CHAPITRE III
| L'appareil vaso-moteur.
La sueur de sang de Gethsémani.
MÉCANISME DE L'HÉMATIDROSE
L'Évangile selon Lucanus contient un passage de la plus haute importance pour le diagnostic de l’affection mentale dont leschou fut atteint.
Nous sommes à la nuit de l’arrestation:
« Il s’en alla selon sa coutume, dit l’évangéliste, à la montagne des Oliviers et ses disciples aussi le suivirent. Parvenu à l'endroit, il leur dit : « Priez pour ne pas tomber en tentation. » Et il se retira d'eux à la distance d’un jet de pierre et, agenouillé, pria de la sorte : « Père, si tu voulais écarter de moi cette coupe ! Toutefois que ce qui se fasse, ce soit non ma volonté, mais la tienne ! »
« Et un ange lui apparut du ciel, le fortifiant; et tombant dans une angoisse extrême, ipriait plus ins-
tamment et sa sueur ressemblait à des caillots de sang coulant à terre *, »
Il existe à fleur de peau, sous l’épiderme, un réseau de petits vaisseaux où le sang circule et qu'on appelle les capillaires. Ils ne sont visibles qu’au microscope. Ils sont mous et extensibles comme des tuyaux de caoutchouc. Si le sang n'y arrive qu’en petite quantité, ils restent flasques et la peau est pâle; si le sang y afflue, ils se gonflent et la peau rougit, car la rougeur de la peau n’est que la rougeur des capillaires vue par transparence.
La pression du sang peut devenir si grande dans ces capillaires que sa partie liquide transsude à travers leur paroi, donnant lieu à l’ædème, ou que les globules blancs et rouges la perforent et accompagnent le sérum, donnant lieu à l’hémorragie par diapédèse, ou que les capillaires éclatent comme un tuyau d’arroseur.
Dans ce dernier cas, tantôt le sang extravasé demeure dans les interstices de la peau et il se pro- : duit une ecchymose ; tantôt 1l se fait jour au dehors et c’est l’hématidrose ou sueur de sang.
L'hématidrose est un phénomène connu depuis longtemps. Aristotélès *, Galenos (Galien), Averrhoës, Fernel, Sennert, Théophraste Rondelet (1620), Marcellus Donatus en parlent.
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Kai eyévero 6 46pôs axirod waef Boôuéot aiuaros xarabaivovtes ER TV Yhve / 2. Aristotélès, Histoire des animaux, liv. III.
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Elle peut se produire de deux manières.
Ou bien le sang se fraye un passage à travers le derme et soulève l’épiderme ; il se forme ainsi une vésicule ou une bulle, qui ne tarde pas à crever, laissant échapper le sang.
Ou bien le sang, après avoir déchiré la paroi du bouquet de capillaires qui entoure les glandes sudoripares, déchire également la paroi de ces glandes, suit leurs canaux excréteurs et apparatt, sous formes de gouttelettes, à la surface de la peau.
Le sang arrive aux capillaires par les artérioles.
Les artérioles diffèrent des capillaires en ce qu’elles sont d’un plus fort calibre et entourées d'un manchon musculaire. Lorsque ce manchon se contracte, l’artériole se rétrécit, le sang n’arrive qu'en petite quantité dans les capillaires et la peau est pâle. Lorsque le manchon se relâche, le sang afflue dans les capillaires, la peau devient rouge, et si ce relâchement est extrême, il peut se produire une ecchymose ou une sueur de sang.
Le sang, après avoir traversé les capillaires, se rend dans les veinules qui possèdent, comme les artérioles, un manchon musculaire.
Or il semble bien que l'éclatement des capillaires et la sueur de sang ne puissent se produire que si à la dilatation des artérioles correspond nne contraction des veinules, le sang arrivant ainsi en grande quantité dans les capillaires sans pouvoir en sortir.
Les manchons musculaires des artérioles et des veinules sont commandés par les nerfs c'est-à-dire
par les prolongements ténus, par les longues et minuscules pattes de ces araignées que sont les neurones.
Les neurones, dont l'ensemble constitue le système nerveux, sont tous en relation les uns avec les autres. Le courant nerveux peut passer des neurones sensoriels qu'ébranlent les sensations et des neurones mnésiques où se clichent les images et les idées à ceux qui innervent les muscles des artérioles et des veinules et qu'on appelle les vasomoteurs. |
Aussi la réception d'une sensation, l’évocation d’une image ou d’une idée peut-elle mettre en branle les vaso-moteurs, faire se contracter ou se dilater les artérioles et les veinules, diminuer ou augmenter l’afflux du sang dans les capillaires, provoquer la pâleur, la rougeur, la sueur de sang.
En même temps cette sensation, cette image ou cette idée peut déterminer ce complexus de sensations internes qu’on appelle l'émotion.
On a l’habitude de dire que l'émotion provoque la rougeur ou la pâleur.
La vérité est que, à la suite de certaines sensa-
tions, de certaines évocations d’images ou d'idées,
on éprouve certaines émotions en méme temps que la peau rougit ou pâlit.
La relation entre les neurones sensoriels ou mnésiques ét les neurones vaso-moteurs est si étroite qu’on peut provoquer par suggestion, non seulement la rougeur et la pâleur, mais aussi l’hématidrose.
En 1885, Bourru: et Burot tracent un dessin sur le bras d’un sujet en état d’hypnose et lui ordonnent