CHAPITRE IX
Considérations générales et historiques. — Exemples d'anthropophagie, — Applications médico-légales.
Considérations générales et historiques. — Lorsqil On
se livre à la dissection morale de l'homme, il ne faut s'effrayer de rien : l'imprévu est un champ sans limites. Il en coûte sans doute de venir brusquement étaler des plaies à peine soupçonnées; mais doit-on reculer devant la vérité parce qu'elle est hideuse? L'image de la folie exalte les privilèges de la raison, et l'exemple du crime élève l'homme de bien.
Le législateur d'Athènes n'avait point prévu le parricide. Les temps sont bien changés depuis Solon, et la justice est trop souvent appelée aujourd'hui à sévir contre des fils dénaturés. Nos descendants n'auront-ils pas à déplorer un jour quelque atrocité dont nous n'aurons été ni les témoins ni les complices? Formons du moins des vœux ardents pour que les cas isolés d'anthropophagie que nous allons grouper et résumer ici restent de très-
rares spécimens de la plus étrange et de la plus terrible des aberrations et demeurent affranchis du contagieux penchant à l'imitation.
Comme entité morbide, l'anthropophagie n'existe pas ; comme crime, elle est presque une impossibilité. Ainsi que nous espérons pouvoir le démontrer, l'anthropophagie doit rester une monstruosité médico-légale hors cadres.
Un médecin érudit qui a puisé sur les bancs de la faculté de Montpellier une instruction philosophique peu commune, M. le docteur Barbaste, a publié, il y a cinq ans, des recherches fort curieuses sur l'anthropophagie ' ; c'est à peu près le seul document qui existe dans la science sur cette émouvante question. Plus désireux de donner un libre essor à la tournure habituelle de son esprit que d'aborder l'examen pratique et la discussion médico-légale de faits aussi difficiles à classer, l'auteur s'est tenu dans un cadre restreint d'observations, qu'il va nous être permis d'élargir, car les archives criminelles sont, hélas ! plus riches qu'il ne semble l'avoir cru.
L'anthropophagie a été, dans les siècles passés, l'œuvre des préjugés et du fanatisme. Elle a été l'une des plus terribles extrémités auxquelles la faim ait eu recours ; puis, s'introduisant à bon droit dans le champ de la pathologie, elle a tour à tour été le fait de la folie, de la chlorose ou d'une prétendue disposition organique extraphysiologique. Sans doute ces dernières circonstances
* De l'homicide et de l'anthropophagie.
ont seules trait à notre art, mais nous croyons néanmoins devoir faire un très-sommaire énoncé des coutumes, institutions ou instincts dépravés qui ont servi d'occasion ou de prétexte à l'antliropophagie.
les Lydiens et les Mèdes, selon Hérodote, et les insulaires de l'Atlantique, d'après Platon, cimentaient leurs conspirations en buvant du sang humain. Salluste attribue aux complices de Catilina un acte identiquement semblable, lorsqu'il dit : Humani corporissanguinemvinopermixtiim in pateris circumtuUsse. Tacite parle de princes de l'Asie qui se juraient alliance sur leur propre sang et allaient jusqu'à en boire : sanguis gnstatus in fœderibus. Si nous en croyons Ju vénal, les Scythes se désaltéraient avec le sang de leurs ennemis, et les Tintirites en mangeaient même la chair. « Les Gascons et les Sagontins, dit M. Barbaste, se nourrissaient autrefois de la chair de leurs compatriotes. »
Sans remonter aussi loin dans l'histoire, n'a-t-on pas vu le peuple, à Paris, dévorer les restes sanglants du maréchal d'Ancre?
La tyrannie de la faim peut faire descendre l'homme jusqu'aux appétits de la bête carnassière. En décrivant les horreurs qui marquèrent le siège de la Rochelle, Anquetil rapporte qu'un père et une mère, poussés par la famine, exhumèrent le cadavre à peine refroidi de leur fille et le mangèrent'.
