‹ La folle du lac d'OoChapitre 19 sur 59 · TROIS SOLEILS · texte numérisé non relu

TROIS SOLEILS

0 soleil de Paris, ô soleil sans rayons, Soleil à qui janvier met un voile de glace. Fantôme de soleil que je regarde en face, Es-tu bien le soleil qui flambloie et qui passe En ce moment sur Canne et mûrit les citrons?

Non , tu n'es pas cet astre éclatant de lumière , Ce vieil ami qu'au loin cherche en vain mon regard, Qui dans mes jeunes ans avait pour tout brouillard Les fleurs que mes deux mains lui jetaient au hasard; Va , poursuis tristement ton obscure carrière !

Un soleil n'est-il point un disque aux mille feux Qui commence à briller dès la naissante aurore , Brille dans la journée et le soir brille encore , Si splendide, si pur que maint peuple l'adore? Pour des gens ennuyés, toi, lu n'es qu'ennuyeux.

Aussi, piètre soleil, je te préfère même Cet être bel et fier, aux lèvres de vermeil, Que du temps de Ronsard on appelait soleil Comme toi, qu'on disait comme toi sans pareil, Et qui pourra m'aimer peut-être, si je l'aime.

Oh ! de ces soleils-là le nombre est grand ici : Aux théâtres, aux bals, à pied, en équipage. Le long des boulevards, sous le riche passage , On en voit comme grains de sable sur la plage Ou globules mousseux dans un verre d'aï.

Je ne veux point parler de la mère des Gracques, Des femmes dont le teint rougit sous un regard , Mais de celles qui vont couvertes de brocart , De qui l'ardent eoup-d'œil pénètre comme un dard , Qui boiraient dans un crâne, et ne font pas leurs pàque«.

« Laïs , puisque tu tiens la ceinture d'Amours , Je te suivrai , marchons vers ta chambre dorée , Voyons si j'ai raison de t'avoir préférée A ce pâle flambeau de la voûte éthérée, Indigne d'exister pour de si pâles jours.

— Et que veux-tu de moi? — Je veux que ton cœur m'aime:

Et je te donnerai mon cœur, mes rêves d'or,

Vingt ans qui dans tes bras me rendront souple et fort,

Mes baisers , des baisers à réchauffer un mort,

Des roses sur ton front formant le diadème

— Je connais mon Gesner. . . tranchons. . . combien d'écus? — J'ai près la côte un champ, des orangers, des treilles, Du lait pour ta poitrine , une ruche d'abeilles ,

De quoi vivre tous deux sans soucis et sans veilles

Vraiment, gentil soleil, qu'exiges-tu de plus?

Ah! voilà que tu ris à troubler ta demeure! Je te comprends, soleil encor moins généreux Que ce pauvre soleil tout morne au haut des deux. Hé bien ! l'épreuve est faite à présent : à mes yeux Lui ni toi ne valez le soleil que je pleure! i>

Paris.

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