Fortune que des Anglais possèdent à Vétranger
s) Titres étrangers, indiens, coloniaux, d’après le revenu
capitalisé à 4 pour 100.. 18^
t) Autres placemens dans l’Inde, aux colonies, à l’étran¬
ger, d’après le revenu capitalisé à 5 pour 100. ... 17
ic) Autres capitaux placés à l’étranger. 10
De ce chiffre il convient de déduire les dettes publiques. 31 Ce qui nous conduit à un total de.292
Cette méthode, consistant à remonter du revenu an capital? qui le produit, est toute différente de celle qui cherche à évaluer directement le capital. Cette dernière met en œuvre généralement les renseignemens fournis par les administrations fiscales de pays qui, comme la Prusse, ont un impôt sur le capital, tandis que la Grande-Bretagne ne connaît que la taxe sur le revenu : les chiffres très précis et très détaillés que fournit l’assiette de YIncome tax permettent d’opérer comme l’a fait M. Ghiozza Money. La difficulté de son œuvre consiste dans la détermination du mode d’après lequel il convient de capitaliser les divers revenus. On remarque h cet égard des écarts énormes,,
depuis le taux de 4 pour 100 applique aux placemens en fonds publics jusqu à celui de 20 pour 100, qui est admis pour les forges, les usines métallurgiques, les mines et carrières.
Les Américains ont procédé par voie d’évaluation directe. D’après le census de 1904, la fortuné des États-Unis se décomposait comme suit :
Milliards de francs.
Propriété foncière taxée. . ..291,2
Propriété foncière non taxée. 36,4
Bétail. 20,8
Outillage des fermes. 5,2
Espèces monnayées et lingots d’or et d’argent. 10,4
Machines, instrumens. 15,6
I Chemins de fer (y compris l’équipement). 57,2
Tramways. 10,4
Télégraphes. 1
Téléphones. 3,1
Matériel roulant appartenant à des particuliers. ... 0,5
Navires et canaux. 4,7
•Compagnies d’eaux. 1
Installations électriques. 3,1
Produits agricoles. 10,4
Produits manufacturés. 36,4
Marchandises importées (en douane).. ! 2,'6
Produits miniers. 2,1
Vêtemens et objets personnels. 13,5
Mobilier, voitures. 31,2
Cette évaluation ne comprend pas les valeurs mobilières, <parce que les objets que représentent les actions sont tous énumérés, et que les créances sur le gouvernement ou les indigènes ne sont pas considérées, par les statisticiens américains, comme un actif national, la dette qu’elles constituent devant être envisagée comme un passif à déduire de la fortune publique. D’autre part, le portefeuille de valeurs étrangères possédées par des sujets américains est jusqu’ici peu important, et n’est qu’une quantité négligeable dans l’ensemble. Les entreprises commerciales et industrielles, qui figurent sous une rubrique distincte dans les tableaux français et anglais, sont réparties, par la méthode américaine, entre les chapitres de la propriété foncière, des machines et instrumens, des installations.
^Le rapprochement des statistiques française et américaine' fait comprendre pourquoi celle des deux nations dont la richesse est la moindre, a une puissance financière plus grande, tout au moins au point de vue international : elle a plus de disponibilités que les États-Unis, notamment sous forme de ces valeurs étrangères qui constituent, avec le numéraire, le capital mobile par excellence. Il convient en effet, lorsqu’on cherche a supputer la fortune publique, non pas seulement au point de vue statique, mais au point de vue dynamique, de considérer la facilité plus ou moins grande avec laquelle les él>émens de la richesse peuvent être maniés par leurs 1 propriétaires. Or les rentes, actions et obligations étrangères possédées par les habitans d’un pays leur permettent à tout moment de faire rentrer du numéraire en opérant des ventes sur les marchés du dehors. L’exemple de la guerre de 1870 a été maintes fois cité : pour payer à la Prusse l’indemnité de 5 milliards, la France a réalisé à Londres, à Berlin, a Rome et sur d’autres places, des quantités considérables de valeurs qu’elle avait acquises au cours dés années prospères du second Empire. Les 38 milliards de titres étrangers qui figurent aujourd’hui dans notre inventaire national et dont la plupart sont négociables en dehors de notre territoire, sont une ressource précieuse, très différente, au point de vue qui nous occupe, des valeurs indigènes, qui n’ont en général de marché qu’à l’intérieur des frontières. En cas de crise, la vente de ces valeurs ne correspond qu’à un échange entre Français, qui peut déplacer le capital disponible, mais qui n’en augmente pas la quantité : il en est autrement lorsque l’aliénation s’opère sur des places étrangères (1).
