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POUR RÉPONDRE AU MONUMENT DE GUITON

S'il régnait en France un esprit politique, si nous pouvions être une République, la stupeur et l'indignation se fussent soulevées à la nouvelle qu'un monument à Jean Guiton, qui défendit La Rochelle contre Richelieu, allait être élevé dans cette ville et serait inauguré avec le concours des pouvoirs publics. Mais aucun mouvement révélant dans le corps de ce pays l'existence d'un système nerveux ne s'est produit et ne pouvaa en effet se produire; et l'entreprise de l'intérêt de parti et djs vanités particulières s'est jusqu'au bout accomplie.

LA POLITIdUE DE RICHELIEU 367

Presque dans le même moment, et comme par une revanche de la sagesse politique et du patriotisme, qui malheureusement n'ont leur entrée que dans les musées, on apprenait qu'une Salle Richelieu était ouverte au Musée de r Armée, où l'on montrait un canon aux armes de Richelieu que le Cardinal aurait lui-même pointé et tiré au siège de La Rochelle. Mais cet hommage rendu par un hasard intelligent aux bienfaits de l'État royal ne suffisait point. Il fallait à la mémoire de Richelieu et de Louis XIII une réparation délibérée par la raison et offerte par la volonté des patriotes.

H fut aussitôt décidé à la rédaction de la Revue Critique que dans la quinzaine même des fêtes ordonnées bien moins en l'honneur de Jean Guiton qu'en celui du démon de nos guerres civiles, un numéro serait spécialement consacré à Richelieu, en manière de cérémonie expiatoire. Il importait de purifier le cerveau français des vapeurs de l'encens impie brûlé à La Rochelle sur l'autel de la Discorde.

C'est de la raison bien plutôt que de l'éloquence sentimentale que se sont inspirées la composition et la rédaction de ce numéro. Car elle seule peut déjouer l'intrigue diviseuse ou oublieuse. A nous donc de nous expliquer.

Et d'abord ce numéro est dédié à Richelieu et non à Louis XIII. La personne de nos Rois s'efface naturellement derrière l'importance de la fonction royale et la grandeur de la Monarchie française. Quelque chose est plus grand qu'un Roi, c'est la succession de tous ces Pères de la Patrie. Le mérite personnel ne suffit pas à la tête de l'Etat ; il faut davantage : l'ordre de l'institution met le temps dans les intérêts du pouvoir et enchaîne en quelque sorte l'avenir. C'est en lui que les Rois sont grands. En sorte qu'en glorifiant le nom de Louis XIII nous eussions risqué d'amoindrir sa véritable grandeur. Mais en rendant hommage au nom de Richelieu, nous nous assurons de ne point faire tort à son Roi : car l'éloge du souverain s'associe naturellement à celui du conseiller qu'il a élu. Joint que, en ces jours troubles où le fanatisme de parti et l'ambition de quelques grands faisaient répandre le sang français par des mains françaises et contraignaient la monarchie à s'armer de toute

la sévérité paternelle, s'il y eut nécessairement des exécutions douloureuses, il est juste de garder au Cardinal qui, couvrant son Roi, assuma toute la responsabilité de la répression, toute la gloire aussi d'en avoir été le ministre.

Ce numéro est pour Richelieu, mais il n'est pas contre Guiton. Notre collaborateur François Renié traduira nos sentiments touchant le maire de La Rochelle. Nous tenons à affirmer, dès ce préambule, que si nous avions nourri contre la mémoire de Guiton le même ressentiment que contre un Coligny par exemple ou simplement contre les promoteurs d'une entreprise qui doit tourner, entre leurs mains, à l'injure envers la patrie et à l'apologie du crime d'Etat, nous ne nous serions pas contentés d'un peu d'encre répandue sur une centaine de pages. Nous eussions tenté d'abord de troubler cette cérémonie et puis de mutiler une effigie sacrilège. Mais la mémoire de Guiton est, pour nous, couverte par le pardon royal ; nous respecterons sa statue, détestant seulement une glorification qui eût indigné Guiton au service du Roi.

Nous respecterons sa statue, mais nous ne la saluerons point; rien, dans la vie de Guiton, ne lui a mérité les honneurs de la déification ; après avoir porté les armes contre l'Etat et soutenu la rébellion, il se rallia enfin à son devoir de sujet français et reçut, pour prix de son repentir, récompense généreuse et presque inespérée , du service dans la marine. Le beau trait de sa vie fut sa prise de commandement sur un vaisseau du roi ; or c'est à Richelieu qu'on doit en faire honneur. C'est donc à Richelieu que nous élevons notre pieux monument.

Ou plutôt nous relevons le monument édifié par ses propres mains. La base et la table de notre autel sont empruntées à Richelieu lui-même, étant tirées de son Testament, une des chartes de la Raison politique... Nos lecteurs se rappellent le commentaire de ce Testament qui leur fut présenté par Renié dans la Revue des lo avril et lo mai 19 lo. C'est la succincte Narration de toutes les grandes Actions du Roi, sorte d'Introduction au Testament que nous reproduisons

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