pas mère de Dieu. En d'autres termes nous affirmons que la seconde personne de la Sainte-Trinité, le Verbe de Dieu qui, dans sa divine nature a été, de toute éternité, engendré du Père, consubstantiel avec lui, a été denouveau engendré dans la plénitude des temps, qu'il est né d'une Vierge, et a pris dans son sein maternel, une nature humaine semblable à la sienne.
Mais, me direz-vous, la bienheureuse Vierge n'est pas la Mère de la divinité. Elle n'a eu et n'a pu avoir aucune part dans la génération du verbe de Dieu. Cette génération, en effet, est éternelle; sa maternité temporelle.
Il est son créateur, elle sa créature. Appelez-la, si vous le voulez, mère de l'homme Jésus ou mère de la nature humaine du fils de Dieu mais non la mère de Dieu.
Je répondrai à cette objection en faisant une question. Est-ce que la mère qui nous a donné le jour a eu part à la production de nos âmes? Cette partie, la plus noble de notre être, n'a-t-elle pas été l'œuvre de Dieu seul? qui pourrait songer un seul instant à dire « la mère de mon corps » et non « ma mère ? »
La comparaison nous apprend que les termes parents, et enfants, mère et fds, se rapportent aux personnes ellesmêmes, et non aux diverses parties ou aux éléments dont les personnes se composent.
Voilà pourquoi personne ne dit, « la mère de mon corps, » la mère de « mon âme; » mais la mère de tout mon être, qui vit et respire, qui pense et agit, un dans ma personnalité, quoique possédant dans cette unité une àme directement créée par Dieu, et un corps matériel
tirant sa substance du sein maternel. De môme (autant que le sublime mystère de l'incarnation peut trouver un terme de comparaison dans l'ordre naturel), la Vierge Sainte, à l'ombre et par la vertu de l'opération du Saint-Esprit, a communiqué à la seconde personne de l'adorable Trinité, comme les mères le font, une vraie nature humaine de la même substance que la sienne, et elle est ainsi devenue vraiment et réellement sa Mère.
C'est dans ce sens que le titre de Mère de Dieu nié par Nestorius, lui a été solennellement attribué parle concile général d'Ephèse en Û\ ; c'est dans ce sens, et non dans un autre, que l'Eglise lui a décerné ce titre.
Mais c'est aussi de là que, par une conséquence nécessaire et immédiate, Marie tire une dignité et une excellence suréminentes; c'est par là qu'elle est établie dans ces relations intimes et dans une affinité particulière, non seulement avec son divin fils, mais aussi avec le Père et le Saint-Esprit.
Marie, comme Wordsworth l'exprime magnifiquement, unissait dans sa personne « l'amour d'une mère à la pureté d'une Vierge. »
L'Eglise nous apprend qu'elle a été toujours Vierge, et avant son mariage, et pendant son mariage, et après la mort de son époux. « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu
à la Vierge fiancée à un homme appelé Joseph Cette
Vierge s'appelait Marie \ »
Qu'elle soit demeurée Vierge après la naissance de Jésus c'est expressément mentionné dans l'Evangile ^
Il est hors de doute qu'elle resta dans le même état durant le reste de ses jours, car elle est appelée Vierge dans le Credo des apôtres et de Nicée, et cette épithète ne peut être restreinte au temps de la naissance de notre
^ s. Luc, I, 26, 27.
2 s. Matlh., I, 25.
Sauveur, elle se rapporte encore à toute sa vie, et nous devons d'autant plus le croire que les deux Credo ont été composés longtemps après sa mort.
Le canon de la Messe, qui remonte très probablement aux temps apostoliques, parle d'elle « comme d'une femme glorieuse et toujours Vierge, » et toute la tradition catholique concourt à ce sentiment.
Une raison de convenance persuade à tout chrétien que Marie est restée Vierge après la naissance de Jésus, car, ainsi que Tévêque Bull de l'Eglise épiscopale et protestante d'Angleterre le remarque: « On ne pourrait imaginer « avec décence, que le vase le plus saint qui fut jamais, « consacré, sanctifié davantage encore par la conception et « l'enfantement d'un Dieu, ait été dans la suite, souillé et « rendu impur par un usage profane. » Le savant Grotius, Calvin et d'autres écrivains protestants, expriment le même sentiment.
La doctrine de la virginité perpétuelle de Marie est maintenant combattue par les protestants, comme elle le fut aux premiers jours de l'Eglise, par Helvidius et Jovinien.
