ACTE TROISIÈME
RAYMOND, avec douceur.
Tu ne souffriras plus...
LOUISE
Non... car tout cela est passé... Seulement, je voudrais que tu ne m'en veuilles pas... que tu n'aies plus aucune rancune... que tu me pardonnes...
RAYMOND, en ricanant.
Te pardonner ! Oh I oh !
LOUISE
Si je t'ai éloigné pendant quelques mois de ta maison... de ton foyer... de tes travaux... j'y ai été forcée... j'ai cru que c'était pour ton bien... On m'avait dit que tu avais besoin d'isolement...
RAYMOND, brusquement.
Ne revenons plus là-dessus...
LOUISE, continuant.
Ici, c'était impossible, tu comprends. Et tu vois, on avait raison, puisque tu reviens guéri... Oh ! je suis heureuse... si tu savais... je ne peux pas te dire combien je suis heureuse...
RAYMOND, la regardant de nouveau fixement. Tu m'aimes bien ?
LOUISE
Tu n'en as jamais douté ?
RAYMOND, avec un rire étrange.
Ah ! ah I
LOUISE
Pourquoi ris-tu ?
RAYMOND
Donne-moi ta main...
[Louise lui tend, Raymond la serre avec force.)
150 l'homme mystérieux
LOUISE, avec un cri de douleur.
Oh
RAYMOND
Je te fais mal ?
LOUISE
Tu m'as serrée un peu fort.,, mais ce n'est rien...
RAYMOND
Je la tiens donc, ta petite main blanche... douce... voluptueuse... Je la tiens donc. ..{Avec un ricanement). C'est un procédé que j'ai appris d'un de mes amis de là-bas...
LOUISE
Quoi ?... Quel ami ?...
RAYMOND
Quand je dis là-bas... je veux dire : l'asile... On l'appelle le Cosaque... Il est très méchant... Quand la confidence ne vient pas assez vite^ on serre un peu plus fort... on peut même briser un doig"t sans verser une goutte de sang...
{Piicananl à nouveau.)
C'est très propre...
LOUISE, épouvantée.
Ne plaisante pas comme ça 1...
RAYMOND
Oui, je plaisante beaucoup depuis que je suis sorti de là-bas... En riant je dis la vérité... mais personne ne la croit... Ça ne fait rien, le trait pénètre, et comme j'ai mis du poison au bout, la chair devient brûlante...
(// serre plus fort la main de Louise.)
LOUISE, criant de souffrance.
Ah ! Raymond ! Raymond !...