‹ La folie au théâtreChapitre 31 sur 185 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LIONEL

Eh bien, moi, alors, je ferai sortir mon frère de l'asile... Et malgré vous... j'en ai le droit...

BEAUCHAMP

Sûrement... La situation devient intolérable pour tous...

LIONEL

A tous les points de vue...

BEAUCHAMP

Parfaitement.

LIONEL

D'ailleurs, Raymond a écrit plusieurs lettres au procureur — je le sais — pour protester contre ce qu'il appelle une séquestration arbitraire...

{Cloiilde a fuit signe à Lionel et à Beauchanip de se taire. Elle va à la porte de la salle à manger qu^elle referme soigneusenient.)

LOUISE, indignée, se levant.

Oh!

LIONEL

Si le bruit s'en répand autour de nous... parmi nos amis, aux bureaux, de quoi aurons-nous l'air ?... Qu'estce qu'on va s'imaginer? Les gens sont si méchants!... On finira par croire que nous avons un intérêt à...

LOUISE, Varrêtant.

Taisez-vous...

BEAUCHAMP

Et ce n'est pas tout! Dis-lui, Lionel, à quoi son entêtement nous expose tous...

4t l'homme mystérieux

LIONEL

Oui, par suite de Pinternement de Raymond, les affaires de notre société périclitent de jour en jour...

Nous marchons à la dissolution de la société...

LIONEL

Et dans des conditions désastreuses...

BEAUCHAMP

Nous avons tous mis notre argent là-dedans!

LOUISE

Lorsque je vous parle de mes angoisses, des dangers de mort qui m'ont menacée et me menacent encore, vous ne me répondez que par des questions d'argent...

BEAUCHAMP

De l'argent, il en faut dans la vie!

LOUISE, continuant.

...Vous ne vous préoccupez que de vos intérêts...

LIONEL

Mais il n'y a pas que les nôtres... il y a les vôtres, ceux de votre enfant... Il faut y penser...

BEAUCHAMP

C'est vrai, il y a votre fils...

LOUISE, soudain émue.

Mon petit Jean !

LIONEL, voyant Veffet produit, insistant. Son avenir est compromis...

BEAUCHAMP

Vous voulez donc faire son malheur, à lui aussi?

LOUISE

Assez... assez... vous m'affolez!

LIONEL

Nous ne disons que ce qui est...

LOUISE

Vous me faites trop souffrir...

LIONEL

Allons donc ! Vous, souffrir ! \''ous n'avez pas de cœur 1

CLOTiLDE, inlerienant.

Lionel...

LIONEL

Non... car si vous en aviez vous ne penseriez pas qu'à vous... comme une égoïste...

LOUISE

Egoïste !.. . Moi !

{Elle pleure.) Mon Dieu! ^lon Dieu! C'est affreux !

CLOTILDE, émue.

Comme elle pleure!

[Louise sanglote plus fort.)

M™« DUBOIS, allant a elle et la prenant dans ses bras.

Voyez dans quel état vous la mettez!

LIONEL

Est-ce notre faute si elle ne veut rien écouter!...

BEAUCHAMP, faisant signe à Lionel de le laisser faire.

Mais si, elle nous écoutera maintenant... j'en suis sûr... j'en réponds... N'est-ce pas, Louise, que vous allez être raisonnable... que vous allez faire ce qu'on vous demande?...

46 l'homme mystérieux

LOUISE

Mais mon oncle, vous voulez donc me sacrifier?...

BEAUCHAMP

Comment?

LOUISE

... Me sacrifier à vos intérêts...

(On entend frapper au carreau de la porte- fenêtre.

Elle sursaute.)

Ah !... qu'est-ce qui a frappé?

CLOTiLDE, ayant regardé.

N'aie donc pas peur...

LOUISE

Qu'est-ce que c'est?

C'est le petit...

M°i^ DUBOIS

Oui... il revient de l'école...

[On aperçoit la tête du petit Jean à la porte-fenêtre. Joli enfant blond. J/"^® Dubois se lève et va à la porte- fenêtre qu'elle ouvre. L'enfant rentre gainientj son carton sous le bras.)

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