1° Le récit évangélique dit que « Joseph la prit pour « son épouse, et qu'il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle « eut mis au monde son premier né \ » Gela fait supposer à nos frères séparés que d'autres enfants, en dehors de Jésus, étaient nés à Marie. Mais le mot resinciU jusqu'à n'implique, en aucune manière, que la chaste union qui subsista entre Marie et Joseph, jusqu'à la naissance de notre Seigneur, ait été altérée dans la suite. Le protestant Hooker se plaint, à juste litre, des premiers hérétiques comme ayant grandement abusé de ces paroles de saint Matthieu, pour enlever à Marie son honneur. Ils ont, en effet, prétendu qu'une chose niée avec une restriction particulière « nécessite l'affirmation contraire, quand la
1 s. Malth., r, 25.
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE. 18a
restriction n'existe plus \ » Pour rendre la pensée de Hooker en termes plus simples, quand on dit d'un fait qu'il n'est pas arrivé avant qu'un autre événement ne s'accomplît, il ne s'en suit pas nécessairement qu'il se réalise, après que cet événement a eu lieu. L'Ecriture dit que le corbeau s'éloigna de l'arche « et qu'il ne retourna pas jusqu'à ce que les eaux fussent desséchées sur la terre ^ » Ce qui signifie qu'il ne retourna plus. « Samuel ne vit plus Saùl jusqu'au jour de sa mort \ » « A coup sûr il ne le vit pas après sa mort. » Le Seigneur dit à mon Seigneur: « Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds \ » Ces paroles s'appliquent à notre Sauveur qui n'a pas cessé de s'asseoir à la droite de Dieu, même après que ses ennemis ont été subjugués.
2° Jésus est appelé le premier né de Marie; cette expression n'implique-t-elle pas nécessairement la naissance d'autres enfants de la même Mère? Nullement, car le nom de premier né était donné au premier enfant d'une mère juive, qu'elle en eût d'autres ou non. Nous trouvons cette épithète appliquée à Machir, par exemple, qui était fils unique de Manassès \
3° Ne parle-t-on pas souvent des frères de Jésus ? Fort heureusement : les Evangiles eux-mêmes nous permettent de faire remonter la naissance de ceux qui sont appelés ses frères, non à la Vierge sainte, mais à une autre Marie. Saint Matthieu mentionne spécialement Jacques et Joseph parmi les frères de Jésus ^ et le même évangéliste, ainsi que saint Marc, nous dit que parmi ceux qui étaient pré-
* Liv. V, chap. XLV.
2 Genèse, VUI.
3 1 Rois, XV, 35.
* Ps. CIX.
5 Josué, XVII, 1.
6 s. Matth.,XII, 46; XIII, 55, 56.
sents au crucifiement, se frouvaient Marie Madeleine et Marie mère de Jacques et de Joseph \
Saint Jean, qui fait connaître avec plus de détails les circonstances du crucifiement, nous apprend ce qu'était cette seconde Marie, car il dit qu'il y avait au pied de la croix de Jésus, sa mère et la sœur de sa mère, Marie Cléophas et Marie Madeleine \ On ne saurait en douter, Marie Cléophas est la même que cette Marie qui est appelée par saint Matthieu et saint Marc la mère de Jacques et de Joseph. Gomme Marie Cléophas était la parente de la Vierge bénie, Jacques et Joseph sont appelés les frères de Jésus, conformément à la pratique des Juifs qui ont l'habitude de désigner ainsi leurs cousins et leurs proches.
Abraham, par exemple, était l'oncle de Loth, et cependant on dit qu'il était son frère \
Marie est élevée au-dessus des autres femmes, non seulement parce qu'elle unissait « l'amour d'une Mère à la pureté d'une Vierge, » mais parce qu'elle a été conçue sans péché originel. Le dogme de l'Immaculée-Conception est ainsi défini par l'Eglise : « Nous déclarons que la « bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de « sa conception, par une grâce singulière, et un privilège « du Dieu Très-Haut, en vue des mérites de Jésus-Christ, « le sauveur de la race humaine, a été préservée de toute c( souillure du péché originel \ »
Bien différente du reste des enfants d'Adam, Marie n'a jamais été sujette au péché, même dans le premier moment où son âme fut unie à son corps. Cette exemption, en Marie, de toute faute originelle est exclusivement due aux mérites de Jésus-Christ, comme l'Eglise le déclare expressément. Elle avait besoin d'un Rédempteur comme tous les mem-
1 s. Matth./XXVII; s. Marc, XV.