On sait enfin que le siège de Paris par Henri IV fut suivi d'événements plus lugubres, et que, non-seulement
* Histoire de France, p. G96.
« les chevaux, ânes, chats, rats et souris » furent • sacrifiés et ne devinrent qu'une insuffisante ressource, mais encore que Ton fit de la farine avec de vieux ossements recueillis dans les cimetières. « Une mère, dit un histo-' rien du temps, à l'imitation de ce qui se passa pendant le siège de Jérusalem, fit rôtir les memhres de son enfant mort et expira de douleur sur cette affreuse nourriture. »
Exemples d'anthropophagie. — Ce trihutUUe fois payé à
l'histoire, dressons le bilan clinique de l'anthropophagie,
« Vers l'an IGOO, dit M. le professeur Ândral, un garçon de quatorze ans, atteint de lycanthropie et revêtu d'une peau de loup, parcourait les campagnes dont il était l'effroi. Plusieurs fois il avait rencontré de jeunes enfants et les avait dévorés. Arrêté, Jean Grenier — c'était son nom — fut traduit devant le parlement de Bordeaux. Tous les faits furent prouvés ^ »
Gall a rapporté l'observation d'un individu qui, poussé par un irrésistible penchant à manger de la chair humaine, commit plusieurs assassinats pour en arriver à ses fins. La fille de cet homme, bien que séparée de son père et élevée loin de sa famille, succomba au même désir ^.
Prochaska cite le tait d'une femme de Milan qui attirait les petits enfants chez elle pour les tuer, saler leur chair et en manger tous les jours. Ce même auteur parle également d'un homme qui tua un voyageur pour le dévorer^.
Les journaux du temps et, depuis, quelques ouvrages scientifiques ont rappelé les malheurs de cette famille écossaise dont plusieurs membres furent héréditairement obsédés par le plus impérieux besoin de se nourrir de chair humaine.
< Pathologie interne.
- De l'initatiou et de la folie.
^ Opéra minora, t. II. p. 98.
DE L'A^TlIROPOniAGlE. 515
Rodeiic à Castro parle d'une femme enceinte qui voulait absolument manger l'épaule d'un boulanger qu'elle avait vue.
Laugius rapporte qu'une femme qui désirait manger de la cbair de son mari, l'assassina et en sala une grande partie pour prolonger son plaisir !
En juillet 1817, un journalier quitte sa demeure pour mendier dans les environs. De retour, deux jours après, il demanda à sa femme son plus jeune enfant. « Il est en repos, » répondit elle; et elle montra un petit cabinet. Le père ouvre la porte et aperçoit le corps de son fds auquel il manquait une cuisse. Le père infortuné sort et revient bientôt accompagné du maire. La prévenue, pressée par l'interrogatoire, avoue enfin sans émotion que, dans l'extrême besoin où elle se trouvait, elle avait tuéson enfant, luiavait enlevé une cuisse qu'elle avait fait cuire dans des choux, qu'elle avait mangé une partie de ce mets, et qu'elle conservait l'autre pour son mari. On trouva, on effet, dans le garde-manger un reste de choux et à côté un os rongé qu'on reconnut être celui de la cuisse de l'enfant.
11 fut établi qu'à l'époque de l'événement, la mère avait encore des provisions.
Le président de la cour d'assises de Colmar fut le premier à faire ressortir la réalité d'une lésion des facultés intellectuelles t^t Tacquitteraent fut prononcé.
Le polyphage, dont le baron Percy nous a transmis l'histoire, « avait l'habitude, entre autres manières dégoûtantes et incroyables que j'omets ici, d'aller dans les boucheries et dans les lieux écartés, disputer aux chiens et aux loups les plus horribles pâtures. Les infirmiers de l'hôpital de Versailles, où il était, l'avaient surpris buvant le sang des malades que l'on venait de saigner, et dans la salle des morts, nouveau vampire, suçant celui des cadavres '. » L'estomac de cet
* R. cl'Amador, La rie du sang, note 7.
homme remplissait toute la cavité abdominale, et l'on a cherché à expliquer, par cette disposition organique exceptionnelle, une inexplicable dépravation des instincts. Nous sommes peu porté à adopter cette manière de voir.
