LES PRIVILÉGIÉS
rurales'; elle patronnait l'école ^ Il est vrai que, lorsque l'action administrative s'éloignait de l'individu, le rôle de l'aristocratie foncière diminuait. Toutefois, l'agent de l'administration du cercle, le conseiller provincial, bien que nommé par le souverain, était un membre de la noblesse locale. Les assemblées de cercle de la noblessi; conservaient leur vitalité. Enfin, dans l'administration provinciale ellemême, les chambres de guerre et des domaines étaient remplies des membres de l'aristocratie ^
L'État, satisfait des conquêtes qu'il avait réalisées au temps du Grand Électeur et de Frédéric-Guillaume I"', s'était arrêté avant d'avoir achevé son œuvre, et, par un revirement étrange, il semblait avoir employé tous ses efforts à conserver intacte la situation sociale de l'aristocratie à laquelle il venait d'arracher le pouvoir politique*. La nécessité de maintenir à l'aristocratie sa prépondérance sociale était devenue, en Prusse, un principe de gouvernement, et Frédéric II, qui se montrait, dans sa correspondance avec les philosophes, l'ennemi déclaré des préjugés, donnait lui-même la formule de cette conception. L'aristocratie faisait, à ses yeux, la force de l'État; la propriété foncière, son régime tel qu'il s'était constitué en Prusse, faisaient la force de l'aristocratie *.
Et cette double idée au service de laquelle les rois de Prii>>f lutltaient tous les moyens d'action du pouvoir le plus absolu, aboutissait ù la constitution d'une caste qui enserrait dans l'immutabilité d'une organisation fermée non seulement les personnes et les familles, mais les terres et le sol lui-même.
11 ne faut pas oublier que cette caste est fort peu nombreuse. On compte en Prusse, à la fin du xviii*' siècle, 9000 biens nobles ',
revenu, le propiioUiire noble ne paye que 28 1/3 pour 100. Bornhak, II, p. 245.
— Kn Prusse occidentale, ibid., p. :J IG.
1. BoRNUAK, II, p. 2S3. — Eknst Meieb, Die Reform der Verwaltungs-Organisatioii unler Steiii und llardenôerg, p. 123.