2 S. Jean, XIX, 23.
3 Genèse, XHI, 8.
* DuUe dogmatique de Pie IX. .• .
bres de la race humaine; ainsi donc elle a été rachetée, mais d'une « manière plus sublime \ » Marie est autant redevable au précieux sang de Jésus pour avoir été préservée de la faute originelle, que nous le sommes nous-mêmes cVsiYolTéié purifiés de cette faute et de tous les autres péchés.
Quoique l'Immaculée-Gonception ne fût pas formulée en dogme de foi avant 1854, elle était déjà renfermée dans la sainte Ecriture. Cette doctrine est en parfaite harmonie avec la place que Marie occupe dans l'économie de la Rédemption, et elle a implicitement obtenu le pieux assentiment des fidèles dès les premiers temps de l'Eglise.
Dans la Genèse nous lisons : « Je mettrai une inimitié «entre toi et la femme, entre ta race et la sienne; elle « t'écrasera la tête^ » Tous les commentateurs tant anciens que modernes, reconnaissent dans la race, le serpent et la femme, les figures de notre Sauveur, de Marie, et du démon. Dieu déclare ici que l'inimitié de la race et celle de la femme contre le tentateur devaient être identiques.
Or, l'inimitié de Jésus-Christ et de sa race contre le démon était absolue et perpétuelle. L'inimitié de Marie ou de la femme contre le démon n'admettait pouf elle-même aucune réconciliation momentanée ; c'est ce qui aurait eu lieu si Marie avait été un seul instant souillée par le péché originel.
Il est à remarquer que comme trois personnes apparaissent sur le théâtre de notre chute, Adam^ Eve et l'Ange rebelle, de même trois personnages correspondants ont leur rôle dans notre rédemption ; Jésus-Christ qui est le second Adam \ Marie qui est la seconde Eve et l'archange Gabriel. Le second Adam était infiniment supérieur au premier, Gabriel l'emportait sur Tange déchu; l'analogie nous autorise à conclure que Marie était aussi supérieure
* Bulle dogmatique de Pie IX.
2 Genèse, III, 15.
^ I Gorint., XV, 45.
à Eve. Si elle avait été créée dans le péché originel, au lieu de lui être supérieure, elle serait au-dessous d'Eve, qui certainement fut créée immaculée.
Nous ne concevons pas que la mère de Gaïn ait pu être supérieure à celle de Jésus. Il eût été indigne d'un Dieu, pureté infinie, de naître d'une femme qui aurait été, même un seul instant, sous la domination de Satan.
La liturgie de l'Eglise, étant le formulaire reçu de son culte public, a sa place marquée parmi les documents les plus autorisés qui peuvent être apportés en faveur d'une pratique religieuse.
Dans la liturgie attribuée à saint Jacques, Marie est mentionnée « comme notre sainte, immaculée et glorieuse Dame, mère de Dieu et toujours vierge \ »
Dans le rituel maronite, elle est invoquée comme « notre sainte et immaculée Dame^ » digne de nos louanges et de toute notre admiration.
Dans la liturgie alexandrine de saint Basile, elle est appelée « la créature la plus sainte, la plus glorieuse, et la plus immaculée ^ »
La fête de la Conception de Marie a commencé à être célébrée en Orient au sixième siècle, et en Occident au septième. Elle ne fut probablement introduite à Rome que vers la fin du quatorzième siècle. Quoique Rome soit toujours la première à sanctionner une fêle nouvelle, souvent elle est la dernière à y prendre part. Elle est la première dont on attend la loi et le mot d'ordre; mais fréquemment la dernière à se joindre au chant de la fête. Tant qu'elle se tait, les notes sont faibles et incertaines; lorsque sa voix vient s'unir au chant des autres églises, le cantique de louange devient constant et universel.
Il est à peine nécessaire de faire remarquer que l'intro-
1 Bibliothèque des plus grands Pères, t. II, p. 3.
2 De Vordination, p. 313.
3 Renauflot, Liturgies orientales.
duction de la fête de la Conception, après un silence de tant de siècles, depuis la fondation du christianisme, n'implique pas plus une nouveauté de doctrine, que l'érection d'un monument en 1875 en l'honneur d'Arminius le héros germain, qui vivait au premier siècle, ne prouverait l'origine récente de ses exploits. La fête de la Sainte-Trinité ne fut introduite qu au sixième siècle, bien qu'elle rappelle un mystère fondamental de la religion chrétienne.
