Eusebios, Loc. cil., liv. I, ch. XXII
cée chez les ignorants, chez les paysans par exemple ;
2° Si, tout en existant dans le cerveau du sujet, l’idée À reste à l’écart de la seconde. Le substrat physiologique de ce phénomène consiste, selon moi, dans la contraction du neurone où l’idée A est enregistrée, soit que cette contraction soit chronique (tétanos du neurone), soit qu’elle se produise sous l'influence de la crainte au moment où l’idée B pénètre dans le cerveau.
J’ajouterai que je ne conçois pas l’amiboïsme des neurones comme les créateurs de cette théorie. Je pe crois pas que les prolongements des cellules nerveuses se séparent jamais les uns des autres et qu’il puisse se produire des solutions de continuité dans les circuits. Mais j'ai la conviction que le neurone est dans une certaine mesure contractile, comme l’est toute cellule vivante, depuis le spermatozoïde jusqu'aux cellules pigmentaires de la rétine, et qu’il se forme, dans sa substance, grâce à la contraction, des zones mauvaises conductrices que j’ai appelés les neuro-diélectriques et qui ont pour effet d'’intercepter le courant nerveux. Il est impossible de rien comprendre aux phénomènes psychologiques si l’on suppose que le neurone est une masse inerte.
Chez les gens instruits qui veulent croire pour échapper à La damnation, cesont ces zones mauvaises conductrices résultant d’une contraction du neurone déterminée par la crainte qui constituent ce qu’on est convenu d'appeler la « cloison étanche » entre les idées religieuses et les idées scientifiques.
C'est pourquoi la suggestibilité est si prononcée
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chez les gens atteints de dégénérescence, de féminisme, d’infantilisme, en un mot d’hyperamiboïsme des neurones. Et ainsi s'explique que, dans Îa folie à deux, l’hérédité vésanique chez le sujet passif se rencontre dans la proportion de 77 à 87 p. 100. Dans ces conditions, on conçoit aisément qu'un paysan dégénéré soit plus apte que personne à tenir
‘ pour vraies les idées religieuses.
C'était précisément le casd’Iaäkob, frère d'Ieschou.
Ainsi, selon moi, la suggestibilité n’est que l’expression psychologique d’une fonction de l'organisme, la contractilité du neurone.
Tout homme est plus ou moins suggestible ; tout homme reçoit de son milieu un certain nombre d'idées sans les mettre à l'épreuve de la réflexion, parce que la réflexion exige, entre les neurones, des communications qui ne sont pas constantes ; tout homme subit la contagion mentale. Or la folie à plusieurs n’est qu’un cas particulier de la contagion mentale.
Le plus souvent la folie par contagion est une folie à deux.
Dans la folie à deux, l’un des sujets dit sujet actif l'emporte sur l’autre par son activité, son énergle ou son ascendant :
« Il crée le délire, disent Lasègue et Falret, et l'impose progressivement äu second, qui constitue l'élément passif. Celui-ci résiste d'abord, puis subit peu à peu la pression de son congénère, tout en réagissant à son toursur lui dans une certaine mesure pour rectifier, amender et coordonner le délire, qui leur devient alors commun et qu'ils répètent à tout
venant dans les mêmes termes et d’une façon presque identique . »
Pour que la contagion puisse se produire, il faut que le sujet passif présente une prédisposition héréditaire ; ilfaut que lesdeux sujets aient vécu pendant longtemps d'une vie étroitement commune, qu’ils aient les mêmes occupations, les mêmes intérêts, les mêmes craintes, les mêmes espérances ; il faut que le délire du sujet actif soit vraisemblable dans une certaine mesure, qu'il puisse, sans absurdité manifeste, être induit de faits réels.
Or le caractère de vraisemblance des conceptions délirantes se retrouve surtout dans les délires partiels. Aussi sont-ce les fous partiels et en particulier les persécutés, les mégalomanes et les mystiques qui communiquent le plus aisément leurs conceptions, le sujet actif étant toujours plus gravement atteint que le sujet passif.
Enfin l’entente aftective qui réunit les deux sujets favorise la contagion.
Il en est de même de la fatigue et de la misère, qui sont des facteurs d'épuisement, d'intoxication, d’hypercontractilité des neurones, d'hypersuggestibilité.
leschou et [aäkob présentaient la plupart de ces conditions.
