ACTE DEUXIÈME
RAYMOND, s'avançant.
Qui êtes-vous, Monsieur? Je ne vous connais pas.
LE PROCUREUR, 86 levant.
Je suis le Procureur de la République, Vous m'avez écrit plusieurs lettres pour m'expliquer lapénible situation où vous vous trouvez... J'ai lu ces lettres avec un grand intérêt, comme c'était mon devoir. Et c'est pour vous entendre... pour écouter toutes les confidences que vous avez à me faire, que je suis venu ce matin, tout exprès, à l'asile.
RAYMOND
Est-ce vrai ?
LIONEL, s' avançant vers son frère.
Mais oui, Raymond.
RAYMOND
Ah 1 tu es ici, toi ?...
(// va à lui et lui serre rapidement la main.)
LE PROCUREUR, voulaut mettre de la bonhomie dans la conversation.
Mais je vous tiens debout... Asseyez-vous, messieurs.
{On s^assied. Raymond s^assied sur une chaise face au procureur ; Lionel sur le canapé. Le docteur se promène a droite, songeur.)
LE PROCUREUR
Monsieur Bercierje vous écoute avec la plus vive sympathie. .J'ai là toute votre correspondance... Avez-vous quoi que ce soit à y ajouter? Je sais combien vous avez soufYert... Vous pouvez nous parler sans crainte... vous pouvez tout nous dire... C'est un ami qui vous écoute.
RAYMOND, parlant lentement, avec un grand calme.
Si c'est vrai que vous avez lu mes lettres, qu'est-ce que vous voulez que je vous raconte! Je ne pourrais
^4 l'homme mystérieux
que me répéter... Il y a trois mois, j'étais à la maisoa dans mon cabinet de travail... Il était à peu près cinq heures de l'après-midi. Il ne s'était produit rien d'insolite... {Réfléchissaiit.)Si.. . i\ ÎAui le dire... J'avais eu, la veille au soir, avec ma femme, une discussion... Cette discussion avait eu un caractère particulier... ]\Iais enfin ça, ça me regarde... c'est une affaire à régler entre elle et moi... Je me trouvais donc seul, quand deux individus que je ne connaissais pas ont fait irruption dans mon domicile... Ils avaient des figures patibulaires... Ils se sont jetés sur moi, et ils m'ont enchaîné... J'ai cru d'abord que c'étaient des apaches... Il paraît que c'étaient des agents de police... On ne m'a communiqué aucun mandat de justice; on m'a tout simplement arrêté. Car c'est là une arrestation ! On m'a jeté dans une voiture et enfermé ici, dans cette prison... Voilà trois mois. Depuis ce temps, je ne cesse de supplier, d'implorer ceux qui m'entourent, pour qu'ils me disent, quel est le crime que j'ai commis... J'attends toujours.
LE PROCUREUR
Pardon, Monsieur Bercier, vous êtes trop intelligent pour qu'on ne vous dise pas nettement les choses comme elles sont... Vous n'êtes pas ici dans une prison.
RAYMOND
Oh ! c'est la même chose I
LE PROCUREUR
Vous êtes dans un asile, et si on vous y a conduit, c'est qu'on a pensé, à tort ou à raison, que vous étiez malade, et que vous aviez besoin de soins.
RAYMOND
Saint-Léger est un asile d'aliénés, tout le monde le sait, et si on m'a mis ici, cest parce qu'on a cru que j'étais fou... \^oilà ce que vous voulez dire, Monsieur le Procureur ?