Le Rappel, 15 août
laisser parler Jules Ferry. Il lui emprunte des fo mules et des prescriplions, qui se trouvent avoir si peu vieilli que l'académicien d'aujourd'hui prend e plaisir à les faire siennes, tant elles sonnent juste, haut et clair. |
Il faut voir là sans doute un hommage à la :
mémoire du grand Vosgien. Mais il y faut voir, en plus, l'affirmation de sa victoire, de la nôtre et des pe devoirs qu'elle nous impose.
Il y a trente ans, Jules Ferry présentait au Dent français un projet qu'aucun autre peuple n'avait envisagé, que seuls avaient rêvé nos grands révolu- À lionnaires depuis Condorcet jusqu'à Edgar Quinet. Il proposait à la Nation de se charger elle-même, et à elle seule, de l'éducation de tous ses enfants. #. 3
Il soutenait que, fils et filles de catholiques, de " protestants, de juifs, de libres penseurs, la Nation pouvait tous les accueillir et les grouper, comme une mère, autour d'elle dans une maison commune de l'enfance où, traités en frères, ils apprendraient
à se sentir frères. 4 Il soutenail que l'âme de cette école devait etre une éducalion morale toute paternelle, toute pralique, enseignement familier de « cet alphabet de … « la sagesse et de la raison, de cet ABC de la bonne « el tradilionnelle morale qui, dans tous les temps ‘4 «el sous l'empire de toutes les religions, a fait la & « loi fondamentale des peuples policés ». êl L.
Il soutenait encore que, pour celte éducation 4 morale el civique de la jeunesse, la Nation pourrait F ürer de son sein par milliers et par milliers des MS hommes el des femmes nés dans le peuple et vivant
e la vie du peuple, pères et mères de famille euxèmes, qui seraient capables de ce double effort, en pparence contradictoire : un entier dévouement à | tte tâche obscure de l'éducation de ces petits, et oun scrupule absolu pour s'interdire toute pression sur leur conscience.
Voilà ce que Ferry a demandé à la France, et ce pue il a obtenu d'elle.
Wales partis politiques, qui se servent de l'Église ou dont l'Église se sert, opposent aujourd'hui à ce type d'école nationale, laïque et neutre, un système dontils vantent le libéralisme, la « R. P. scolaire ». "État ne se mélerait plus de l’enseignement que pour donner aux différentes églises ou associations quelconques qui se chargeraient d'entretenir des écoles, une subvention calculée au prorata du roue de leurs élèves.
De la sorte on reviendrait au régime que nous 14 avons non tes trente ans de No de
protestantes, israélites. On pousserait le libéralisme jusqu'à tolérer des écoles libres penseuses. L'important, c’est qu'ils cesseraient de se rencontrer sur les __ bans de cette école publique et mixte, que Michelet appelait « une école de fraternité française ». Chaque groupe serait dûment endoctriné par ses . prêtres ou ses chefs et n’entendrait jamais le son de l'autre cloche. Ainsi l’on espère restaurer la foi À chrétienne.
‘% Tel est présentement l'idéal des feuilles catho- __ liques. Est-ce celui du pays? Nous ne le croyons pas. Nous pensons qu'à l'heure actuelle l'immense majorilé des familles, même les plus attachées au
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catholicisme, si elles pouvaient être librement con-
sultées, opterait sans hésiter pour l’école publique,
précisément parce que celle-ci a déjà trop propagé
les idées de tolérance, de liberté de conscience, de paix et d'unité nationale, pour que les populations ne redoutent pas d'instinct le retour aux petitesses et aux âprelés du séparatisme confessionnel.
C'est cette confiance dans le bon sens public qui doit dicter notre conduite.
Achevons l'œuvre scolaire de la République dans le même esprit où elle a été commencée. Au lieu de partir de l’idée que tous les catholiques ont pour
l'école publique une haine féroce et que le monopole
de l’enseignement sera la seule réponse à leurs fureurs, tenons pour cerlam quil y a, chez eux comme chez nous, une majorité d'honnêtes gens prêts à réprouver, comme nous, tout acte de pression, tout abus d'autorité, tout procédé de tyrannie et de fanatisme, de quelque part qu'il vienne et de quelque nom décent qu'il se couvre. Dégageons celle majorité qui signore peut-être. Rapprochons ces hommes de droiture et de modération, dignes de s'entendre pour s'accorder réciproquement les garanties de liberté promises par la loi et pour imposer silence aux violents de leur parti.
C'est sur l'union patriotique de ces bonnes volontés, supérieures aux passions politiques ou religieuses, que Jules Ferry avait osé compter dès le premier Jour. C'est encore cette union que réclame un de ses plus éminents successeurs. C’est elle que ne désespère pas de réaliser, pour lapplication loyale de nos lois scolaires, la future Ligue française d'éducalion morale.