ACTE DEUXIEME
RAYMOND
Je croyais...
LE DOCTEUR
Vous pensiez que je voulais vous influencer? Par quelque fluide nerveux, magnétique!...
RAYMOND, le regardant bien en face.
Oh ! je ne suis pas si bête!
LE DOCTEUR qui s'est assis vis-à-vis de Raymond, les yeux dans ses yeux.
Je vous disais ça par plaisanterie.
RAYMOND, agressif.
Je l'entends bien ainsi.
LE DOCTEUK, d''un ton doux^ confidentiel.
Je comprends que vous vouliez quitter l'asile, mon cher Monsieur Bercier. . . Je le comprends. A votre place, je ferais de même, car ici, je sais qu'on vous cause bien des ennuis.
RAYMOND
Oh! à moi comme à d'autres!
LE DOCTEUR
Peut-être à vous plus qu'à d'autres l
RAYMOND
Pourquoi me dites-vous ça?
LE DOCTEUR
Parce que je pense à certaines choses que vous m'avez apprises un jour... et que je voudrais que vous répétiez à M. le Procureur, car il a, lui, Tautorité nécessaire pour empêcher toutes les misères qu'on vous fait!
RAYMOND
Qu'on me fait, quand cela?
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LE DOCTEUR
La nuit. Il me semble que pendant la nuit chacun a le droit de se reposer tranquillement. Mais pour vous... il n'y a pas, il n'y a jamais de repos.
Comment?
LE DOCTEUR
Dans le silence de la nuit, que de bruits on entend, n'est-ce pas? Le vent qui siffle... des portes qui s'ouvrent et qui se ferment... des pas qui se dissimulent, souvent aussi des voix.
RAYMoyD,qui pendant les phrases du docteur s^est penché vers ce dernier comme hypnotisé par son regard.
Des voix...
LE DOCTEUR
Oui, des voix qui viennent on ne sait d"où et qui prononcent des mots... Vous me l'avez raconté. Vous en avez entendu, n'est-ce pas, de ces voix mystérieuses?
(// jette un regard au Procureur.)
EAYMOND, s'étant aperçu de ce regard, se ressaisissant.
J'ai entendu la voix de mon infirmier.
LE DOCTEUR
Ah 1 c'était lui!
RAYMOND
Mais oui... Cet infirmier est un ivrogne... L'administration aurait pu mieux choisir,
LE DOCTEUR
Qu'est-ce qu'il vous dit, la nuit?
RAYMOND
Il ne me dit rien, mais il découche pour aller au cabaret.
LE DOCTEUR
A cette heure l'asile est fermé...
RAYMOND
Il saute les murs. Il revient vers deux heures du matin, et, comme il est saoul, il fait beaucoup de bruit et ça me réveille. Je me suis déjà plaint au surveillant en chef...
LE DOCTEUR, âu Surveillant,
C'est exact?
LE SURVEILLANT
Oui, Monsieur le Docteur.
RAYMOND, avec calme.
Je ne sais pas si c'est ça que vous vouliez que je répète à M. le Procureur...
LE DOCTEUR, uTi fcu démoTité.
Mais certainement c'est cela...
LE SURVEILLANT, Continuant au docteur.
Cet homme n'avait pas de conduite. On l'a renvové..
LE DOCTEUR
Bien... très bien...
{Un silence^ à Raymond.)
Et depuis qu'on vous a changé votre infirmier, plus de bruit?
Plus rien. Le nouveau a l'air très tranquille...
LE DOCTEUR
A la bonne heure, j'en suis fort aise... Mais il n'y a pas que ces misères-là, malheureusement... Les petits ennuis d'infirmiers, ce n'est pas bien grave. Ce sont
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des domestiques, quand on n'est pas content d'eux on les chasse...
(Se rapprochant de Raymond.)
Il y a dans la vie d'autres ennuis, des ennuis plus graves, plus intimes...
RAYMOND
Certes, il doit y en avoir.
LE DOCTEUR
Il y en a. Je vous l'ai entendu dire.
RAYMOND, avec sancf- froid.
Moil...
LE DOCTEUR
Je vous l'ai entendu dire plusieurs fois.
RAYMOND
Je ne me souviens pas.
LE DOCTEUR
Mais si... rappelez-vous...
Vous devez me confondre avec un autre.
LE DOCTEUR
Je ne confonds pas... C'est bien vous... Et vous devinez à qui je fais allusion?
{A voix plus hasse.) A votre femme!...
RAYMOND, pâlissant.
Ma femme?...
LE DOCTEUR
Ah ! ah ! vous voyez, la mémoire vous revient... Oui, votre femme... Vous avez eu des difficultés avec elle, n'est-ce pas? Vous avez eu des scènes d'une vio-