Il est intéressant pour nous de savoir que l'immaculée conception de Marie se mêle à la plus ancienne histoire de notre pays. Le vaisseau qui apporta Christophe Colomb en Amérique s'appelait Marie de la Conception; ce célèbre navigateur donna le même nom à la seconde île qu'il découvrit. La première chapelle érigée à Québec, lorsque cette ville fut fondée au commencement du seizième siècle, a été consacrée à Dieu sous l'invocation de Marie immaculée*
Pour ces magnifiques prérogatives de Marie, sa divine maternité, sa perpétuelle virginité et sa conception immaculée, nous devons nous attendre à trouver sa félicité souvent et expressément déclarée dans la sainte Ecriture. L'archange Gabriel est envoyé du Ciel pour lui annoncer cette heureuse nouvelle qu'elle était destinée à être la mère du Rédempteur du monde. Jamais plus grande faveur n'a été, auparavant, ni depuis, accordée à une femme, soit que nous considérions la dignité du messager ou l'important caractère du message, soit que nous examinions la formule de respect dans laquelle il est exprimé : « Et l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de « Galilée, appelée Nazareth, à une vierge... et le nom de la « vierge était Marie. Et l'ange étant entré lui dit: Je vous « salue, pleine de grâce, leSeigneur est avec vous; vous « êtes bénie entre toutes les femmes. En entendant ces « paroles, Marie fut troublée, et elle s-e demandait en elle- « même quelle pouvait être celte salutation. Et l'ange lui
« dit: Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce « devant Dieu. Voilà que vous concevrez dans votre sein, « que vous enfanterez un fils, et que vous l'appellerez « Jésus. Le Saint-Esprit viendra en vous, et la vertu « du Très-Haut vous couvrira de son ombre, et voilà pour- « quoi le saint qui naîtra sera appelé le fils de Dieu \ »
a Je vous salue, pleine de grâce, » On a dit de saint Etienne et des apôtres qu'ils furent remplis de l'esprit de Dieu. Par là, cependant, nous ne sommes pas fondés à croire qu'il leur ait été accordé la même mesure de grâce qu'à Marie: on donne à chacun selon son mérite et selon ses besoins; car a autre est la gloire du soleil, autre celle de la lune, autre celle des étoiles, car une étoile diffère en éclat d'une autre étoile ^ » De même que la dignité de mère de Dieu l'emporte, dans une proportion incommensurable, sur la dignité du premier martyr et des apôtres, de même sa grâce est plus abondante que celle des autres saints.
« Le Seigneur est avec vous. » Dieu se trouve dans ses créatures de différentes manières, dans celles qui sont douées de raison d'une manière; dans les créatures sans raison d'une autre. Ses créatures sans raison n'ont aucun moyen de l'atteindre ou de le posséder. Toutes les créatures raisonnables peuvent cependant l'atteindre par la connaissance et le tribut d'un amour pur. C'est seulement dans le bien qu'il veut être avec elles aussi bien qu'en elles. C'est donc par une certaine harmonie et un certain rapport de volonté que Dieu est avec tous ses saints. Mais il est en Marie d'une manière plus intime et plus parfaite encore : car entre elle et Dieu il règne une si grande union, une si grande harmonie, que non seulement sa volonté, mais chacune des parties de son être, et sa chair elle-même sont vraiment unies à Dieu ^
1 Luc, I, 26, 35.
2 I Gorint., XV, 41.
^ s. Bernard.
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes, » Ces paroles ont été dites de deux autres femmes, dans la sainte Ecriture, de Jahel et de Judith. La première fut appelée bénie après avoir tué Sisara \ la seconde après avoir tué Holopherne ^ ces deux ennemis du peuple de Dieu. Sous ce rapport Jahel et Judith ont été les vraies figures de Marie, qui a été choisie de Dieu pour écraser la tête du serpent infernal, l'ennemi du genre humain. Si elles ont mérité le titre de bénie parce qu'elles ont été les instruments dont Dieu s'est servi pour délivrer Israël des calamités temporelles, combien Marie ne mérite-t-elle pas davantage cette dénomination, elle qui a si efficacement coopéré au salut du genre humain?
L'évangéliste continue: «Marie se levant dans ces jours, « se dirigea en toute hâte vers une ville de Judas elle « entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Et « il arriva qu'après que Marie eût salué Elisabeth, l'enfant « de celle-ci tressaillit d'allégresse dans son sein. Elisabeth « fut remplie de l'Esprit saint et s'écria d'une voix forte : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le « fruit de vos entrailles. Et d'où ce bonheur que la mère « de mon Seigneur vienne vers moi? Car dès que la voix « de votre salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tres- « sailli de joie dans mon sein. Vous êtes bienheureuse, « vous qui avez cru ; car les choses qui vous ont été dites « par le Seigneur s'accompliront ^ »
Le cérémonial ordinaire des salutations est ici renversé: c'est la vieillesse qui s'incline devant la jeunesse. C'est une femme très vénérée dans tout le pays qui honore une jeune fille. C'est une matrone inspirée qui exprime son étonnement de ce qu'une jeune parente daigne la visiter. Elle confond les louanges de Marie avec celles de son fils ; Jean
* Juges, V.
