‹ La foire aux artistesChapitre 41 sur 85 · UN INCESTE A CHANDERNAGOR · texte numérisé non relu

UN INCESTE A CHANDERNAGOR

pièce morale et dramatique.

Cet étranger, qui est quelquefois pochard, fait le bonheur du garçon.

Guichardet l'accuse de chercher l'oubli dans les alcools.

A minuit et demi, chacun se retire et va rêver brelan d'as et double six.

C'est ainsi que s'écoulent les soirées de la plupart des gens de lettres. A peine une solennité théâtrale parvientelle à faire sortir quelqu'un d'entre eux de sa coquille.

Il y a loin de cette vie à celle que l'on rêvait au sortir du collège.

Lucien de Rubempré ne passe plus ses soirées chez Coralie, et on a perdu le souvenir des petits soupers de Camusot.

es fruits secs de la littérature qui, s'adonnant à la compilation, chercheront un jour, dans les collections de journaux , l'histoire intime du XIXe siècle, se trouveront singulièrement hébétés en face de cette multitude de gazettes que nous envoyons chaque jour à la postérité — ou ailleurs.

Quand on a gâché sa jeunesse et qu'on n'est propre à aucune profession ;

Quand on n'est ni notaire, ni pharmacien, ni libraire, ni marchand d'allumettes ;

Quand on n'a pas les grâces qu'il faut pour devenir mari d'une corsetière ou gendre d'une débitante de tabac ;

On fonde un journal.

Parmi les naufragés de la vie parisienne, quel est celui qui n'a pas eu l'idée d'un canard littéraire ou industriel? Une idée étrange, mystérieuse, une idée à millions !

Cet individu qui promène au boulevard un chapeau feuille-morte et un pantalon frangé par le bas, soyez sûr qu'il a l'idée d'un journal.

Il prend place sur le seuil d'un café, et quand le garçon s'approche et lui demande :

— Que faut-il servir à monsieur?

Il répond :

— Tout à l'heure.

Ce tout à l'heure signifie algébriquement : = — 50 centimes !

Il médite.

Son journal sera-t-il orgueilleusement quotidien ou modestement hebdomadaire?

S'appellera-t-il La Cloche ou Le Silence ?

Aura-t-il autant de rédacteurs qu'Alex. Dumas seul? En aura-t-il plus? En aura-t-il moins?

Il achète par la pensée l'hôtel Millaud et le château de la Folie-Dollingen...

Puis, il se lève pour continuer sa course aux capitalistes.

Un journal littéraire est rarement une bonne affaire.

Mais on peut appliquer au journalisme le refrain de M. Vautour:

Quand on n'a pas de quoi payer son terme, Il faut avoir une maison à soi.

Quand on n'a pas assez de talent pour écrire dans les journaux des autres, on est bien obligé de se faire directeur de journal. On s'improvise rédacteur en chef, on se donne des airs de ministre, et on foudroie du haut de son premier-Paris le bourgeois stupide, qui a cependant le bon esprit de ne pas s'abonner.

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