Le 23 novembre 1824, Antoine Lrger, âgé de vingt-neuf ans, vigneron et ancien militaire, fut traduit devant la cour d'assises de Versailles. L'acte d'accusation nous apprend que le prévenu a toujours paru sombre, farouche, aimant la solitude et fuyant la société des femmes et des jeunes gens de son âge. Le 20 juin 1825, il quitta la maison paternelle, gagna un bois, cbercha une retraite et découvrit enfin, après une semaine de cette vie errante, une grotte au milieu de rochers. Il s'y installa et vécut pendant un mois et demi de racines, de pois, d'épis de blé, de groseilles ou de fruits. 11 se rendit cependant à pUisieurs reprises au village voisin pour y acheter des aliments. Une nuit, il vola des artichauts ; une autre fois, il prit un lapin, le tua et le mangea cru séance tenante.
Le 10 août, « j'étais allé, dit-il, pour cueillir des pommes : j'ai aperçu au bout du bois une petite fille assise ; il m'a pris l'idée de l'enlever. Je lui ai passé mon mouchoir autour du cou, et l'ai chargée sur mon dos ; elle n'a jeté qu'un petit cri. J'ai marché à travers du bois, et me suis trouvé mal de faim, de soif et de chaleur. Je suis resté peut-être une demi-heure sans connaissance ; la soil' et la faim m'ayant pris trop fort, je me suis mis à la dévorer... » Léger nie ensuite tout ce qui a rapport au viol et à la mutilation des organes génitaux de la jeune D... ; il avoue seulement qu'après avoir ouvert le cadavre, il a vu le sang sortir en abondance, qu'il s'est désaltéré, et qu'il a sucé le cœur de la victime avant de le manger. « Je n'ai fait tout cela, dit-il, que pour avoir du sang... je voulais boire... du sang... j'étais tourmenté de la soif, je n'étais plus maître de moi. »
L'acte d'accusation reproche à Léger un sang-froid épouvantable : « on lui a rappelé toutes les circonstances du
crime, et un otii prononcé avec indifférence a été la seule réponse à toutes les questions qu'on lui a adressées. » A laudience, « on remarque que ses traits présentent l'apparence du calme et de la douceur; ses regards sont hébétés, ses yeux fixes, sa contenance immobile. 11 conserve la plus profonde impassibilité; seulement, un air de gaieté et de satisfaction règne constamment sur son visage. »
Léger a été condamné à mort et exécuté. « Sa tête, dit Georget, a été examinée par Esquirol et Gall, en présence de plusieurs autres médecins. Esquirol nous a dit avoir remarqué plusieurs adhérences morbides entre la pie -mère et le cerveau. * »
Maria de las Colores, habitant les montagnes de Ségovie, fut séduite par Juan Diaz. Son amant, pour lui sauver l'honneur, la demanda en mariage à son père, Pedro Dominguez, vieillard de soixaiile-cinq ans. Celui-ci repoussa avec colère le prétendant séducteur. « Dès ce moment la bergère devint triste et taciturne ; elle recherchait les lieux les plus solitaires pour y faire paitre son troupeau, et on ne la vit plus adresser la parole à ses compagnes.
(I Le 20 mars [b'iQ, de retour le soir dans la cabane, elle entra chez elle après avoir renfermé les moutons dans le bercail, et elle s'occupa à faire rôtir un morceau de viande. Son père, qui était auprès du feu, s'endormit. Saisie tout à coup d'une horrible impulsion, Dolores s'empare d'un chenet, en assène plusieurs coups à son vieux père et l'ètend à ses pieds. A la vue du sang, sa rage redouble ; elle se précipite sur sa victime, lui ouvre la poitrine avec un coutelas, en retire le cœur encore palpitant, le place à côté du morceau de viande qui était sur le feu, et quand il est à moitié rôti, elle commence à le dévorer. Mais bientôt elle pousse des hurlements, des ciis aigus de désespoir qui retentissent au loin. Les bergers accourent des
' Considérations nu'dico -légales sur l'aliénotiou mentale.
