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L'ÉVOCATION DES IIVIAQE8 CHEZ LE8 MYSTIQUES

On peut distinguer dans le cerveau trois étages de neurones :

i^ Les neurones sensoriels qui sont le théâtre des sensations.

a, de la sensibilité interne,

by des sentiments et des émotions,

c, des sensations externes.

2** les neurones où s'enregistrent les images;

3® Les neurones où se forment les idées.

Chez rhonime normal la maison cérébrale est complètement édifiée. Les trois étages existent.

Chez le dégénéré, Tarriéré, le sujet arrêté dans son développement, la maison n'a pas de toit. Le troisième étage n'est représenté que par des cloisons.

Incomplet au point de vue physique, incomplet au point de vue mental, borné, étroit d'esprit, pauvre d'idées, parce que pauvre de cellules nerveuses où les idées puissent se former, le dégénéré est, en revanche, dans ses neu-

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rones seRtimentaux et imaginatifs, le théâtre d'un courtecircuit chronique et intense.

Ce phénomène est particulièrement remarquable chez les mystiques.

Chez eux, la rêverie, libre de tout frein, se déroule, parfois précise et colorée, le plus souvent trouble, nébuleuse* crépusculaire, évancscenle. Pour ces malades, la retraite et la prière ne sont que prétextes au spectacle d'une cinématographie intérieure, d'une « contemplation >», qui de* vient, dans certains cas, hallucinatoire. Ils poursuivent dans le firmament un vol de chimères. Ils construisent les châteaux en Espagne du ciel.

Toute sensation, toute parole évoque en eux une image qu'une autre image suit. Qu'ils s'appellent leschou bar* lossef, Hermias, Giovanni di Fidcnza ou Birger la sainte, ils se complaisent, pictologues efTrénés, dans la similitude et le symbole. Avant d'ôtre iconolâtres par religion, ils le sont par tempérament.

« L'un des caraclèreja de ces auteurs, écrit Bossuet, c'est de pousser à bout les allégories. »

c Le style qui domine chez les mystiques, écrit Hartmann, est métaphysique à l'excès, tantôt plat et commun, plus souvent boursouflé et emphatique. L'excès de l'imagination s'y accuse d'ordinaire dans la pensée et dans la forme qui la traduit ^ »

« La force unique qui féconde le vaste champ du mysticisme, écrit Darmesteter, c'est l'analogie 2. »

On constate chez les mystiques, écrit Ribot, v< un extraordinaire abus de l'analogie et de la comparaison sous ses diverses formes (allégorie, parabole, etc.), conséquence naturelle d'un mode de pensée qui procède par symboles,

1. Hartmann. Philosophie de r inconscient, t. I, 2' partie, chap. IX. 3. Cité par Récéjac. Essai sur les fondeknents de la connaissance mystique, Paris, Alcan, 1897, p. 124.

non par concepts... Imaginations ardentes, ayant à leur service des sens surexcités, ils prodiguent les métaphores et les figures, avec Tespoir d'expliquer les mystères du mondée »

Or cette manière de penser, qui résulte de la qualité inférieure des sensations chez ces sujets, toujours enclins à s'échapper du monde extérieur vers le monde des rêves, est un signe d'infériorité intellectuelle. Elle ne se rencontre pas que chez les fous et les demi-fous. Elle se rencontre aussi chez les normaux, mais chez les normaux en état d'abaissement du niveau mental ^.

Voici deux exemples de pensée symbolique chez des fous mystiques :

I. Domenica (deParadis)(i473-5août 1 555), filled'un maraîcher, se livra dès Tenfance à la prière. Elle eut des accès de sitiophobie, des hallucinations visuelles (scéniqaes, lumineuses, angéliques, démonomaniaqucs).

« Elle se servait... de tout ce qu'elle voyaitcorame d'un moyen de s'élever à Dieu. Si un oiseau volait vers le ciel, elle pensait qu'elle devait aussi prendre son vol de ce côté. Si sa mère préparait de la laine pour tisser, elle voyait là une image de ce qu'elle devait faire elle-même dans son intérieur. Les arbres avec leurs fruits, le ciel avec ses étoiles, les troupeaux qui paissaient, tout lui fournissait une occasion de penser à Dieu et à son intérieur '. »

II. Un autre mystique, Dub., observé par Marguerite Pelletier dans le service de Joffroy, s'exprimait ainsi : « J'ai vu deux barres d'appui et la signification symbolique m'en est apparue ?

1. Ribot. Essai sur Vimaginalion créatrice. Paris, Alcan, 1908, p. 189.

2. Murisier. A propos des symboles. Journal de psychologie normale et pathologique, 1909.

d. GOrres. La mijstique divine, Paris, Poussielgue, 1852, t. I,pp. 185-186

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la révolulîon et la [réaction, en avant et en arrière. Cela me fît penser à une entente entre TÉglise et la Franc-maçonnerie, en vue de Fédification d'un lemple commun : le temple de la réalité.

« Ce serait une réalité sociologique : le temple serait adressé à la divinité pour sa glorification. La première pierre vient du Fils de Dieu, puisque TÉglise catholique poursuit l'élévation morale de Thumanité, pour amener son élévation sociologique matérielle. Je crus avoir devant moi la forme de suggestion satanique, la tentation de choisir entre le paradis de Satan ou Tenfer et le paradis céleste. Dans les propos tenus autour de moi, je vis des analogies avec mon état d'esprit, une concep* lion nouvelle de la raison des choses ^ »

Ces sujets sont bien des arriérés, des êtres arrêtés dans leur développement, car cette manière de penser se retrouve chez les animaux, dont la vie mentale se réduit à un défilé d'images 2, chez Tliomme primitif, père des mythes et des légendes, dans les races inférieures ^ et chez l'enfant. Un petit Américain appelait la menue monnaie cr Baby dollar », et un autre enfant disait, en voyant sur l'herbe la rosée du matin : « Le gazon pleure '* ! » Pensée charmante. Cet enfant était un poète, comme les poètes sont des enfants, des enfants maladifs et délicieux qui charment la vieillesse des peuples. Plaise au Dieu des hygiénistes et des philosophes que ilous ne voyions jamais la nation sans poètes,

ce La maison sans enfants ! »

1. Marguerite Pelletier. Leê lois morbldeê de VaêÈOciation dei idée», Paris, Roussel, 1904, p. 128.

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