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La foire aux artistes

n accuse très -volontiers, depuis quelque temps la petite presse de se livrer presque uniquement à la critique des gens de lettres eux-mêmes, au lieu de s'en tenir à leurs œuvres , d'attaquer les personnes, les habitudes et les mœurs, plutôt que les romans, les erreurs et les tendances. Il importe, dit-on, de savoir si un livre est mauvais et funeste, mais non si l'auteur se tient au cabaret et fréquente les filles de joie. Pourquoi livrer en pâture à la curiosité publique le paletot du poète , le

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déjeuner du chroniqueur ou l'alcôve du romancier? Vat-on s'inquiéter si le négociant qui fait les fournitures d'une maison , entretient une maîtresse en ville, ou s'il a des relations avec sa domestique? Si le notaire qui fait un acte de vente, aime la bière ou l'eau-de-vie, l'absinthe ou le café au lait?

Pourvu que les fournitures soient de bon aloi, pourvu que l'acte soit régulièrement fait, on n'en demande pas davantage.

L'objet de la comparaison sera certainement trouvé indigne ; mais si nous reconnaissons la supériorité des produits de l'intelligence sur les choses ordinaires de la vie, nous ne pouvons, par cela même, accorder à l'écrivain, devant la critique, l'égalité avec le bourgeois, parce que cette égalité serait un privilège de moins.

Bien plus, si la vie privée de certains hommes qui se plaignent n'a pas été respectée, n'est-ce pas leur propre faute?

Ils ont eux-mêmes demandé la publicité pour les côtés brillants de leur existence. Ils ont encouragé les plumes amies à raconter les splendeurs que le succès leur a faites. Ils se sont plu à appeler l'attention sur ce luxe nouveau dont ils sont tout heureux et tout fiers ; et , après avoir fait réclame de leurs tapis et de leurs bronzes, ces messieurs s'étonnent et poussent les hauts cris, quand, au lieu de s'en tenir à la littérature, la critique va s'occuper brutalement de la souplesse dans les salons ou de la pa-

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tiencc dans l'antichambre. Habitués qu'ils sont à trouver le miel dans le creux du chêne, ils s'épouvantent, en avançant la main, d'y sentir une couleuvre.

Ce que ceux-ci faisaient avec des affectations de richesse, ceux-là l'ont fait avec des affectations de pauvreté.

Le but était le même.

Les uns voulaient dire : Lisez les ouvrages d'un homme qui est devenu riche, prodigue et fastueux.

Les autres : Achetez les livres d'un homme qui fume sa pipe tous les soirs dans une taverne, où il boit, comme un charretier, de la bière et du trois-six.

Pourquoi n'aurait-on pas le droit de reprocher, s'il y a lieu, aux uns et aux autres, les moyens différents qu'ils ont employés pour se mettre en lumière et pour faire parler d'eux?

Du temps que la médecine n'était pas encore une science, on avait coutume, dans certains pays, d'exposer les malades sur le seuil des maisons, afin que, s'il se trouvait dans la foule quelque personne qui connût leur maladie, elle en indiquât le remède.

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C'est là ce que nous avons tenté de faire quelquefois. En toute chose, ne prenez pas pour le démolisseur celui qui pleure au milieu des ruines.

La littérature, quand elle n'est pas un art, est au moins une profession libérale. L'homme de lettres appartient, de droit et de fait, à la partie la plus intelligente de la nation. Il remue les idées comme le banquier remue l'argent. Les idées sont la richesse dans l'ordre moral , comme les pièces d'or sont la richesse dans l'ordre matériel. L'argent est frappé à l'effigie de nos souverains terrestres ; les idées sont frappées à l'effigie de Dieu, notre éternel souverain.

Vous ne saurez jamais, vous qui riez, tout ce qu'il faut apprendre et oser, même pour être un écrivain médiocre.

N'est-ce pas une noble tâche que celle de créer, dans un monde de convention, des passions et des vertus, de jouer du cœur humain comme un musicien joue de la harpe ? Oh ! tant pis pour ceux-là qui touchent l'instrument sans le connaître, et qui frappent les cordes à tort et à travers, au risque de les briser. Tant pis surtout pour

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ceux qui ne craignent pas de toucher l'instrument sublime avec des mains déshonorées.

Hélas ! il faut bien le dire , car le silence ne tromperait personne, les gens de lettres sont tombés dans l'opinion publique, ils sont tombés par la faute du petit nombre, par l'insouciance de tous.

