LEE FANATISME
É mirent d'accord pour ne plus vendre à leur institu-
teur ni pain, ni lait, ni viande, ni œufs, ni aucune
denrée nécessaire à l'existence, On voulait obtenir
par la famine le départ des deux malheureux insti- tuteurs. M. Maire prévint aussitôt ses chefs de cette
situation tragique. On accorda au mari et à la
femme un congé leur permettant de quitter le pays.
Depuis, les écoles sont fermées, et leurs cinquante
élèves ne reçoivent aucune instruction. »
, Oui, l'idée m'est venue qu'il y aurait une joie infinie à être l’évêque de ces. catholiques-là et à exercer sur eux celte fameuse autorité spirituelle dont on dit merveilles. Je vois Monseigneur appelant par dépêche le bon curé de cette bonne paroisse, ou mieux s’y transportant en personne, pour apprendre à ces sauvages qu'il y a une charité chrétienne. Je le vois usant des peines canoniques, puisqu'il y en a, pour faire respecter les droits de l'humanité...
Et, partant de là, mon rêve se continue. Je dis : rêve, pour ne pas heurter l'opinion régnante. Mais, entre nous, je ne crois pas du tout que c'en soit un. Ma « chimère » est bel et bien la plus solide, la plus vivante des réalités. Pour la mettre en acte, il ne faut qu'un effort dont le pays est fort capable. Qui sait s'il ne va pas, au premier jour, nous l'imposer impérieusement aux uns el aux autres?
Mgr Myriel n'est pas un mythe. Il existe même certainement en plusieurs exemplaires. Et on aura beau l'envelopper, il aura beau se draper lui-mème dans la plus intransigeante orthodoxie, il finira par se trahir : son cœur d'homme, de Français, et de chrétien l'emportera sur la consigne d'Église ou de parti. Et tôt ou tard, il dira leur fait à ces curés de
Vendée et d'ailleurs dont les exploits ont été cités a ÿ
la tribune, à ces hommes de Dieu qui, appelés auprès d'une mère agonisante, lui refusaient froidement, pendant des heures, les secours de la religion
jusqu'à ce que la pauvre femme, épuisée, envoyât
cherchér des témoins pour promettre devant eux que son enfant serait enlevée immédiatement à l'école laïque et transférée à celle du « couvent ». . Maurice-Faure a raconté ces faits à la Chambre, avec des cas de [yrannie patronale non moins indignes d'un pays civilisé.
Et pourtant, de la séance même où ces choses
furent dites, j'ai emporté une {out autre impression -
que celle de la colère. Ce qui m'a frappé, c'est que, mis en face de ces procédés barbares, les députés de tous les partis les ont également et véhémentement réprouvés. Les uns ont contesté les faits allégués, les autres ont riposté en prétendant en avoir de pareils à nous reprocher. Peu importe. L'essentiel, c'est l'unanimité de la réprobation hautement prononcée contre cette manière d'entendre ou la politique ou la religion !.
N'y a-t-1l pas une leçon à en tirer?
S'il est avéré que la conscience française d'aujourd'hui ne peut plus supporter le fanatisme, d'où qu'il vienne, s'il n’est plus possible de trouver dans une Chambre des défenseurs attitrés de ces abus de la force, pourquoi ne pas prendre celte règle générale pour base de toute notre législation? Pourquoi ne pas demander à tous les partis de transformer en un acte publie Ja déclaration qu'ils fout tous à l'envi, de répudier le fanalisme el ses odieux moyens?
1. A,noter les déclarations de MM. Groussau, Lefas, de La Vrignais, ele.