ACTE DEUXIÈME
nés et sort derrière eux en refermant la porte avec violence.)
LE DIRECTEUR
Enfin !...
(Après un léger silence, des coups furieux sont frappés dans la porte. On entend de nouveau les voix.) Ouvrez-moi ! C'est une injustice ! — Ouvre-moi !
Au nom de la justice ! — Séquestration arbitraire !
(Puis, après ces voix furieuses^ on entend frapper aux carreaux de la fenêtre. Une petite voix fùtée, bien distincte des autres, crie:
Ouvre-moi, petit chéri !
{Le procureur et le directeur ne peuvent s'empêcher de rire. Puis soudain une cloche résonne dans la cour, et aussitôt c'est une galopade échevelée. Le procureur, étonné, se retourne vers le directeur.)
LE DIRECTEUR, expliquant.
C'est le déjeuner.
LE PROCUREUR
Ah !
(Après un silence.)
Ces pauvres gens I Ils ne voulaient plus me lâcher !
LE DIRECTEUR
Vous représentez pour eux la clef des champs'....
LE PROCUREUR
C'est-vrai.
LE DIRECTEUR
Une autre fois, je ne vous ferai pas traverser le quartier des agités...
LE PROCUREUR
Mais non, Monsieur le Directeur, ça ne fait rien du tout. . .
04 l'homme mystérieux
LE DIRECTEUR
Cependant...
LE PROCUREUR, BTi posaiit SOU chapeau et sa serviette sur la table et en étant ses gants.
Ça me change de tout ce que j'entends au palais... Affaires de successions... escroqueries... adultères... Je vous assure que c'est beaucoup moins intéressant que vos fous !...
LE DIRECTEUR
Vous dites cela, Monsieur le Procureur, parce que vous ne venez nous voir que de temps en temps ! Mais si du matin au soir vous entendiez ces cris... Le soir surtout, quand la nuit tombe par là-dessus, je vous assure que ce n'est pas gai... Ma femme, qui est encore jeune, a pris cet asile en horreur...
LE PROCUREUR, prenant une cigarette et [^allumant.
Oh ! une femme, je comprends... Moi, j'ai une pitié profonde pour tous ces pauvres êtres. La folie est un mal si mystérieux... Nous en sommes tous si près ! Je m'intéresse par humanité à ceux qui sont complètement fous, déments... et surtout à ceux qui ne le sont qu'à moitié, et qui savent encore raisonner... 11 yen a !
LE DIRECTEUR
Oh I certainement !
LE PROCUREUR
J'en ai rencontré, dans d'autres asiles. J'ai causé avec des gens qui avaient encore une telle lucidité d'esprit qu'on avait souvent envie de se demander : « Ah 1 ça, pourquoi donc est-il ici? N'a-t il pas été victime d'une erreur, d'une vengeance ? » Il y a là des questions qui présentent un intérêt passionnant... Elles sont diffici-