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cabanes voisines ; quel affreux spectacle! A côté du cadavre mutilé s'offre à leurs regards une furie qui, la bouche sanglante, les yeux égarés, lient à la main un morceau de chair humaine qu'elle montre à l'un d'eux en s'écriant : « Tiens, voilà le cœur de celui qui m'a empêchée d'être la plus heureuse des femmes, de celui qui m'a privée de l'homme que j'adorais ; c'est le cœur de mon père que je viens d'assassiner ; goûtes-en si tu veux ! c'est le cœur de mon père !. . . »
Les bergers demeurèrent interdits, stupéfaits. Devenue de plus en plus furieuse, Dolores met ses vêtements en lambeaux et se déchire les seins avec les ongles. On l'arrête, on la conduit à Ségovie ; elle a entièrement perdu la raison ; elle ne répond aux questions qu'on lui adresse que par des cris lamentables.
Le tribunal de Ségovie l'a condamnée à rester pendant toute sa vie enfermée dans une maison d'aliénés.
M. le docteur Berthollet a consigné dans les ArcJiives gmérales de médecine Vohscr\i\V\on d'un homme «qui faisait sa nourriture favorite et recherchée de substances animales les plus dégoûtantes et même de portions de cadavres. 11 s'est plus d'une fois introduit dans des cimetières, où, à l'aide d'instruments nécessaires, il a cherché à extraire des fosses les corps déposés le plus récemment, pour en dévorer avec avidité les intestins... Trouvant dans l'abdomen de quoi satisfaire à son appétit, il ne touche point aux autres parties du corps. Cet homme, ajoute M. Berthollet, est âgé de prés de trente ans; il est d'une stature élevée et sa figure n'annonce rien qui soit en rapport avec cette passion dominante... Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il n'est point maîtrisé par une faim dévorante ; il ne mange point d'une manière extraordinaire, car lorsqu'il lui arrive de rencontrer de quoi fournir plus qu'à son repas, il en remplit ses poches et atlend patiemment, avec ce surcroît d'aliments, que son appétit soit de nouvedu réveillé. Interrogé sur ce goût dépravé, sur ce qui l'aurait fait
DE L'AISTlIROroniAGIE. 310
nailre, ses réponses sont de nature à le faire remonter à sa plus tendre enfance... Lorsqu'il a été arrêté, il dévorait un cadavre inhumé le malin... Cet homme pourrait tôt ou tard se portera des excès dangereux; il avoue lui-même que ^ quoiqiiil nait encore attaqué aucun être vivant, il pourrait bien, pressé par la faim, attaquer un enfant quil trouverait endormi dans ses courses dans les campagnes *. » Nous ajoutons que la juslice l'a interdit comme dément, et dirigé sur une maison d'aliénés.
Le 16 janvier 1858, Sared et Clarisse Comstock, habitant depuis près d'un demi-siècle la ville d'Hamilton, dans le comté de Maddison (État de New-York), vieillards septuagénaires estimés et aimés de tous, furent assassinés. Un voisin, regardant par hasard à travers une fenêtre, aperçut le mari et la femme gisant sans vie sur le plancher. L'honnne était couché sur le dos, « son sein gauche laissait voir une blessure béante de plus de six pouces de long; le cœur avait été enlevé. » La femme, à quelques pas plus loin, était dans la même attitude : « son sein gauche portail une blessure semblable ; son cœur avait été arraché de la poitrine. Le désordre et les déchirures de ses vêtements témoignaient d'une lutte... On découvrit plus tard, dans le four du poêle, les deux cœurs à demi rôtis et à demi rongés. » Entre les deux cadavres, et assis sur un sofa, dormait tranquillement William, le fils aîné et le meurtrier des époux Comstock. La police intervint et arrêta le parricide, homme de trente-sept ans, de taille moyenne, dont la physionomie indiquait plutôt « l'hébétement que la férocité. » William passait pour être doux et inoffensif, et il vivait en trèsbonne intelligence avec ses parents, qui, de leur côté, n'avaient jamais eu à se plaindre de lui. «Mon père respirait encore, dit-il, lorsque je lui arrachai le cœur dont j'avai.s besoin. Quant à ma mère, ce fut bien plus facile, elle ne broncha
i Tome VIT, p. 472.
