ACTE I, SCENE V
Eraste.
Pauvre autheur d'Andromaque, tu as fait une lourde faute de faire tutayer deux amis I
Alcipb.
Mais...
Eraste.
Ah ! puis que tu condamnes cette façon d'agir, je t'appelleray désormais Monsieur.
Tu es un étourdy. Je n'aurois rien à dire si Oreste et Pylade se tutayoient tous deux; mais de voir seulement Oreste tutayer Pylade,.,
Eraste.
Et à qui tient-il que Pylade ne le tutaye aussi? S'il veut Pappeller seigneur, Oreste n'en peut mais.
Alcipe.
Le fou! A qui tient-il? Il tient à Fautheur, qui a dû sçavoir que Pylade estoit roy aussi bien ç\^Oreste,
Eraste.
Pylade roy? Ah! je te le nie.
Alcipe.
Vrayment! .11 estoit roy de la Phocide, je te marque son royaume, et son père, à qui il avoit succédé, s'appelloit Strophius; si tu ne le sçay pas, c'est que tu n'as pas leu l'Histoire.
Eraste.
L'Histoire? Ahl il est bon là, l'Histoire 1 C'est bien des gens comme moy, va, qui se soucient de l'Histoire; c'est assez que j'ay leu Clelie avec
la Vicomtesse et que je sjay VAndromaque sur le bout du doigt.
Alcipk.
Voila de nos messieurs qui veulent qu'une
chose ne soit pas parce qu'ils n'en ont pas la
conooissance. Ouy, Pylaàe estoit fils du roy de
la Phocide, qui estoit beaufrere d'Agamemnon,
père à'Oreste; de sorte qu'Orw/e et Pylade
estoient mSme cousins germains.
Eraste.
Et q^e m'importe?
Alcipe.
Que t'importe IC'estune impertinence extrême d'introduire deui personnes tellement égales, et de faire que l'un parle à l'autre comme s'il estoit son escuyer ou son valet de chambre, et que cet autre le souffre.
Erastï.
Bon, bon, boni voila une belle critique T
Alcipe.
Je trouve la chose encore plus ridicule en ce qu'on fait faire ceta à Ores,le, lors qu'il est devenu ce que nous appelions d'evesque musnier. Est-ce à cause que, du plus grand roy de Grèce qu'il estoit, il n'est plus qu'un simple ambassadeur de petits principiums , qu'on veut qu'il tranche tant du grand avec Pylade?
Eraste.
Il est bien ambassadeur extraordinaire pgvr