2 Judith, xni.
^ s. Luc, I, 39, 4o.
encore enfant exprime sa respectueuse joie en tressaillaat dans le sein de sa mère. Nous savons, ou plutôt, on nous avertit que pendant cette entrevue, Elisabeth fut remplie de l'Esprit saint, pour nous rappeler que la vénération rendue à sa cousine ne venait pas de son propre esprit^ mais qu'elle fut dictée par l'esprit même de Dieu.
Marie exhale alors ce sublime cantique, le Magnificat: « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit s'est réjoui en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante, car désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse \ » Je m'arrêterai sur ce mot pour y faire quelques réflexions.
Le Saint-Esprit, par l'organe des chastes lèvres de Marie, annonce que toutes les générations l'appelleront bienheureuse, c'est la preuve la plus évidente de l'approbation qu'il donne aux honneurs qui lui seront rendus.
Or, la religion catholique est la seule dont les enfants, de génération en génération, jusqu'à aujourd'hui, l'aient proclamée bienheureuse ; parmi tous les chrétiens de la terre, seuls, ils contribuent à l'accomplissement de cette prophétie.
Par conséquent, ce sont les catholiques seuls qui méritent l'approbation du Ciel en remplissant la prédiction du Saint-Esprit.
Non seulement les protestants reconnaissent que nous bénissons le nom de Marie, mais ils nous reprochent même d'être exagérés dans les louanges que nous donnons à sa gloire.
D'un autre côté, ils ont bien soin de s'exclure de la race de ceux qui doivent l'appeler bienheureuse; car en parlant d'elle ils lui ravissent presque invariablement le titre de bienheureuse, préférant l'appeler la vierge Marie, la Vierge ou la mère de Jésus, Et tandis que les églises pro-
^ s. Luc, I, 46-48. ■
LA BIENHEUREUSE VIEUGE MAUIE. 193
testantes retentissent des louanges de Sara, de Rébecca et de Rachel, de Miriam et de Ruth, d'Esther et de Judith, pour l'Ancien Testament, d'Elisabeth et d'Anne, de Madeleine et de Marthe pour le Nouveau, le nom de Marie mère de Dieu n'est prononcé qu'à voix basse, de peur que le bruit de son nom n'attire à l'orateur le reproche de superstition.
La piété d'une mère donne ordinairement un nouveau lustre à son enfant, et l'auréole dont son front est entouré rejaillit sur lui. Plus une mère est élevée, bien plus grand est l'honneur qui revient à son fils. S'il en est ainsi pour tous les hommes qui n'ont pas choisi leur mère, n'avonsnous pas encore plus le droit de le proclamer en faveur de Jésus qui a choisi Marie pour mère, qui se l'est donnée telle qu'il la voulait, si bien que toutes les gloires de Marie sont, en quelque sorte, sa propriété personnelle ? Nous voyons tous les jours des ministres de l'Evangile qui ignorent les grandes vertus de Marie et ses privilèges incomparables, tandis qu'ils rappellent avec ostentation ses imperfections et même son indignité, comme si le fils devait être déshonoré par la vertu de la mère, et trouver ses délices à l'entendre diffamer ?
Tous ces détracteurs peuvent s'instruire par l'exemple d'un homme qui n'a que très peu professé le christianisme :
«Vierge immaculée, Marie, n'est-ce pas votre nom? Telle doit être, il me semble, sa suave-harmonie. Le plus doux nom qu'une mortelle ait porté vous convenait surtout. Celle à qui jadis on l'a donné, ne touchait qu'à la terre, elle habitait dans les deux \ »
Encore une fois, c'est avec raison que le titre de bienheureuse est donné à Marie. Dans une circonstance que nous avons déjà rappelée, une femme élève la voix et dit
* Holivier Ew Homes.
