ACTE TROISIÈME
NANETTE
Et les hommes, qu'est-ce qu'ils mangeront en arrivant si je leur prépare pas leur soupe?...
BERNARD
Les ouvriers I... c'est vrai I
LE DOCTEUR
Combien en avez-vous donc?
NANETTE, préparant le lit de Bernard.
Il y en a cinquante-deux...
LE DOCTEUR
Mâtin!... Ça en représente des kilos de pommes...
Et puis les pommiers ont bien rendu, cette année...
LE DOCTEUR
Vous êtes contente ? Le cidre s'annonce bien ?
NANETTE
Je serai pas tranquille tant qu'y sera pas brassé...
LE DOCTEUR
Pourquoi ça?
NANETTE
Ah ! voyez-vous, monsieur le Docteur, avec tous les gaillards qu'on est obligé d'embaucher... Il y en a làdedans .q-ii ne valent pas cher.
LE DOCTEUR
Est-ce que vous avez eu à vous en plaindre ?
NANETTE
Pas moi... Mais tenez, la nuit dernière, chez notre voisine, la mère Parisse, ils ont étranglé des pcHiles et des lapins...
LE DOCTEUR
Encore, quand ils n'étranglent que les lapins, il n'y a que demi-mal... Hélas I il y en a qui étranglent les petites filles.
(Bernard tressaille.)
NANETTE, avec émotioTi.
Ah 1... ça I...
LE DOCTEUR
Cette pauvre petite Roque... Je ne peux m'empêcher d'y song-er chaque fois queje rencontre un chemineau... Je la vois encore, avec ses grands yeux !
BERNARD, coiiime à lui-même.
Moi aussi, je la vois !...
NANHTTE, au clocteur.
Et qu'est-ce que ça devient, c't'affaire là ?... depuis le temps ?...
LE DOCTEUR
On a arrêté un vagabond sur qui pèsent les plus graves soupçons...
BERNARD, maîtrisant son émotion.
Je croyais qu'il avait fourni un alibi ?
LE DOCTEUR
Non... Il a prétendu que ce jour-là, étant saoul, il ne se rappelait plus de rien... 11 fait l'idiot... il en a la tête, d'ailleurs...
BERNARD
Tu l'as vu ?
LE DOCTEUR
Oui... il y a un mois... le jour de son arrestation...
BERNARD, anxieux.
Que dit Foucaud ?