1°. leschou était plus actif, plus énergique qu'Iaakob. Cela résulte de la comparaison de leurs vies.
laäkob résista d’abord à la contagion, comme tous les frères d’Ieschou, mais, présentant sans doute la même tare héréditaire que le soi-disant Meschiach,
1. Lasègue et Falrct, La folie à deux ou folie communiquée, Annales médico-psychologiques (novembre 1877).
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il finit par succomber. Nous le voyons, au moment de sa mort, répéter mot pour mot des phrases du « fils de Dieu ».
2° Ils vécurent d’abord de la vie familiale dans l’humble case de Nazareth, puis d’une vie étroitement commune dans la secte messianique ;
3° A cette époque d’ignorance et de superstition, où la nature des névroses et le mécanisme de leur guérison par la suggestion à l’état de veille étaient inconnus, la prétention d’Ieschou qui affirmait guérir ces maladies d’une façon surnaturelle et se croyait d'essence divine présentait un certain caractère de vraisemblance ;
& Jaäkob aimait et admirait son frère leschou, comme il le prouva au moment de sa mort ;
5° Vivant la vie de la secte errante, il dut en partager les fatigues et la misère.
Son délire était assurément moins grave que celui
* d’Ieschou.
« Quelquefois, dit Emmanuel Régis parlant des fous associés, un élément nouveau, une névrose quelconque, épilepsie ou hystérie, vient s'ajouter chez l’un à sa prédisposition vésanique, établissant ainsi entre lui et son congénère une certaine différence pathologique qui se retrouvera dans les manifestations délirantes ‘. »
C'était précisément le cas d’laäkob, qui n’était pas un fou partiel, un délirant chronique comme Îeschou, mais un dégénéré mental, extrêmement sug-
gestible, partageant les conceptions de son frère, .
délirant comme lui par bouffées et ayant, sous l’in- 1! Emmanuel Régis. La folie à deux. Th. de Paris, 1880, p. 56,
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fluence des émotions violentes, des hallucinations visuelles, Il était, si l’on veut, « l’aliéné par reflet » de Lasègue et Falret, « l’aliéné par induction » de Lehman. Il était ce répercuteur, cet initié, ce collaborateur qui dépasse à peine les limites de l’absurde, qui n’est pas un fou à proprement parler, mais un demi-fou.
Le cas de folie communiquée que je viens d’analyser est le plus fréquent. C’est d'ordinaire entre les membres d'une même famille qu'a lieu la contagion, parce que; dans ce cas, à l’influence de l’hérédité se joint l’influence du milieu.
Voici des exemples contemporains du même phénomène.
OBseRvaTION Ï. — H.-I.1... entre à l’asile de Maréville à trente ans pour folie intermittente, caractérisée par des idées mystiques et de persécution et des alternatives d’excitation et de stupeur.
[..., son frère, a également des idées mystiques. IL se croit possédé du diable. Mais il a confiance en Dieu: il fait des signes de croix et le diable disparatt.
Ce dernier trait rappelle singulièrement la tentation d'Ieschou au désert !.
OnsEnvATIONS II, — Deux jumeaux, les frères Degaspari, observés à quatorze ans de ‘distance par les docteurs Maret et Portaz, se ressemblent au point qu'on peut les confondre. Ils ont de l'affection l’un pour l’autre. Ils sont aussi ignorants que l’étaient leschou et Iaäkob.
1. Louis Pain. Les folies concomitantes. Thèse de Paris, 1894.
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L'un, Jean-Baptiste, est mineur; l’autre, Joseph, est forgeron.
Jean-Baptiste, le plus énergique des deux, est l’élément actif du couple. Il a créé le délire et l’a imposé à son frère. |
De même qu'Ieschou se croyait à la fois Le fils de Dieu et le fils de David, il se croit à la fois le fils de saint Pierre et le fils de l’empereur d'Autriche. Des êtres surnaturels et invisibles gouvernent sa destinée : il les sent autour de lui.
Il affirme qu’il sera couronné à Paris roi de la Chine (d’autres préfèrent l'empire du Sahara) et ajoute que la Vierge lui fera avoir le plus bel enfant qu'il y ait au monde. |
Il a, comme Ieschou, des hallucinations et,comme lui, tient de longs discours incohérents et incompréhensibles.
Un jour, à l'exemple du soi-disant Meschiach se livrant à des voies de fait sur les marchands d’offrandes du temple de Hiérusalem, il administre à un autre aliéné une volée de coups de bâton.
Les conceptions délirantes de son frère Joseph sont identiques, sauf qu’il sera, lui, couronné roi d'Amérique à Rome.
