T. H. p. 471 : Discours n M"" de La Sablière
2. T. I, p. 81 : liv. I, fable Vlll. l'Hirondelle et les Petits Oiseaux.
3. T. II. p. 150 h lo4 : liv. Vil, fable X, la Laitière et le Pot au lail.
d'imagination et de rêve est parfait en lui-niênie. Une imagination fallacieuse en a assuré tous les frais. Le point de départ est toujours réel et justifié : ici c'est un pot au lait. Mais bientôt le point initial a disparu, et l'imagination continue sa course folle à travers la chimère. Arrivé au terme de cette escapade de l'esprit, le dénouement agréable ou pénible nous excite dans tont notre corps, et le réveil nous replonge dans la réalité. Le faljuliste ne se gène pas pour dire que l'imagination spéculative se rencontre chez tous les hommes :
Quel esprit ne bat la campagne?
Qui ne fait châteaux en Espagne y
Autant les sages que les fous, Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ^.
Aux sensations, aux passions, à la mémoire et à l'imagination, il faut un régulateur, une puissance intelligente qui associe et dissocie, selon le cas, notre vie de l'esprit. 11 faut un chef qui commande, ordonne, et ce chef, c'est « la volonté ».
La volonté, cause et moteur d'un grand nombre d'actions, est tantôt i-econnue intégrale et libre par La Fontaine, et tantôt réduite à l'état de puissance secondaire, dont les actes sont prévus et prédéterminés. C'est dire qu'il est tantôt partisan du « libre arbitre » et que tantôt il admet, au contraire, un « déterminisme » rigoureux, qui ne s'écarte pas beaucoup du fatalisme proprement dit.
\. T. II. p. l.iO ;'i 154 : liv. Vil, Cable X. /« Lailière el le Pol au lai/.
loO .)EAN DE LA FuNTALNE
Prenons-le h la phase où il est partisan du libre arbitre.
La volonti' nous délermiiic, Mais non rolijet ni rinslincl'.
La volonté est libre. Son action est finie, supérieure et délicate. C'est elle qui fait que je « sens «en moi un « certain agent » qui me rend libre et maître de moi-même; sans la A'olonté, je ne serais rien; les animaux me seraient supérieurs. Mais, grâce à elle, je suis un homme vraiment conscient :
Tout obéit dans ma macliine A ce principe intellii,'ent-.
Conmient procède la volonté })our entrer en activité ?
Elle actionne les esprits animaux, qu'elle conduit dans le cerveau, pour qu'ils puissent « s'y filtrer» et y reconuaitreles traces qu'ils y ont laissées -^
Voici maintenant que ce principe i^la volonté), qui se distingue nettement du corps, à qui il commande, sans savoir comment celui-ci procède, devient un agent impuissant dans bien des circonstances de la vie. Jean est devenu fataliste.
Notre existence est tracée d'avance : volonté, prières, supplications ne changeront pas la façon de vivre, ni le caractère, ni les habitudes d'un mortel, quel qu'il soit, surtout si « r(Hoffe » a pris son « pli >>. Quoiqu'on fasse, l'être est coulé d'avance et, quoi (pi'il fasse, il faut qu'il accom-
1. T. Il, p. 470 cl puiv. : liv. IX, DIscoids à M""" de La Salilii-re.
■2. Ihid.
3. Ihiil. Voir aussi Di.siah ii;s, Digcmirs de la Mél/iade, p. 34.
SA rsYCIloLôGIE 151
plisse son lioroscupe. C'est dire qu'il est impossible de réformer le caractère ou le uatui'el d'un individu :
(Jiuji (lu'iin fasse.
Propos, consi-il. enseignement, llien ne change un tempérament '.
A un troisième uiomeut de sou existence, il attémie un peu sou opinion : il croit, dans ce cas, que la volonté, le vouloir peut agir dune manière efficace sur le caractère elles mauvaises habitudes. Le fataliste est devenu, un « déterministe » modéré, rationnel et scientifique, disonsnous aujourd'hui. Il regrette alors beaucoup d'être un faible de caractère ; il se plaint mélancoliquement de sa conduite à M""" de la Sa))lière.
11 proclame liautement une certaine liberté et avoue qu'il est seul responsable de tous ses errements. Comment mo«lifier son caractère? La chose est pourtant possible, quand on le veut. Et .Jean trouve maintenant le meilleur moyen de parvenir au but. L'on ne saurait se réformer en un jour^'. Il faut donc du tem})s et de la patience : il convient de ne combattre que l'une après l'autre ses mauvaises habitudes. Cette tactique prudente et sage est, sans aucun doute, la meilleure en pareil cas. Il est prcjbable, sinon certain, que La Fontaine, ne l'a pas apphquée sur lui-même, ou, s'il l'y a appliquée, ce fut durant peu de temps, car, dans une autre circonstance, il change encore d'avis ; il estime alors que l'on doit '< se corriger » quand on est jeune, parce que, dès que l'âge mûr arrive, il est presque toujours trop tard pour le faire.
i. T. II, p. 292 et suiv. : liv. VIII, fable XVI, l'Horoscope.
2. T. Il[, p. 12-i : liv. XI, fable V, le Lion, le Si/if/e el les Deux Anes.
Eu résumé, Jeau reconuait toujours l'actiou efficace de la volouté, lorsqu'il s'agit de réformer des habitudes banales.
Mais il montre nettement qu'elle est impuissante, dès qu'elle exerce son pouvoir sur le tempérament et le naturel acquis ou innés. En définitive, il la croit tantôt capable de modifier le caractère acquis, les habitudes prises, tantôt impuissante aie faire, selon qu'il est dans la passe d'optimisme ou dans lapasse de pessimisme.
La volonté est l'écononde de l'effort. C'est par la volonté que nous acquérons des habitudes. L'habitude rend de plus on plus faciles et aisés nos actes physiques ou ■psjTliiques. Cette répétition incessante de la môme action, crée « l'accoutumance » et nous fait prendre le « [di ». De la sorte, tout nous semble réalisable et n familier ^ ». L'homme })0ssède une très grande plasticité. Il peut s'habituer indifféremment au mal comme au bien, à la paresse comme au travail. La volonté conduit h l'habitude. Celle-ci s'exerce de diverses manières. Telle figure humaine ])eut me paraître, pendant quelque temps, repoussante, répugnante même ; mais la vision s'y accoutume bien vite et la répulsion de la première heure s'atténue peu à peu.
I']l peut-ètip i\\\r raccoutuinauce ell'ara, ù la lin, une partie de la laideur du nouvel esclave 2.
^Nlais l'esprit, toujoiu's en éveil, toujoiu's en muuveuient, épuise vite l'individu. Cette activité permanente, cette attention toujours tendue, cette A'olonté toujours agissante provoquent la fatigue, c'est-à-dire le sommeil. Les « nerfs