II. Neurones mnésiques
Si la peur est provoquée par une image, cette image s'illumine. L'enfant en proie à une terreur nocturne se dresse sur son séant et fixe un point dans Tespace : ce qu'il regarde ainsi, c'est l'image de son rêve, devenue hallucinatoire.
m. Neurones moteurs supérieurs.
L'attitude classique de la peur est due à un court-circuit portant sur les nerfs fléchisseurs, adducteurs et pronateurs des membres, (^ette attitude est d'ailleurs parfaitement appropriée à la défense des organes essentiels à la vie. Le court-circuit moteur favorise la fuite de l'animal en danger : la peur donne des jambes ou des ailes.
On observe parfois un spasme du pharynx ou de Tœsophage gênant la déglutition.
Les mouvements péristaltiques de l'intestin augmentent d intensité et de vitesse, ce qui, joint à une endosmose intestinale d'origine vaso-parélique, provoque des coliques et de la diarrhée.
Les mouvements respiratoires s'accélèrent. Cette accélération est souvent précédée d'un spasme violent des muscles inspirateurs ^^la respiration est u coupée »). Après
quoi, l'on constate une aufçinentalion dans la vitesse et Tamplitude de ces mouvements, avec suppression des pauses. Ce phénomène s'accompagne d'une sensation d'oppression ou d'étouflement. En même temps, il se produit une contraction delà glotte, qui peut être suffisante pour que rinspiration initiale donne lieu à un cri rauque. Cette contraction détermine, en outre, l'élévation du ton de la voix.
Trois fois sur cinq, d'après Alfred Binet et Courtier, les battements du cœur augmentent de force et de fréquence. Il en résulte une exagération de la sécrétion urinaire. Le plus souvent les vaissçaux cutanés se contractent, entraînant la pâleuretle frisson.
La peur peut produire enfin une contraction des muscles de la vessie, avec mictions involontaires si elle porte sur le corps de Torgane, avec rétention et ténesme si elle porte sur le sphincter, ou une contraction des muscles des glandes lacrymales ou sudoripares avec excrétion de larmes ou de sueur.
La craintivité est très prononcée chez certains aliénés, a Les fous, écrit Esquirol, deviennent d'une pusillanimité bien remarquable : ils se laissent facilement intimider; ils sont craintifs, défiants, soupçonneux. C'est ce qui fait qu'ils ne se trouvent bien nulle part, qu'ils veulent être partout où ils ne sont pas, qu'ils se défient, qu'ils se détachent de leurs parents, de leurs amis ^ » Sur 8.272 aliénés internés à Bicêtre et à la Salpôtrière, Desportes en trouve 124 chez lesquels les troubles mentaux avaient commencé par une frayeur.
1. Esquiro). Des maladiei mentales. Paris. Baillière, 1838, t. I,pp. 15 et Ki.
190 LA POUB DE lÊAUS
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Les aveuK.
Lorsqu'un homme déclare h ses semblables qu'il est un dieu, il suscite, chez les plus simples d'entre eux, une jalousie mêlée d'ironie et de pitié. Cette jalousie se traduit par des actes ou par des paroles propres à blesser l'orgueil leux. Et comme, d'autre part, la prétention à la divinité est une hérésie, comme elle ne va guère sans aspiration à la domination temporelle, elle provoque des haines reli* gieuses, des haines politiques et entraîne des sanctions pénales.
Le mégalothéomane estait courageux? Il tient tête à l'orage. Est-il pusillanime ? Il dissimule son délire, et jouit solitairement de son rêve, en attendant Theure propice à sa réalisation.
C'est ce que fit leschou bar-Iossef. S'il eût été robuste, énergique et courageux, il ne se fût pas contenté des deux cimeterres que portaient ses apôtres la nuit de son arres* tation; il eût^ comme Louis Riel et Conselheiro, provoqué une insurrection religieuse. Il eût crié aux montagnards du Gâlil : « Je suis le Maschiah annoncé par les prophètes ! Aux armes ! Envahissons Tibérias ! Massacrons le tétrarque et les hérodiens ! Nous marcherons ensuite sur Hiérusalem. Et je ceindrai la couronne de David, et l'on m'adorera dans le temple de lahvé, qui est ma maison, car je suis son fils ! »
LBs cnAnmsB 191
Il l'eût dit et peut-être il l'eût fnit. Assiégé dans la ville sainte par les soldats du procurateur et du légat impérial, il eût soutenu un siège héroïque, comme Bockelson à Munster, et se fût fait tuer à la tête de ses troupes, les armes à la main.
Au lieu de cela, il dissimule sa filiation divine et sa messianité. Il défend qu^on les proclame, il les enveloppe de locutions obscures ; il jette le voile des paraboles sur son Royaume des Cieux ; il s'insinue, se cache et se dérobe, il fuit, il fuit sans cesse, lui qui se dit roi» lui qui se sent Dieu ! Il recommande aux siens la prudence du serpent ^ et il fait remettre au fourreau le glaive de La Pierre !
Ah ! oui, chez lui, « la chair est faible I » Et, si certains passages des évangiles ne nous renseignaient sur la constitution physique de ce théomane, nous pourrions presque rinduire de cette craintîvilé qui est celle du débile et du tuberculeux.
Unique frein de son orgueil, elle augmentait avec son orgueil même. Elle était la sauvegarde de ce pauvre être, dans son ascension vertigineuse, parmi d'abrupts sommets* Elle se trahit dès le début, et peu à peu s'exaspère. Serf de son idée fixe, de son idée délirante, voulant à toute force être proclamé le Dieu et le Roi, harcelé par les hérodiens, les sophérim et les pérouschim, qui lui rappellent le despotisme du tétrarque, la puissance de l'empire romain, les rigueurs de la loi juive contre les blasphémateurs et les destructeurs du culte établi, la fin de lohanan le Baptiseur et de lehouda (deGamala), le sort des hérétiques et des faux prophètes, injurié, menacé, bousculé, lapidé, il se sent entraîné vers la mort, dont il a l'obsession et l'épouvante.