à Jésus : « Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité \ » Il est vrai que Notre-Seigneur répond: « Mais bien plus heureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent. » Ce serait pervertir sans autorité le texte sacré que d'attribuer à cette réponse l'intention qu'aurait eue Jésus de ravir à sa mère l'hommage qu'on lui décerne. On peut expliquer ainsi ces paroles : Oui, Marie est bénie, elle est bienheureuse pour avoir été l'instrument choisi de mon incarnation ; mais plus heureux sont ceux qui gardent ma parole. Que les autres soient donc pleins d'espérance, quoiqu'ils ne puissent pas partager avec ma mère le privilège de sa maternité; ils peuvent au moins participer avec elle à la magnifique récompense de ceux qui entendent ma parole et qui la gardent.
Nous avons vu Marie déclarée bienheureuse dans quatre circonstances différenles, et en proclamant sa félicité, loin de lui rendre un honneur immérité, nous ne faisons que répéter le jugement porté dans nos saints évangiles, par les anges et par l'esprit de Dieu lui-même.
Wordsworth, quoiqu'il n'ait pas été nourri dans le sein de l'Eglise catholique, apprécie, à sa juste valeur, la sainteté incomparable de Marie dans le beau passage qui suit :
« Mère ! dans le cœur virginal de laquelle l'ombre la plus légère d'une pensée coupable n'est jamais entrée; femme ! glorifiée entre toutes les femmes, l'ornement unique et solitaire de notre nature déchue, votre image descend sur la terre, plus pure que l'écume des mers au milieu d'un océan irrité; plus brillante que les nuages d'Orient que l'on voit se parer, au lever du soleil, de roses aux mille couleurs ; plus radieuse que la chaste reine des nuits avant qu'elle ne commence à s'éclipser dans les vastes régions d'un ciel bleu. Tous ceux qui ont fléchi
1 s. Luc, XI, 27.
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE. i95
devant vous un genou suppliant, comme devant un pouvoir invisible, ont été pardonnes, je me le persuade sans peine. En vous, l'on trouve à la fois et l'amour des mères et la pureté des vierges, et la grandeur et la faiblesse, tout ce qu'il y a d'innocent et de divin. »
Honorer une créature qui a été l'objet de saints, d'angeliques et de divins panégyriques, c'est pour nous une faveur en même temps qu'un devoir sacré, lorsque nous nous rappelons que l'esprit de prophétie lui-même a annoncé à Marie qu'elle serait un thème toujours nouveau d'éloges de la part des chrétiens, tant que subsistera notre divine religion.
« Digne d'honneur est celui que le roi veut glorifier \ » Le Roi des rois a glorifié Marie, son divin Fils n'a pas dédaigné de lui être soumis; nous devons surtout l'honorer parce que l'honneur que nous lui rendons remonte vers Dieu la source de toute gloire. Le prophète royal, qui a honoré Dieu plus que tout homme, estimait les amis de Dieu dignes de tout honneur. « Pour moi, ô mon Dieu, j'ai une profonde estime pour vos amis ^ » Les amis de Dieu sont ceux qui remplissent le plus fidèlement ses commandements. «Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande'. » Qui a mieux rempli les divins préceptes que Marie qui a gardé toutes les paroles de son Fils, les repassant dans son cœur? « Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera, » dit le Sauveur * ; qui a plus longtemps servi Jésus que Marie, elle qui s'est acquittée envers lui de tous les devoirs d'une tendre Mère?
Les héros et les hommes d'Etat peuvent recevoir les plus grands honneurs civils et militaires qu'une nation puisse accorder, sans qu'on les suspecte d'envahir le
^Esther, VI, 11.
^ l»s. CXXXVIII, daus la version prot. GXXXXIX.
3 s. Jean, XV, 14.
* S. Jean, XII, 26.
domaine de la gloire due à Dieu. Je vous le demande, la sainteté héroïque n'est-elle pas plus digne d'admiration que les services civils et les exploits militaires? Gela est d'autant plus vrai que la religion est rangée dans un ordre supérieur au patriotisme et à la valeur. Et cependant les admirateurs des grandes vertus de Marie peuvent à peine Célébrer ses louanges sans être accusés, dans certaines régions, d'idolâtrie.
Quand une nation désire célébrer la mémoire de ses hommes illustres, son admiration ne s'arrête pas à des paroles ; elle se manifeste de mille manières différentes.
Rappelez- vous toutes les formules de respectueux souvenir rendu à la mémoire de Washington. On a élevé à sa gloire des monuments sur lesquels sont gravées ses bonnes actions.
