SCÈNE IV. — LYDIE, ACHILLE, PATROCLE
LYDIE Ami, quelle nouvelle?
Que vient-on de m’apprendre? Eh quoi! sans mon congé Vous vous êtes, Patrocle, au combat engagé?
ACHILLE Je le laisse avec vous : faites agir, madame, Tout ce que vous avez de pouvoir sur son âme. LYDIE En ai-je assez? hélas!
ACHILLE Essayez : j'ai tout dit.
Voyez si vous aurez sur lui plus de crédit :
Qui résiste à l'ami, se rend à la maîtresse.
(4 sort.)
SCÈNE V. — PATROCLE, LYDIE LYDIE Voilà donc votre amour ! C’est là cette tendresse Que vous me promettiez, après qu’on m'eût ôté Biens et sceptre, enfin tout, jusqu’à la liberté? Quand Achille s’en vint désoler notre terre, Si quelqu'un signala son nom dans cette guerre, Ge fut vous. L’oserai-je à ma honte avouer?
Je cherchai dans mes maux matière à vous louer. Aux dépens de mon cœur vous vous fîtes connaître : Ce me fut un plaisir de vous avoir pour maître. Je ne regrettai point ce que j'avais perdu ; Je l’aurais refusé, si l’on me l’eût rendu.
Et vous, cruel ! et vous, pour toute récompense, Vous mettez avec moi votre gloire en balance! Vous ne l'y mettez point, j'ai pour vous moins d’appas : Cependant on a vu que je n’en manque pas. Avant que d’être ici comme esclave emmenée, Les monarques voisins briguaient mon hyménée ; Tous me vinrent offrir leur aide en mes malheurs : Je les vis tous périr, sans leur donner de pleurs ; Je fis des vœux pour vous, ingrat ! contre moi-même. PATROCLE Que ces rois sont heureux ! mourir pour ce qu’on aime! Mériter doublement de vivre en l'avenir...