La facilité de comprendre et d'intéresser, la complaisance de l'esprit, la commodité de l'intelligence les rendaient aptes à toutes les carrières et leur ouvraient toutes les portes. Ils partageaient avec les avocats cette faculté merveilleuse et qui fait les hommes d'Etat, de saisir à la fois le pour et le contre. Qu'est-ce que tout cela est devenu? quel gaspillage ! quelle ingratitude !

Il est plus facile de crier contre le monde que d'y tenir sa place ; il est plus facile de se proclamer méconnu que de se faire connaître, et beaucoup plus expéditif de mépriser l'opinion que de se la concilier. La grande ressource des enfants paresseux, c'est de bouder.

Cette soi-disant indifférence de l'opinion des autres, il faut qu'elle se manifeste d'une façon extérieure. On reconnaîtra Chodruc-Duclos à ses guenilles. C'est encore un moyen défaire parler de soi, et onfonde l'école de la crasse.

Sans plaider ici pour ce qu'on appelle la tenue, je me permettrai de faire observer qu'il faut respecter les choses respectées, parce que si l'on ne respectait que les choses respectables, il y aurait trop de gens en ce monde qui ne respecteraient rien.

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Et cependant les plus coupables ne sont pas ceux qui ont cherché dans ces singularités préméditées un moyen de se faire remarquer. L'oubli des convenances ne peut pas être l'originalité; mais après tout, ce n'est là qu'une faute, ce n'est pas un crime.

Le crime est dans la prostitution de sa conscience, dans l'apostolat du mensonge.

Esprits faux de parti pris , insulteurs quand même , monstres de vanité et d'hypocrisie qui n'ont appelé la muse que pour la trahir et la vendre, combien en voyonsnous de ces parricides de l'art, qui, par impuissance, se sont voués à la haine et à la destruction ?

Si un homme barbare employait sa vie à détruire les fleurs, les plantes bienfaisantes et les remèdes que la nature fournit contre les souffrances du corps, il serait écartelé, et ce serait justice ; mais voilà que des hommes pareils saccagent la poésie et les lettres, les seuls remèdes contre les maux de l'esprit, et on les laisse faire.

Ils prêchent aujourd'hui je ne sais quelle vertu , mais , hier, ils en prêchaient une autre. C'est leur métier. Les

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scélérats ont toujours été vertueux, et quand ils trahiront les principes qu'ils prônent aujourd'hui , soyez sûr que ce sera toujours au nom de la vertu, au nom de la morale.

Il faut en finir avec une tolérance coupable. Que ces hypocrites soient marqués une fois pour toutes et chassés de notre sein.

Comme ces vieillards débauchés qui demandent un réveil passager aux poivres et aux moxas, ces gens ne trouvent encore quelque verve que dans l'injure. Ils n'en ont plus pour longtemps.

Mais qu'on sache dès à présent, dans l'intérêt de la dignité des lettres, qu'ils n'ont pas de complices, et que tous nous les renions.

Que si quelqu'un d'entre eux nous éclabousse, nous laverons patiemment cette boue ; car, comme le disait dernièrement un homme de beaucoup d'esprit qu'un critique hydrophobe avait tenté de mordre et qu'on pressait de répondre : « Les chiens aboient après les voitures, mais on n'ouvre pas la portière pour aboyer après les chiens. »

ous , Membre de la Société des Gens de Lettres :

Vu le renchérissement des loyers ; Vu le prix excessif du filet rôti ; Vu les exigences des tailleurs, des bottiers et autres industriels ;

Vu les approches de la saison d'été, qui redouble notre appétit et nous oblige à renouveler notre garde-robe ; Proposons ce qui suit :

Art. 1er. — Une foire exceptionnelle aura lieu, soit dans l'avenue des Champs-Elysées, soit dans l'intérieur du bois de Boulogne.

Art. %. — Celte foire aura pour but d'assurer à chacun des adhérents une vingtaine de mille francs pour aller passer deux mois sur les bords du Rhin , dans les Pyrénées, ou en tout autre lieu à sa convenance.

Art. 3. — Les femmes seront admises.

Art. 4. — M. Hippolyte Lucas aussi.

Le concours de plusieurs personnes remarquables nous est déjà assuré. Voici un aperçu des spectacles et des curiosités qui seront offerts au public.

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