CHAPITRE VII SA MENTALITÉ
1. La Fontaine, sa famille et ses amis. — Parvenus à l'une des étapes les plus importantes de notre investigation psychologique, il nous reste maintenant à synthétiser avec minutie les conclusions partielles que nous avons déjà formulées, au fur et à mesure des circonstances, si nous voulons connaître avec précision le cliemin que nous avons parcouru. Les conclusions partielles déjà acquises, jointes à d'autres faits et à d'autres détails, nous donneront « l'état mental et le caractère de La Fontaine », dans les limites du possible.
La Fontaine, soit au titre d'écrivain, soit en tant qu'homme privé, a tantôt suivi et imité les goûts do son siècle et tantôt, au contraire, obéi à son inspiration et ii son imagination originales. Examinons brièvement quelles sont les influences qu'a pu subir, dans ce sens, la mentalité du fabuliste.
Il est, certes, de son temps, lorsqu'il se laisse héberger par les grands, et lorsqu'il remplit l'emploi de gazetier
auprès d'un seigneur inllucnt et d'une dame en renom. Il est do son temps, lorsqu'il brûle, devant le roi tout-puissant, qu'une armée de courtisans assiège sans cesse, tout l'encens qu'il possède <( dans son magasin' ».
Il est encore de son temps lorsqu'il déclare et écrit que le.mariage n'est bon que pour certaines gens, c'est-à-dire pour les (' manants ■» et les « pieds nus ».
Il n'est plus de son époque, quand il s'adonne au libertinage; quand il persifle la religion et les prêtres ; quand il s'habille grossièrement, alors qu'autour de lui tout resplendit d'élégance ; quand il critique avec véhémence l'enseignement pompeux et vain des maîtres de son époque ; quand il dénonce l'arbitraire de la justice ; quand il dédaigne les hautes places et les honneurs du monde qui l'entoure.
Par contre, l'écrivain appartient presque tout entier au « moment ». Il s'est nourri des Anciens, il les a imités ainsi qu'il était de mode alors. Nous ne voulons pas dire, par là, qu'il n'ait pas dépassé ses modèles î
Son originalité d'écrivain provient aussi un peu du genre qu'il s'est choisi. L'apologue, en effet, était peu ou pas apprécié au xyif siècle. Boileau n'en dit mot dans son Art poétique. En tout cas, nous savons que le roi n'aime point la fable.
Malgré ces influences diverses, les tendances propres (lu fabuliste n'en ont pas été trop entamées : tout en inclinant vers les habitudes de son époque, il a su rester assez lui-même pour ainsi dire et garder son originalité. Il a su se créer une œuvre toute sienne, parce que, en dépit de l'influence de la civilisation de son époque et de