‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 75 sur 298 · Ibidem^ p · texte numérisé non relu

Ibidem^ p

il passe en Angleiefre, qu'il trouve « triste » et où il ne reste que deux mois. De là, riche de 70 schillings, il se rend à Anvers, où il s'installe pendant quatre mois ; mais, Touvrage venant à manquer, il part pour Bruxelles, où, à son grand désappointement, il ne trouve pas de travail. Bientôt son trésor s'épuise et, n'ayant plus que quatre francs en poche, il prend le parti de se rendre à Liège à pied. » Il y arriva « le cinquième jour dans un état déplorable et fut reçu à l'hôpital anglais, où il fut traité, parait-il, pour un « rhumatisme » à l'aide de Télectricité. Sa famille lui ayant, sur ces entrefaites, envoyé quelque argent, il se rend à Spa, toujours à pied, et de là à Verviers, où il entre encore à l'hôpital. Il y éprouva quelque soulagement de sa douleur sous l'influence de bains de vapeur locaux qui lui furent administrés. Il quitte Verviers pour Metz, où il arriva boitant plus que jamais. L'association israélite de celte ville lui donna quelques secours d'argent qui lui permirent de prendre le train pour Châlons-sur- Marne. De Châlons, toujours souiTrant et boitant, il se met en route à pied pour Paris, marchant environ quatre heures par jour et vivant de quelques aumônes qui lui sont faites par ceux de ses coreligionnaires qu'il rencontre dans les villes où il s'arrête chemin faisant... Il fait son entrée à Paris le 1 1 décembre 1888. Le lendemain, il se présente à la Salpêtrière, où il a été admis «dans le service de clinique *. »

IL Le juif Moser C..., né près de Varsovie, est âgé de 38 ans.

La face est maigre et creusée de rides, le nez long, busqué, séparé des joues par un profond sillon, les sourcils contractés. Les cheveux retombent en longues mèches sur les oreilles et sur la nuque. La physionomie exprime à la fois l'humilité et la douleur. Moser C... a parcouru tous les pays de l'Europe.

RecueilH, enfant, par l'autorité militaire, il fut placé dans une école spéciale, où ses supérieurs essayèrent de lui faire abjurer la religion juive. Il s'enfuit et passa la frontière russe. Il avait alors 15 ou 16 ans. Il se rendit à Buda-Peslh, où il se maria et eut trois enfants.

1. Henry Meige. Étude sur ceiiains névropathes voyageurs. Thèse de Parts, 1893, pp. 21, 22.

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Mais « le besoin de voyager le tourmentait sans cesse ».

a II conduisit alors sa famille à Jérusalem, où il la laissa pour aller parcourir le monde. De cinq en cinq ans il y retournait en pèlerinage, revoyait les siens pendant quelques jours, pour repartir vers de nouveaux pays. Comment a-l-il vécu pendant ces voyages incessants? Ne sachant et ne pouvant faire aucun métier, il a dû compter sur la charité publique et la solidarité de ses eoreligionnaires. A cet égard il est peu explicite...

« La renommée de la Salpôtrière Tattira à Paris dans le courant de l'année 1892. Il fit son apparition dans un accoutrement sordide, une longue lévite noire, usée et rapiécée, couverte de graisse et de poussière, luisante aux manches et aux revers, un pantalon trop long, frangé dans le bas, une chemise d'une saleté repoussante, des souliers tout percés de trous. Sur la tête, un chapeau haut de forme indescriptible.

<■ Son faciès rappelle celui des Juifs polonais ou allemands. La face maigre, aux traits fortement creusés, disparaît dans une large barbe malpropre, fusant sur les côtés. D'épais cheveux retombent sur les oreilles et sur la nuque en papillotes graisseuses*. Le front, haut et rond, est sillonné en travers de rides profondes. Les sourcils épais se rapprochent au-dessus du nez par deux plis très accentués. Ces rides donnent à la physionomie une expression à la fois douloureuse et attentive. Les yeux petits, mais vifs et intelligents, sont bridés par un clignotement des paupières, comme pour éviter la poussière ou la lumière vive. Ce clignotement ajoute encore à l'air pleurard et réfléchi. Le nez, long et busqué, tombe sur des lèvres fortes, un peu retournées ; un pli profond le sépare des joues et sa mobilité est telle qu'on ne sait jamais si cet homme va rire ou pleurer.

« Dans sa poche il garde soigneusement une bible ^. »

III. Le juif Meyer G., âgé de 42ans, vint consulter à la Salpôtrière au mois de février 1892.

1. Henry Meige. Le Jaif-Erranl à la Salpêlrière, Thèse de Paris, 1893, pp. 25 et 42.

2. La lévite noire, le chapeau haut de forme et les papilloles sont pôrlés couramment par les Juifs du centre de l'Europe. C'est ainsi qu'ils m'apparurent à Carlsbad et ù Prague.

