I . T. VI, p. 268-269 : Adonis
2. Je ne puis malheureusement pas citer tous les passages de La Fontaine qui témoignent de son lyrisme; à ceux qui seraient curieux d'être mieux renseignés sur ce point, je me permets de leur signaler : lea Nijmphes (h Vaux ; le Soiu/e de Vaux; les Filles de Minée: Daphné etAdo?iis: Elér/ies [siirlout V), t. VIIl, Psi/ché, etc., qu'ils devront lire en entier.
3. llosTANi), Cijrano de Berr/erac (1 vol. in-12. Charpentier, Paris).
4. T. VIH. p. i82 : Tradui-t. des vers cités dans les Epîlresde Senèque.
II. Sa méthode de composition. — a) Quels sont, en somme, les procédés d'invention du fabuliste ? Comment gouverne-t-il son imagination si génialement féconde? 11 va nous l'apprendre lui-même, car il ne cache jamais rien. A l'action rapide il aime à joindre d'abord et surtout Ift rwitrq<;tp^ l'opposition :
J'oppose quelquefois par une double image Le vice à la vertii, la sottise au hon sens'.
Oui, il se plaît à opposer plus souvent qu'il ne le pense tout ce qui se contrarie, tout ce qui s'oppose. « 11 escamote », d'un couj) de baguette magique, toutes les barrières (les préjugés) qui peuvent, dans la vie sociale, séparer deux êtres quelconques.il nous les met sur le même plan, pour que nous les jugions aussitôt, selon leurs vices et leurs manières propres. Il nous présente tour à tour le lion et le moucheron, la grenouille et le bœuf, le singe et l'éléphant, le lièvre et la tortue, la mouche et le coche, le chêne et le roseau, le savetier et le financier, sans en compter beaucoup d'autres.
Il puise dans une mine inépuisable en matière comique etrisible. Le plus gros n'a pas toujours raison, car Ton a souvent besoin « d'un plus petit que soi ». Il arrive parfois aussi que le petit s'enfle démesurément. Qu'y a-t-il de plus sot (jue la grenouille qui veut devenir bœuf?
La Fontaine se sert ;iussi licauciiup de-- s(iii>-eiitmidus. Il sait admirablement cacher sa mahcc dcrriLTe les mots les plus inoffensifs. Il aime à « gazer », à dissimuler quelque chose de risqué et de tendancieux. Au seuil de l'impudeur, il jette lestement un voile à demi fin qui
d. T. I, p. 3fi3 : liv. V. table I. le Bûcheron el Mercure.
cache plus ou moins le tout et nous fait rire bonnement, franchement. La plii|mrt de ses contesetjde ses^ fables sont aussi fort curieux et fort amusants, par les conclusions précises et railleuses qu'ils contiennent.
.Jean ne veut pas que nous soyons purement « passifs >•> à la lecture de ses œuvres. Sans cloute il nous instruit en nous distrayant, mais il veut aussi que cette distraction impli(jue un peu d'effort et que, derrière la lettre^ n'ius, sachions. y.oir l'esprit :
Il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser'.
Telle est la récompense qu'il promet à ses lecteurs. On le voit, ses fables et ses contes contiennent toute la comédie humaine. Il perçoit les faits avec un œil d'artiste et de psychologue. Donnez-lui des intentions mauvaises, il s'empressera alors de vous répondre : « Honni soit qui mal y pense ! »
C'est par goût et par vocation, pour ainsi dire, qu'il s'intéresse à ces (' récits », qui nesontc|ue« sornettes »,et à ces vains traits, (( criminelles douceurs » , d'une âme particulièrement fine et délicate.' Ses sous-entendus sont des chefs-d'œuvre de délicatesse et de bon sens. Ils constituent la seule complication théâtrale en harmonie avec^ son caractère, en même temps qu'ils décèlent une nature des plus intellectuelles et des plus avides d'émotions artistiques.
1. T. III, p. 8j, liv. X, fable XIV. Discours à M. le duc de la Rochefoucauld.
^) J^^£SJI}ifU^£^ ^^ ^^ ^^''^ chez La Fontaine. — Dès (iiicnous parlons d'auteur comique, nous avons pris l'habitude de jeter immédiatement les yeux sur jMolière, sans nous soucier autrement des fables du Bonhomme. Elles constituent pourtant une ample comédie en cent actes divers. Molière n'a jamais mieux saisi les ressorts intimes du rire que ne Ta fait Jean de La Fontaine. Nous trouvons tendues, dans l'œuvre de celui-ci, toutes les cordes du « l'ire » que Thomme peut faire vibrer.
Jean possède à un très haut degré d'intuition et de finesse le sens du comique. Cela se comprend d'autant mieux que sa iiiuralo est joyeuse, « ensoleillée' » ; que, jusqu'à ses derniers jours presque, il s'est montré un optimiste.
Le rire, le comique est ce qu'il y a de plus nécessaire, de plus bienfaisant à la nature humaine. Le rire « c'est le soleil de la vie », ajoute La Fontaine. Tout le monde a ri et rira. Le philosophe le plus exercé ou le psychologue le plus maître de lui-même peut parvenir, par une éducation tenace, à contenir « ses larmes » ; mais il lui est beaucoup plus difficile de maîtriser ses réactions joyeuses et hilarantes. Sans craindre de se tromper, l'on peut l)ien dire du rire ce que Krafft-Ebbing'^ a dit de nos jours de l'amour : « Quiconque ne rit pas ou ne sait pas rire, sera un phihstin toute sa vie». N'oublions pas cependant que les gens qui rient à tout propos sont des malades.