pas, mais mon père avait la peau dure. Je voulais aller chez mon frère et ma sœur pour achever l'affaire, mais le sommeil me gagna et je me couchai. »
Épileptique et halluciné de la pire espèce, WiUiam Comstock n'a jamais voulu donner d'explications sur le mobile qui l'avait poussé à faire rôtir et à manger une partie du cœur de ses vieux parents. Le jury d'enquête, après l'avoir déclaré atteint d'aliénation mentale, Ta dirigé sur un établissement spécial.
On sait combien les chlorotiques sont sujettes à des goûts bizarres et combien il arrive fréquemment que ces malados cèdent à des appétits extravagants. Nous venons de lire à ce sujet, l'observation dune jeune fille de quatorze ans qui recherchait avec avidité toutes les occasions de boire du sang humain. « Elle aimait à sucer celui qui s'écoulait des plaies récentes. »
•Enfin, il ne serait pas impossible que, pendant leur grossesse, quelques femmes vinssent à commettre des actes analogues : nous parlerons un peu plus loin de l'influence exercée par la gestation sur les facultés mentales.
Applications médico-légales. — Ainsi qUG IIOUS l'aVOnS
laissé entrevoir au comniencement de ce chapitre, l'anthropophagie, pas plus que le crétinisme, n'a droit de cité dans la pathologie mentale. Le cadre nosologique ne s'élargira jamais assez pour pouvoir livrer passage à ces deux anomalies, qu'il convient de classer parmi les monstruosités. Bien que, dans la majorité des cas, l'anthropophagie se rattache à l'aliénation de l'esprit et découle le plus souvent d'une névrose psycho-cérébrale, il n'en est pas moins vrai qu'elle n'intervient qu'à tilre d'horrible complication, qu'elle constitue l'acle le plus
en dehors de nos mœurs, de la morale et de la raison, et que ses manifestations ne font que mettre le comble au plus grand de tous les malheurs, le trouble et l'abolition des facultés de l'intelligence. Après la ruine de son entendement, l'aliéné qui s'improvise anthropophage ne fait qu'obéir, comme une machine, à une force motrice dont il ne peut combattre la puissance.
En thèse générale, la société n'impose aucune expialion à celui qui, au moment du crime, a agi sans discernement. Les développements dans lesquels nous sommes précédemment entré à ce sujet, nous dispensent d'insister davantage sur ce point.
Dans le cas particulier qui nous occupe, comment expliquer ces agressions qui contrastent si fortement avec les affections et les passions des hommes? Ne serait-ce pas, d'ailleurs, calomnier l'humanité que de supposer sain d'esprit le citoyen capable de manger de la chair humaine? L'individu rivé au crime, comme l'esclave l'était à sa eliaîne, aura beau parcourir tous les degrés de l'immoralité, il ne descendra pas jusqu'à celle hideuse dépravation !
La question de la responsabilité se trouve donc résolue, en tant que l'anthropophagie est placée sous la dépendance d'un étal morbide de l'intellect. Si, au contraire, la chlorose, la grossesse ou quelque perversion d'instincts sont mises en jeu, nous n'avons point à tracer d'avance de règles spéciales : tout dépend de l'appréciation du fait et des circonstances concomitantes de ce fait. Plus un crime est inouï, moins il faut en chercher la cause dans les mobiles ordinaires. Lorsque l' expert-légiste a pris la précaution,