Une comparaison de la fortune française avec la fortune allemande nous amène à des conclusions identiques. De grands écarts se sont manifestés entre les évaluations de cette dernière.
(1) Remarquons à ce sujet, 'qu’il n’est pas indifférent, lorsqu'on admet une valeur étrangère à la cote, de s’assurer qu’elle se négocie dans le pays d’origine et qu’elle y est l’objet d’un marché régulier. Lorsqu’en effet la totalité ou la grande majorité des titres d’une société, ou même d’un fonds d’État étranger, sont entre les mains d’indigènes, de Français par exemple, ces titres, au point de vue des disponibilités de la France, ne jouent plus le même rôle que les autres élémens du portefeuille étranger de nos capitalistes. Les revenus de l’entreprise ou les coupons payés par le débiteur augmentent bien nos ressources annuelles, mais l’absence d’un marché autre que le nôtre fait que nous ne pourrions pas, le cas échéant, écouler rapidement ces titres au dehors et nous créer ainsi des ressources venant s’ajouter à celles qui existent sur notre territoire.
On connaît bien, pour la Prusse, d’une façon assez précise, les fortunes supérieures à 20 000 marks (25000 fr.), grâce aux statistiques qui servent de base à l’assiette de l’impôt complémentaire^!) ; on n’a point de données pour les patrimoines inférieurs. D’autre part, les chiffres publiés par certains économistes, qui arrivent au total formidable de 445 milliards de francs, paraissent exagérés ; mais, en les réduisant même d’un tiers ou d’un quart, on voit que, dès maintenant, l’Allemagne est plus riche que la France. M. Steinmann-Bûcher considère le chiffre de 250 milliards de francs, avancé par M. Schmoller en 1902, comme très éloigné de la vérité. Voici comment il établit un montant bien supérieur, en évaluant sous six rubriques différentes les élémens de la fortune allemande :
1° Les propriétés mobilières et les immeubles , abstraction faite de la valeur du sol. —- Le total en est établi d’après les sommes pour lesquelles ces propriétés sont assurées contre l’incendie auprès de compagnies indigènes et étrangères, de mutuelles, d’établissemens publics. L’ensemble des polices, s’élevait en 1905 à plus de 200 milliards. Si certaines d’entre elles* dépassent la valeur réelle des objets assurés, le contraire est vrai dans beaucoup de cas. En outre, 25 pour 100 des meubles ne sont pas assurés et quelques centaines de petites unions d’assurances ne figurent pas dans la statistique officielle. D’ailleurs, le total de 1905 a dû s’accroître considérablement en 1912 et s’élève sans doute aujourd’hui, d’après notre auteur, à 225 milliards de francs.
2° La valeur du sol des villes et des campagnes. — Dans les agglomérations urbaines, il arrive que cette valeur dépasse celle des constructions édifiées sur lui. D’autre part, les terrains qui constituent la périphérie immédiate des cités ont une tendance constante à la hausse, alors même qu’ils servent encore à la culture ; car les produits qui s’y récoltent se vendent à des prix en progrès constant, grâce à la proximité de centres de consommation de plus en plus vastes. Le moment vient ensuite où l’extension des villes les transforme successivement en terrains q bâtir. Depuis 1871, le nombre des grandes agglomérations ne cesse d’augmenter chez nos voisins, et la proportion des habitans
(lj L’impôt complémentaire ( Ergaenzungssteuer) frappe les capitaux de toute nature à raison d’environ un demi pour mille; un projet récemment déposé au Landtag prussien propose d’élever ce taux d’à peu près un tiers.
qu’elles renferment grandit par rapport à la population totale.. C’est ainsi que sur 1 000 habitans :
En 1871. En 1905.
