AMOUR DE L'EGLISE
Et cette foi absolue et inébrunlable dont Veuillot est si fier, qui pé-
nètre toute son intelligence e: élève et transfnrme toute sa vie, c’est l'Eglise qui la lui a donnée, c'est l'Eglise qui la lui conserve, c'est l'Eglise qui la défend pour lui, dans d'incessants combats, auxquels elle lui fait l'honneur et le Plaisir de l’associer. Aussi quel attachement inébranlable et quelle confiance absolue il garde à l'Eglise, quel amour passionné et généreux il lui porte !
Sur ce sujet de l’Eglise, Veuil ctne tarit pas de protestations enflammées, que l’on sent sortir tout ardentes de son coeur.
“L'Eglise est ma Mère et ma Reine, écrit-il, C'est à elle que je dois tout, lui devant la connaissance de la vérité ; c’est par elle que j'aime, c'est par elle que je crois, l’elle seule j'espère tout ce que je veux espérer : homme, la miséricorde disine ; citoyen, le salut de la patrie... L'Eglise est mon pari et même ma patrie. C'est elle qui m'a fait.connaître mes devoirs d’homme et de citoyen, qui a éclairé mon esprit, qui a fortifié mon cocu, qui m'a révélé ma voie et ma destinée.
Tant que je n'ai pas connu sa loi, j'ai véritablement ignoré pourquoi J'étais sur lu terre, je n’ai su ri ce due je devais aimer, ni ce que je devais combattre, Ainsi je dois tout à l'Eglise et je prétends n'être point ingrat.” .
On connaît l’autre page, véritable cri d'amour et d’indignasion, où éclate toute l’âme du vaillant soldat.
“L'Eglise m’a donné la lumière et la paix. Je lui dois ma raison et mon coeur; c’est par elle que je sais, que j’admire, que j'aime, que je vis. Lorsqu'on l'attaque, j'ai les mouvements d’un fils qui voit frapper sa mère. J'essaye d'arrêter la Main parricide, j'essaye de la meurtrir, je conserve de son rime
un ressentiment profond. C'ert je plus insensé des crimes, le plus ingrat, le plus cruel ! Certes ! je n'ai
Je vois tous les jours des effets ir.
réparables, je la hais. Je la hais d’une passion que rien s'épuise, que rien n’endort, qui, malgré noi, quoi que je fasse, éclate en àpres Sémissements.”
Dans l'âpreté de ce #émissement et nous dirions presque de ce rugissement, il y a sans doute l'ardeur irréductible du soldat de la vérité, mais il Y a aussi l'amour Puissant dont cette indignation n'est que l'effet trop légitime
C'est parce qsil aime l’Fglise gardienne de la foi et de la verité, conditions du salut des âmes et des nations, qu'il combat Pour eile si ardemment, c'est parce qu'il voit conjurés et soulevés contre elle les ennemis de Dieu, organisés en école ou en parti et se faisant des armes de tout, qu'il ne Peut retenir contre leurs menées Ja clameu de son indignation.
FLEAU DES 1 DOCTRINES
D'ailleurs, lorsque Veuillot dénonce, avec tant d'insistance, le fléau des doctrines fausses, il n'obéit pas seulement à une conviction Personnelle, qu’il a acquis» en reprenant chaque jour Contact avec les ennemis, aux premiers rangs de l’incessante bataille, où il a à de ses Yeux, entendu de ses oreilles que, plus encore que le désordre dans les moeurs et dans la soriété, c'est l'erreur et le mensonge que s'efforcent de répandre ceux qui combattent le catholicisme, il pense comme l’Eglise, qui a toujours déployé son plus grand zèle :t sa
Plus grande vigueur nour repousser l’héré:je,
Sur l'existence et l'organ.sation redoutable des prédicants de l'erreur et du mensonge, le gran lutteur catholique pensait comme le grand docteur Léon XII, qui «a écrit cette terrible sentence :
“Le péché contre le Saint-Esprit, le péché de celui qui par mslice combat lu vérité et s'en détourne, s'est tellement multiplié de nos Jours qu'il semble Que nous soyons arrivés à cette époque perverse Prédite par saint Paul, où les hommes aveuglés par un Juste jugement de Dieu, regarderont comme vrai ce qui est faux, cet croiront au Prince de ce monde, qui est menteur et père du mensonge, conme s’il était le docteur de la vérité.” En estimant que l'erreur systématisée et organisée en sectes co,nbatives est le plus dangereux de tous les flér menaçant la sos iété, Veuill sensait comme le grand sociologue Le Flay, ui n’a pas craint de dire qu ‘'est l'erreur plus encore que le vi qui a perdu les nations tombées dans une absolue décadence, et qui ajoutait, en 1871, l'erreur nous a plus dévorés que ne nous dévorent les communistes et les Prussiens. La clairvoyance de Veuillot le faisait Jenser Comine tous ceux qui observent
et raisonnent attentivement, et notamment comme M. de Marcère, ancien ministre de la troisième république française dont il a écrit en partie l’histoire et qui n’a pas hésité à déclarer que la mal qui ron- #e la France consiste dans les fausses doctrines, l'abandon des traditions nationales et les ab uralions plus ou moins officiell:s et complètes de l'esprit chrétien, Le même historien ne craint pas d’ajouter que le plus grand tort des
Français a été dans le péché d'.gnorance et dans la légèreté d'esprit avec laquelle ils ont subi des in- [luences funestes et accepté des enseignements corrupteurs.
L’amour de Veuillot pour l'Eglise et son attachement à la foi sont donc motivés non seulement par leur vérité, leur beauté et leur bienfaisance propres, mais aussi par la malfaisance criminelle et mortelle de l'erreur, dont il à vu et prévu les funestes méfaits. Sur ce point encore, l’infatigable apologiste a pensé comme Pie X, qui a dit : “la grande charité c'est de dire aux hommes la vérité, la vérité dort! ils ont si grand besoin.”