La terre où ses restes reposent, sur les rives du Potomac, est gardée à tour de rôle par une troupe volontaire de Dames dévouées qui aiment à y cultiver, à y entretenir des fleurs. Cet endroit, cher à la nation, est visité chaque année par des milliers de pèlerins qui accourent de tous les Etats. Tous ces visiteurs arrachent avec empressement une fleur, ou une feuille provenant des arbresqui croissent autour de son tombeau; ils s'efforcent de déchirer un lambeau de ses habits, qui sont encore conservés dans sa vieille habitation, et ils les emportent chez eux comme de précieuses reliques.
En parcourant, dans mes missions, les rives du Potomac, j'ai toujours observé que chaque fois que le vaisseau s'arrêtait en face du mont Vernon, la cloche sonnait, et tous les regards se portaient alors sur le tombeau de Washington.
Le 2^ février, jour anniversaire de la naissance de Washington, est observé comme un jour de fête nationale, au moins dans certaines contrées.
Je me rappelle avec quelle pompe les compagnies mili-
taires et les sociétés d'incendie parcouraient nos rues, et dans quels patriotiques discours, autrefois on redisait les exploits du premier Président. La fête se terminait par un banquet social.
De même que les citoyens des Etats-Unis manifestent diversement leur admiration pour Washington, ainsi les citoyens de la république de l'Eglise aiment à exprimer, sous les formes les plus variées, leur vénération pour la mère de Jésus.
On lui élève des monuments et des statues. Trois fois par jour, le matin, à midi et le soir les cloches sonnent l'angélus pour nous rappeler l'incarnation de Notre- Seigneur et la participation de Marie à ce grand mystère d'amour. Ses autels sont ornés avec goût par des mains pieuses, visités par des enfants dévoués qui portent sur eux ses reliques, ou quelques objets revêtus de son image et consacrés à son nom.
Le jour de sa naissance, et les autres jours de l'année, qui nous rappellent les principaux actes de sa vie, ont reçu une sorte de consécration: ils sont rappelés en leur temps par des processions, par la participation au banquet Eucharistique et par des discours développant ses vertus et ses prérogatives.
De même que jamais homme n'a été suspecté de moins aimer son pays et ses institutions parce qu'il vénère Washington, peut-on raisonnablement supposer que nos hommages envers Dieu soient diminués par la vénération que nous rendons à Marie? Les louanges que nous donnons à Washington tendent moins à honorer l'homme, qu'à venger les principes dont il a été le champion et le propagateur, et à exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour les bénédictions qu'il a accordées à notre pays par son entremise. De même notre but en rappelant le nom de Marie, n'est pas seulement de la louer, mais de garder le souvenir sans fin de l'in-
carnation de notre Sauveur, et de lui exprimer notre gratitude pour les bénédictions apportées au monde par ce grand mystère auquel elle a pris une part si considérable.
L'expérience nous prouve assez que plus nous comprenons la part de Marie dans l'œuvre de la Rédemption, plus nous connaissons le Rédempteur lui-même, plus grand est notre amour pour lui, plus profonde et plus vaste devient notre dévotion.
L'expérience prouve encore que les qualités et les titres de notre Sauveur ne sont que confusément compris par l'esprit des populations qui ignorent les rapports de Marie avec son divin fils.
Le défenseur d'une ville assiégée concentre toutes ses forces sur les fortifications extérieures et sur les tours, ies parties les plus élevées, sachant bien que la prise de ces ouvrages extérieurs mettrait bientôt en danger la citadelle elle-même, et que de leur salut dépend la sûreté de la ville elle-même.
Jésus-Christ est la forteresse et la citadelle autour de laquelle doit se concentrer toute l'affection de notre âme : Marie est appelée « la tour de David » et la porte de Sion que le Seigneur aime bien plus que les tabernacles de JacobS celle dans laquelle il est entré lors de son incarnation.
Cette porte de Sion est si intimement unie à Jésus le temple de notre foi, que jamais personne n'a attaqué l'une sans ébranler, sans attaquer l'autre. Les Ncstoriens n'ont voulu voir en Marie qu'une femme ordinaire parce qu'ils ne voyaient dans le Christ qu'un homme.
Si nous volons à la défense de la porte de Sion, c'est que nous sommes très zélés pour la cité de Dieu, si nous nous tenons comme des sentinelles autour des remparts
* Piaume XXXVI.
de David, c'est que nous sommes prêts à protéger Jérusalem de riuvasion.
Si nous empêchons les mains profanes de toucher l'Arche d'alliance, c'est parce que nous sommes jaloux de préserver de toute profanation, le Seigneur de l'Arche.