639 426 se trouvaient dans des communes au-dessous de 2 000 âmes,
124 118 — — de 2 000 à 5 000 âmes,
112 137 — — de 5 000 à 20 000 âmes,
77 129 — — de 20 000 à 100 000 âmes,
48 190 — — de plus de 100 000 âmes.
Il en résulte que la valeur du sol allemand ne cesse de s’élever, puisqu’elle est naturellement d’autant plus forte que l’agglomération est plus importante. Si la population de Berlin, qui a triplé depuis 1871, continue à se multiplier avec la même vitesse, d’ici à trente ans, cette capitale atteindra les dimensions de Londres et occupera un cercle de 15 kilomètres de rayon, et dont le sol vaudra 15 milliards de francs. M. Steinmann-Bucher compte le sol de Hambourg pour 5 milliards, celui des autres villes allemandes, de plus de 100 000 habitans, pour 32 milliards de francs. "En y ajoutant les cités de moins de 100000 âmes, il fixe à 62 milliards la valeur du sol des communautés urbaines, tout en déclarant qu’il regarde ce chiffre comme inférieur à la réalité.
En évaluant lés terres de la campagne à 60 milliards de francs, l’auteur prétend également être très au-dessous de la vérité : cela correspond à 1 200 francs environ l’hectare, alors que, selon lui, la valeur moyenne est supérieure : il donne certaines preuves à l’appui de cette assertion.
3° Le capital allemand placé au dehors et les fonds étrangers possédés par des Allemands. — En 1904, le mémoire préparé par /'Office impérial de la Marine évaluait à 11 milliards de francs les capitaux allemands placés au delà des mers. En 1906, M. Erich Neuhaus estimait à 20 milliards les fonds étrangers possédés par les Allemands. Steinmann-Bucher les compte pour 25 milliards.
4° Les chemins de fer possédés par les États, les mines domaniales, les bâtimens publics, les ports, les canaux, 42 milliards de francs ;
5° Les marchandises en cours de route sur voie de terre ou d'eau, les navires, 5 milliards ;
6° Les espèces métalliques, 6 milliards.
En récapitulant ces divers élémens, nous trouvons :
Milliards de francs.
On est surpris au premier abord par l’énormité de ce chiffre, -double de celui que l’on s’était habitué à considérer comme .représentant la fortune de l’Allemagne. A la réflexion, il se pourrait qu’il fût moins excessif qu’on ne serait tenté de le croire : la plus-value foncière a été particulièrement rapide et considérable chez nos voisins. Toutefois, là où M. Steinmann a probablement été trop loin, c’est dans l’évaluation de la propriété bâtie, considérée indépendamment du sol sur lequel elle a été édifiée, peut-être aussi dans celle des meubles, des terres agricoles et du portefeuille étranger. Même en admettant son chiffre jiour celui-ci, nous, constatons une différence avec notre pays dans les disponibilités allemandes, et avant tout dans celles qui sont représentées par les valeurs mobilières et le numéraire.
L’Allemagne, qui était jadis un marché important pour les Tonds d’État, qui, à une certaine époque, fut, avec la Hollande et l’Angleterre, le principal banquier de la Russie, ne joue plus aujourd’hui qu’un rôle secondaire sur ce domaine, et cela pour plusieurs raisons: tout d’abord, la place de Francfort qui, jusqu’à l’annexion prussienne en 1866, était un centre financier de première grandeur, a vu,, depuis lors, décliner le chiffre de ses affaires et la part qu’elle prenait aux grandes transactions internationales; plusieurs des maisons séculaires qui étaient à la tête de' la banque francfortoise et qui occupaient une situation prépondérante en Europe ont fermé leurs bureaux. Après 1870, Berlin parut un moment sur le point de devenir à son tour un
1. Propriété particulière en meubles et immeubles. . . 9 g Q j ( Terrains Urbains.
, < Terrains ruraux.
et sous-sol : ) ... i , , . ' '
( Mmes appartenant a des particuliers.