Et, comme Iaäkob se faisant l'écho d’Ieschou, il répète mot pour mot cette phrase de son frère : « Que l’on nous conduise hors d'ici, pour que nous allions retrouver notre père, l’empereur d’Autriche, et notre mère, l’impératrice d'Autriche, et que nous soyons couronnés à Rome et à Paris. »
C’est en vertu d’un espoir analogue, celui du
triomphe qu’Ieschou se rendit pour la dernière fois à Hiérusalem.
OnservaTioN III. — L'observation de Taguet : n’est pas moins intéressante,
Elle nous transporte en Bretagne, cette Galilæa de la France, dans une famille de dévots, composée de la mère, de deux filles et de trois garçons, dont l’un était élève au grand séminaire de Vannes.
« L’atné, Ange, donna le premier des signes d’une véritable exaltation religieuse, négligeant son état de meunier, passant tout son temps en prières, ne prenant que très peu de nourriture. »
Ainsi leschou négligeait son métier de charpentier, priait la nuit sur les montagnes et jeünait dans le désert. |
Comme le soi-disant Meschiach, Ange citait à l’occasion des phrases de la Bible.
Sa mère, celui de ses frères et celle de ses sœurs qui vivaient au moulin sont contagionnés.
Le frère s’agenouille dans tous les coins ; le jour, on le surprend en extase, les yeux au ciel; la nuit, on le trouve étendu sur le plancher, un chapelet enroulé autour du corps. Il refuse toute nourriture et 1l faut l’alimenter à la sonde.
Arrive au moulin Esther, la plus jeune des filles. Dès le lendemain, elle est touchée à son tour ; elle a des hallucinations, voit la Vierge, se croit possédée du démon.
Sa sœur aînée voit également la Vierge qui l’ins-
1. Taguot. Un cas de folie religieuse à cinq. Annales médicopsychologiques, juillet 1887.
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pire, lui donne des ordres et lui apprend qu’Esther, tuée dans un accès de fureur mystique par son frère Ange, est ressuscitée.
Et Esther lui apparaît quelques instants après sa
mort, comme leschou apparut à son frère [aäkob.
Benjamin Ball, Ville, Regent, Babcock et Pain ont rapporté des cas analogues.
Dans une observation de Martinenq, la folie religieuse frappe quatre personnes de la même famille, le père, la mère et les deux filles.
Dans une observation d’Oscar Wood, cinq personnes sont atteintes.
La folie religieuse peut enfin donner lieu à de grandes épidémies. Je rappellerai les possessions d'Allemagne (1550-1560), de Saint-Claude (xvi° siècle), des ursulines d’Aix (1609-1611), de Loudun (1632-1639) et de Louviers (1642), l’épidémie de prophétisme des Cévennes (1702-1705), l'épidémie des convulsionnaires du cimetière de Saint-Médard (1731), l’hystéro-démonopathie de Morzines (1861), celle de Verzenis dans le Frioul (1878). la possession de Plédran près Saint-Brieuc (1881), celle de Jaca (1881), l'épidémie de Santa-Orosia (1881) et enfin l'épidémie brésilienne étudiée par Nina Rodrigues (1898).
De toutes ces épidémies la plus intéressante est assurément l'épidémie galiléenne, d'où naquit le christianisme.
IÉHOUDA
D'Iéhouda (Jude), autre frère d’Ieschou, nous ne savons rien. Mais voici ce que raconte Eusébios de sès petits-fils.
« C'est une ancienne tradition que Domitianus (empereur de 84 à 96), ayant commandé de tuer ceux qui étaient issus de la race de David, les descendants d’Iéhouda, dit le frère du seigneur selon la chair ‘, furent déférés par des hérétiques, comme Hégésippos le rapporte en ces termes :
« Il y avait encore en ce temps, dit-il, des parents du sauveur, les petits-fils d'Iéhouda, dit son frère selon la chair.
L'évocatus (sorte de policier) les amena devant l’empereur Domitianus, qui ne craignaiït pas moins qu'Hérodès la venue de l’Oint. Il leur demanda s'ils descendaient de David. Sur leur réponse affirmative, il s’enquit de leur fortune. Ils dirent qu’ils ne possédaient à eux deux que neuf mille deniers (4.500 francs), ajoutant qu'ils n'avaient pas cette somme en numéraire, mais qu’elle était l’évaluation d’une terre de trente-neuf plèthres (le plèthre valait environ 10 ares) pour laquelle ils payaient l’impôt et qu’ils cultivaient pour vivre. Ils montrèrent la rudesse de leurs membres et les durillons de leurs mains.
« Interrogés sur le royaume del'Oint et sur l’épo-