‹ La FontaineChapitre 20 sur 69 · CE QU'EST LA PABLE · texte numérisé non relu

CE QU'EST LA PABLE

LE LIÈTRII ET LES GBENOXnLLES.

Un lièvre en son gîte songeait (Car qne faire en un gîte, à moins qne Ton ne songe?) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait. Cet animal est triste, et la crainte le ronge.

€ Les gens de naturel peureux

Sont, disait-il, bien malheureux I Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite. Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette criaiinte maudite * M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts.

— Corrigez- vous, dira quelque sage cervelle.'

— Eh 1 la peur se corrige-t-elle ?

Je crois même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi. »

Ainsi raisonnait notre lièvre,

Et cependant faisait le guet.

H était douteux (1), inquiet :

Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

Le mélancolique animal,

En rêvant à cette matière, Entend un léger bruit : ce lui fut un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière. Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.

Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes 5 Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

(i) Craintif, méfiant.

€ Oh 1 dît-îl, j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait faire I Ma présence EflFraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !

Ef d'où me vient cette vaillance ?

Comment? des animaux qui tremblent devant moi !

Je suis donc un foudre de guerre (1) !

n n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre,

Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi. »

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