Si nous sommes si vigilants pour sauvegarder l'honneur de Marie, c'est parce que l'amour de Jésus-Christ nous presse. Si nous ne permettons pas d'enlever à son front très pur une seule guirlande, c'est que nous ne voulons pas qu'une seule qualité de l'humanité sacrée du Christ reste dans l'ombre, que nous désirons qu'il brille surtout dans la splendeur de sa gloire, et qu'il soit revêtu de la plénitude de ses perfections.
Mais me direz-vous : Pourquoi unissez-vous si souvent l'adoration de Dieu et la vénération de la Vierge bénie? Pourquoi de semblables salutations, Jésus et Marie soyez hénis? Pourquoi récitez-vous si souvent, et dans cet ordre, l'oraison dominicale et la salutation angélique? N'est-ce pas dans la pensée d'enlever toute différence entre le créateur et la créature, et pour exciter le mécontentement d'un Dieu toujours jaloux de sa gloire?
Ceux qui font ces objections se rappellent-ils que les louanges du Seigneur et de ses élus sont fréquemment mêlées dans les saintes Ecritures?
Judith, en revenant de la tente d'Holopherne chante ce cantique : « Louez le Seigneur, notre Dieu, qui n'a pas abandonné ceux qui espèrent en lui et qui a accompli, par moi sa servante, la miséricorde qu'il avait promise à la maison d'Israël. » Ozias, le prince du peuple d'Israël, lui dit : « Vous êtes bénie, ô ma fille par le Seigneur, le Dieu Très-Haut, au-dessus de toutes les femmes qui sont sur la terre... Il a tellement glorifié votre nom que votre louange se trouvera toujours sur les lèvres des hommes \))
* Judith, xm.
Ecoutons l'Ecclésiaste. Après avoir glorifié Dieu pour ses grandes œuvres, il fait aussitôt retentir les louanges d'Enoch, de Noé, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, de Moïse et d'Aaron, de Samuel et de Natham, de David et de Josias, d'Esaû et de Jérémie et d'autres rois et prophètes, d'Israël \ Sous l'inspiration du même esprit, Elisabeth s'écrie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles ^ »
Marie elle-même, sous l'inspiration de Dieu, s'écrie : a Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur... voilà que désormais toutes les nations m'appelleront hienhetireuse^ . » Voilà que les noms du créateur et de la créature sont mêlés comme des fils d'or et d'argent dans la même trame, sans provoquer la jalousie de Dieu.
Dieu jaloux de l'honneur rendu à Marie ! Un père peutil être jaloux de l'honneur rendu à son enfant? Un architecte sera-t-il jaloux de la louange décernée à un temple magnifique que son génie a cpnçu et exécuté ?
Le temple vivant du cœur de Marie n'est-ce pas l'ouvrage du suprême architecte ? Ne doit-elle pas dire avec toutes les autres créatures de Dieu : « Vos mains, Seigneur, m'ont faite et formée. » N'est-ce pas lui qui a orné ce temple vivant des rares beautés que nous admirons? Ne l'at-elle pas déclaré quand elle s'écriait : « Celui qui est grand a fait de grandes choses en moi \ »
Dieu jaloux de Marie 1 Autant vaudrait imaginer que le soleil, s'il avait l'intelligence, serait jaloux des nuages légers et dorés, qui l'enveloppent, réfléchissent son éclat et mettent, dans tout son jour, son inaccessible splendeur. Autant vaudrait imaginer que la même lumière est jalouse
1 Ecc, XLUI et 8uiv.
2 s. Luc, L
3 s. Luc, L
* s. Luc, 1, 49.
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIÉ. âOi
de l'adiniralion que nous donnons à la belle rose dont les pétales épanouies^ les riches couleurs et les délicieux parfums sont le fruit de ses rayons bienfaisants.
En unissant la gloire de Marie à celle de Jésus, nous imitons donc la sainte Ecriture ; et de même qu'on n'a jamais soupçonné que les louanges prononcées en faveur de Judith, des rois vertueux et des prophètes d'Israël enlevassent quelque chose à l'honneur de Dieu, bien moins encore nous diminuons la gloire du Fils en exaltant la Vierge bénie qu'il a choisie pour Mère.
Je trouve Jésus et Marie réunis à la crèche, en Egypte,, à Nazareth, dans le Temple,à la Croix. Je trouve leurs noms associés l'un à l'autre dans le Credo de Nicée et des apôtres. Il est donc convenable que leurs noms aient une place commune dans mon cœur et qu'ils s'échappent souvent de mes lèvres. Inséparables à la vie età la mort ils seront toujours unis dans ma prière. « Ce que Dieu a uni, ne le séparez pas. »