‹ La foire aux artistesChapitre 48 sur 85 · HENRI MURGER · texte numérisé non relu

HENRI MURGER

A cette époque, Murger, fatigué depuis longtemps d'une existence calme et sans secousses, résolut de rompre cette monotonie et de faire un éclat.

— Ah! on veut du scandale, s'écria- t-il , eh bien! on aura du scandale, et puisqu'il faut éreinter les gens pour faire parler de soi, je les éreinterai.

Murger choisit pour première victime une comédienne sur le retour qui jouit encore d'une certaine vogue. Il la désigna aussi clairement que possible. Il risqua môme l'initiale, et, faisant une allusion folâtre au parfum qu'exhalaient (et qu'exhalent encore) les lèvres de la dame, il la surnomma le Choléra des mouches.

Le bruit s'étant répandu un soir que Mlle Louise X. . . était partie pour l'étranger dans la chaise de poste d'un noble insulaire, Murger demanda quel pouvait être le Paris de cette Haleine.

Tout ce qu'on peut inventer d'incisif, de blessant, de cruel, Murger eut l'audace de l'imprimer sur le compte de Louise X . . .

Chaque matin, il s'étonnait de se retrouver avec ses deux yeux.

Un jour, enfin, il se trouva face à face avec sa victime. C'était au coin de la rue Laffite.

Il détournait la tête et s'empressait ds faire volte-face,

quand la dame, lui tendant une main amie, lui dit avec son plus gracieux sourire :

— Hé ! que devenez-vous donc ? on ne vous voit plus.

— Décidément , pensa Murger, le journal n'est pas lu!

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