Né dans un village des environs de Vilna, il commença à voyager de bonne heure. De bonne heure aussi il fréquenta les hôpitaux, d'abord ceux de son pays, où il fut traité pour les affections les plus diverses. A Saint-Pétersbourg, il resta longtemps dans un service, où on le soigna, dit-il , pour une affection du foie.

« Ne pouvant trouver en Russie le remède à ses maux, il s'adressa à TÂllemagne, puis à l'Autriche, quêtant dans chaque université un remède pour sou mal de tête, sa douleur de dos, ses points de côté. Ce fut en vain. Il se décida alors à passer en Angleterre et pensait avoir trouvé enfin à Londres un soulagement à ses souffrances. Ce ne futqu'une bien courte accalmie, car il s'aperçut bientôt que, si les médecins amélioraient son mal, le climat de l'Angleterre lui était particulièrement défavorable. Cruel dilemme, qui l'obséda péniblement et dont il ne put se tirer qu'en passant le détroit et en venant chercher en France la guérison rêvée...

« Il arriva l'air profondément misérable, vêtu de la façon la plus sordide. Ses habits, étrangement disparates, témoignaient de leur origine cosmopolite : une longue houppelande tachée de graisse et frangée au bas, couvrant un gilet attaché avec des ficelles et une chemise russe noire de craisse. Ses souliers informes accusaient les longues pérégrinations qu'il avait dû faire...

« L'ensemble de la physionomie exprime la souffrance et Tinquiétude et, quand il parle, sa voix sourde est plaintive, pitoyable. La tête est longue, étroite, aux cheveux coupés ras. Le front couvert, anguleux, cerclé de rides très profondes. Les sourcils touffus et rapprochés dans un pli douloureux. Les yeux petits, tristes et malpropres. Le nez court, aplati. La bouche large et les lèvres épaisses sous une moustache inculte. Le sillon naso-labial, très accentué, se perd en bas dans les joues amaigries, d'où part une longue barbe d'un gris sale couvrant le haut de la poitrine ^ »

IV. Sigmund S., est un israélile de 49 ans. En 1872, il vint à Paris.

1. Henry Meigc. Le Juif-Errant à la Salpêtrière. Thèse de Paris, 1893i pp. 28 et 29.

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En 1882, il parcourut rAmérique.

Au mois d août 1882, il se trouvait à Bruxelles.

Vers cette époque,il commença àavoirdes attaques surlesquelles il ne peut donner aucun renseignement. La première eut lieu à Cologne, la seconde à Salzbourg. Elles duraient deux ou trois heures.

« A Vienne, il est resté couché près de deux ans. Il était soigné par le docteur Lœrich (douches, frictions, électricité), sans qu'il en retirât un grand bénéfice.

« Il se rendit alors à Tœplitz, où il fut pris de coliques hépatiques, pour lesquelles on lui conseilla d'aller prendre les eaux à Carlsbad... S. se remit alors en quête d'un traitement pour sa maladie.

«A la fin d'août 1889, il consulta, à Vienne, le docteur Beck...

(( En novembre 1889, il alla à Bruxelles consulter le docteur Viemont, qui lui délivra un nouveau certificat : « paralysie et attaques d'épilepsie survenues à la suite d'un coup de foudre. »

Il se présenta à la Salpêtrière en février 1890.

« En quittant l'hôpital, vers la fin de Tannée 1890, porteur d'une recommandation du docteur Charcot, il s'est rendu à Vienne dans le service de M. le professeur Benedickt, où il est resté tout l'été à suivre régulièrement un traitement par les douches et Télectricité. »

De là il se rendit à Hambourg.

« Les bains de mer lui furent conseillés ; il alla donc passer à Schevening, en Hollande, une saison de deux mois. Il n'en tira aucun bénéfice et se rendit à Amsterdam, où il prit conseil du docteur Berns. Il se soigna quelque temps dans cette ville, mais ses ressources, déjà fort entamées par son séjour aux bains de mer, vinrent à manquer totalement. Il retourna à Hambourg dans sa famille...

« Alors S., qui avait conservé au milieu de toutes ses pérégrinations un très bon souvenir de la Salpêtrière et qui avait en M. Charcot la plus grande confiance, se décida à faire le voyage de Paris, où il est venu s'installer pendant quelque temps, jusqu'à complète guérison, dit-il *. »

1. Henry Meige. Étude sur certains névropathes voyageurs. Le Juif-Errant à la Salpêtrière. Thèse de Paris, 1893, pp. 32 à 37.

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