‹ La Fontaine et ses devanciers: ou, Histoire de la̓pologue jusqu'á LaChapitre 22 sur 57 · QUERCUS ET ARUNDO · texte numérisé non relu

QUERCUS ET ARUNDO

Montibus e summis radicitus eruta quercus

Decidit, insani turbine vie ta Noti. Quam tumidis subter decurrens alveus undis

Suscipit, et fluvio praecipitante rapit.

Verum ubi diversis impelîitur ardua ripis ^

In fragiles calamos grande resedit onus.' Tum sic exiguo connectens cespite ramos,

Mîratur liquidis quod stet arundo vadis ;

Se guoque tam vasto necdum consistere tnmco;

Âst iUam tenai cortice ferre minas.

Stridula mox blando i*espondet canna susnrro,

Seque magis tutam debilitate docet.

Tu rabidos, inquit, ventos sœ vasque procellas

Despicis et totis viribus^acta ruîs.

Ast ego surgentes paulatim demoror austros,

Et quamvis levibus provida cedo notîs.

In tua prœruptus offendit robora nimbus ;

Motibus aura meis ludificata pérît.

Hsec nos dicta mènent nMgnis obsistere frustra ,

Paulatimque truces exsuperare minas.

Comme on le voit, le plan de cette fable est celui de Babrius, mais les images sont effacées sous Tenflure des grands mots et des formules consacrées; irisani turbine victa noti^ tumidis decurrens alveus undis^ on peint le fleuve, qui n'est pas le sujet, et Ton oublie de peindre le chêne, qui est Tobjet principal, quoique l'expression de grande resedit onus soit assez belle. Quod stet arundo vadis, voilà une de ces idées abstraites, un de ces hémistiches sans harmonie que Ton n'eût pas trouvés dans un auteur du siècle d'Auguste. Stridula mox blando respondet canna susurroy forme de vers consacrée, et pittoresque déplacé; il ne Vagit pas de peindre le sifflement harmonieux du roseau. Seque magis tutam debilitate docet , toujours même procédé d'abstraction versifiée. Sttrgentes demoror austros y imitation de Virgile très mal appliquée et qui est presque un contresens, car dans Virgile cela signifie : Je retarde t effet des vents qui s'élèvent; les mots n'ont plus de signification précise, la déclamation a fait perdre le sens de la réalité. Prceruptus nimbus, autre contre-sens accom-

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pagné d*uûe faute de quantité , prœruptm signifiant escarpé, et non éclatant comme prorumpens. La confti* sion des mots est perpétuelle à cette époque ; périt est excessif pour exprimer l'inutilité des efforts du vent à qui Ton cède; Malgré les fautes qui paraissent presque des beautés, de prime-abord et à une époque assez semblable en cela à la nôtre, Ayianus, nous le répétons, n'est pas sans mérite, et il a fait des efforts pour conserver à la poésie latine sa noblesse et même sa correction , mais il n'a pas plus de goût et il a encore moins de génie que Claudien^ son contemporain et peut-être son modèle.

94. Ainsi l'antiquité classique ne nous a offert dans la Fable que deux poètes dignes de ce nom. Babrius, venu dans le temps de la décadence de la littérature grecque , a trouvé le secret de cette simplicité gracieuse et de cet intérêt dramatique qui est l'âme de la Fable, et n'a laissé à La Fontaine , qui , du reste , ne lui doit rien, que le mérite d'y ^jouter l'aisance, la naïveté et l'enjouement d'un génie unique dans son genre. Phèdre, peut-être plus correct et plus précis , n'a atteint qu'à une élégance froide et sévère et à une moralité peutêtre plus grave et plus pratique. Quoiqu'il ait vécu sous le règne d'Auguste, il constate, ainsi pour sa part rinfériorité générale de Rome à l'égard de la Grèce, dans la poésie comme dans tous les arts. Horace, d'un tour d'esprit plus piquant et plus aimable, est surtout bien plus élevé et plus original dans le conte philosophique , mais outre qu'il ne s'y est exercé qu'en passant, il manquait aussi de cette bonhomie et de cet abandon charmant qui est le propre de la Fable et celui de La Fontaine; de sorte que l'apologue n'avait pas

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encore produit dans Tantiquité de chefs-d'œuvre comparables à ceux de la tragédie, de la comédie, de l'ode, de l'idylle ou de l'épopée. Il restait à conquérir une gloire que La Fontaine devait un jour assurer éternellement à la France.

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