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I. — FORTUNE NATIONALE

Qu’appelle-t-on la richesse d’un pays? C’est, en dehors des biens nationaux, du domaine public, l’ensemble des fortunes de ses habitans additionnées entre elles et qui comprennent la propriété du sol, divisée entre les particuliers ou les sociétés privées qui l’occupent, avec le tréfonds d’une part et les constructions érigées sur la terre d’autre part; ce sont les biens meubles de toute nature que possèdent les mêmes habitans. Dans l’énumé-

ration des objets mobiliers, il faut prendre bien garde aux doubles emplois. On ne saurait par exemple compter comme fortune publique les titres de rente émis par le Trésor et qui, s’ils forment une partie de l’actif d’un certain nombre d’individus, constituent une charge équivalente pour l’ensemble de la nation, tenue d’en acquitter annuellement les intérêts et d’en rembourser un jour le capital. Il en est de même pour les titres émis par des sociétés industrielles, les chemins de fer, par exemple, qui ne doivent pas être considérés comme formant u/n actif s’ajoutant à celui que constituent les propriétés qui sont à leur base. Le census américain, c’est-à-dire l’évaluation officielle de la richesse des Etats-Unis, est, sous ce rapport, plus logique que la plupart des statistiques européennes : il ne tient compte que des élémens en quelque sorte visibles, tangibles, et se borne à les additionner, sans faire entrer en ligne les valeurs mobilières représentant un certain nombre des élémens qui figurent dans le recensement. Si celui-ci a été opéré d’une façon logique, les fonds d’État et les autres titres étrangers, actions et obligations, sont les seules valeurs mobilières qui doivent y figurer, parce qu’ils représentent une créance sur le dehors, ou une part d’actif dans des entreprises qui ont leur champ d’action au delà des frontières et n’ont point été comprises dans l’inventaire dressé d’après le principe que nous venons d’exposer.

Un statisticien, s’inspirant en partie de ces idées, est arrivé à l’évaluation suivante de la fortune française :

Milliards

de francs.

Propriété agricole non bâtie (dette hypothécaire non

déduite). 75,5

Animaux de ferme..*. 5,8

Matériel agricole. 1,8

Semences et fumiers. 1,3

Propriété bâtie (déduction faite de la dette hypothécaire qui est représentée par des valeurs négociables sur

le marché public)..' 60,8

Entreprises industrielles et commerciales. ...... 28,1

Valeurs mobilières françaises. 66,4

Valeurs mobilières étrangères . 38

Numéraire : or et argent. . ’.. 8,7

Objets mobiliers, effets personnels, bijoux. 20,2

Automobiles, chevaux, voitures. 2

A reporter. .... 308,6

Milliards do francs.

Report . 308,6

Moins la somme des valeurs mobilières représentant les entreprises industrielle^ et commerciales qui figurent directement dans le. tableau ci-dessus. 21,6

Ce chiffre de 287 milliards devrait encore être diminué des •dettes hypothécaires qui grèvent la propriété agricole et la propriété bâtie, en dehors de celles qui correspondent aux obligations du Crédit foncier de France. Même après que cette soustraction aurait été opérée, le chiffre serait notablement supérieur à celui que donne la méthode dite de Y annuité successorale : cette dernière repose sur l’idée que, dans une période déterminée, toute la fortune des particuliers a passé d’une génération à la suivante : dès lors, connaissant la somme des biens dévolus par succession au cours d’une année, il ne restera plus qu’à déterminer la durée au bout de laquelle la mutation sera complète, et à multiplier la première par la seconde. Si, par exemple, la somme des héritages d’une année est de 6 milliards et qu’on admette quarante ans comme survie moyenne des héritiers, on en conclura que la fortune de la France s’élève à 240 milliards de francs.

Plusieurs autres méthodes ont été employées. Parmi les évaluations qui ont été tentées de la fortune anglaise, nous reproduirons celle de M. Chiozza Money, qui a cherché à en -établir le capital d’après les revenus atteints par YIncome tax (impôt sur le revenu). Les chiffres s’appliquent à l’année 1902.

^ . y j. Milliards

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