Thumb et Marbe
l'association DBS RBPIIÉSENTATIONS 35
Dtins certains neurones, le frayage est si complet que les ondulations brûlent ces stations, et que les images qu'ils contiennent demeurent inconscientes.
Les associations comprenant des images inconscientes jouent un rôle important dans ce qu'on est convenu d'appe*- 1er le manque-à-louche ou la gaffe. Claparède * en donne un exemple amusant. Dans un dîner, au cours d'une conversation roulant sur de nouveaux médicaments, la maîtresse de maison s'écria tout à coup : « Quand donc trouvera-t-on un remède pour faire repousser les cheveux?» A peine avait-elle prononcé cette phrase malen<contreuse, qu'elle reman:|uait que son voisin de droite, le principal invité, était complètement chauve. L'association était la suivante : médicaments — calvitie (Fimage de la calvitie, évoquée par la vue du voisin, étant restée inconsciente) — médicament capillaire.
Le champ d'expansion des ondulations nerveuses est limité. Leur énergie s'épuise aux évocations successives qu'elles engendrent; elles fmissent par s'éteindre dans un neurone, sans avoir la force d'illuminer le cliché qu'il contient. Mais, s'il arrive que d'autres ondulations, également affaiblies, atteignent ce neurone au même moment, les deux systèmes, en combinant leur reliquat d'énergie, provoqueront l'illumination du cliché et feront apparaître l'image à la conscience. C'est ce qu'on appelle Yimage convergente, Wahle n'avait jamais songé au Palais des Doges, en passant devant un hôtel de ville qui ressemblait au monument vénitien, lorsque, tout à coup, l'association surgit. Wahle se souvint alors quMl avait rencontré, deux heures auparavant, une dame portant une broche ayant la forme d'une gondole ^.
1. Edouard Claparède. Vassociation des idées. Pnris, Doin, 1902, p. 170.
2. Wahle. Bemerkangen zur Besehreibung und Einltilung der ideenasso' eiationen. Vierteljalirs., f. wiss. Phil. IX. 18S5.
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Dès lors on conçoit qu'une image soit d'autant plus facilement évoquée que son cliché présente avec le polypier cortical des associations plus nombreuses.
L'association se fait entre les neurones visuels, auditifs et moteurs par les faisceaux longitudinaux supérieur et inférieur et le faisceau longitudinal sous-calleux^ entre les neurones olfactifs et les neurones moteurs par le faisceau longitudinal de la circonvolution limbique^ entre ceux-ci et les neurones auditifs par le faisceau unciné. Les neurones des deux hémisphères sont réunis par la cornmissure antérieure et le corps calleux, et les neurones d'un même centre ou de centres voisins par les fibres arciformes^ qui tapissent le fond des circonvolutions cérébrales.
Sollier fait remarquer que les neurones du langage, noyés dans les colonies sensorielles et motrices, entrent constamment en action, à Tinverse des colonies olfactives et guslatives, reléguées dans un coin du pallium *. Cet isolement explique que les images gustatives et olfactives évoquent plus aisément d'autres images qu'elles ne sont elles-mêmes évoquées. J*ai passé les meilleurs moments de ma jeunesse à vagabonder dans les forêts du Morvan. L'odeur des feuilles mortes suffit à réveiller en moi toute une saison de ma vie. Mais je puis me remémorer tous les événements de cette époque, sans que l'odeur des feuilles mortes soit évoquée.
Des associations importantes et qui passent souvent inaperçues, sont celles qui intéressent les neurones des sensations internes et des sentiments. Une tristesse rappelle tous les événements tristes auxquels on a assisté. La musique ravive en moi, par l'intermédiaire des senti-
1. Paul Sollier. Estai crUique et théorique §ur Vaêsociation en psychologie. Paris* Alcan, 1907.
L^ASSOCIAtlÔN DES REPRÉSENTATIONS 37
ments qu'elle y fait naître, les paysages contemplés alors que je me trouvais dans le même état cénesthésique.
Certaines associations peuvent se transmettre par hérédité. Ainsi s'explique la terreur du cheval domestique au voisinage du tigre, et la répulsion qu'inspirent aux enfants des reptiles dont ils ignorent le danger. Les instincts sont le résultat d'associations héréditaires.
L'association des neurones mnésiques est la condition de la rêverie. Dans la rêverie, les ondulations nerveuses passent incessamment d'un cliché à un autre, chaque image s'illuminant après l'extinction de celle qui l'a précédée K
Le kaléidoscope cortical est actionné par les mouvements du monde extérieur et par ceux de nos viscères, de nos muscles, de nos cellules, surtout par le travail chimique qui s'opère en celles-ci. Pendant le sommeil, les ondulations nerveuses venues des profondeurs de l'organisme suffisent à le mettre en branle. Supprimez ces sources d'énergie : il n'y a plus de pensée. Fermez la bouche, les yeux et les oreilles d'un sujet atteint d'anesthésie généralisée : il tombera aussitôt endormi ^.
Les associations se forment plus aisément dans Tenfance, où lebioproléon des neurones possède encore une malléabilité voisine de celle de l'amibe et du leucocyte.
La cohération des voies d'association n'est pas définitive. Elles ne tardent pas à perdre leur perméabilité, si le courant nerveux ne la maintient pas : l'herbe pousse dans les chemins forestiers où l'on ne passe plus. La vieillesse, l'alcool 3, certaines psychoses, comme l'hystérie, la neurasthénie, la mélancolie, la paralysie générale, déterminent aussi, dans les prolongements des neurones, la formation