CARACTÈRES NOUVEAUX DU GOUVERNEMENT MONARCHIQUE
entre la situation qu'il s'était faite et ses ressources naturelles. C'est ce qui arriva sous Frédéric-Guillaume 11 '. Engagée dans la coalition contre la Révolution française, la Prusse dut s'en retirer au bout de quelques années, parce que les ressources financières lui faisaient défaut; elle n'en pouvait trouver ni à l'intérieur, où elle avait atteint la limite infranchissable, ni au dehors en engageant l'avenir; son crédit était nul ^ A l'intérieur, l'abandon du système fiscal de Frédéric H fut imposé à son successeur, dès le lendemain de l'avènement, par un véritable mouvement d'opinion ^
Si l'excès des charges du recrutement * n'aboutissait point à des conséquences aussi palpables que l'excès des charges financières, on peut cependant les mesurer à quelques chiffres. A la Un du règne de Frédéric-Guillaume 11, l'armée était de 230 000 hommes. L'effectif présent sous les drapeaux, en temps de paix, était réduit par les congés, d'un peu plus du tiers. C'était eiicore, pan-apport à la population, une proportion de 1,765 pour 100. En déduisant les mercenaires étrangers, la proportion était de 1,5 pour 100. A l'heure actuelle, l'effectif de paix de rEm|)ire allemand est, à peine, par rapport à la population, de plus de 1 pour 100.
Les conséquences de ce surmenage national * devinrent d'autant plus apparentes que la Prusse eut, à celte date, à accomplir, à l'intérieur, une tache qui eût sufli à absorber toutes les forces, à tendre tous les ressorts, même d'un gouvernement sain, valide et bien constitué. Les deux derniers partages de la Pologne; le retour à la branche ainée des Hohenzollern des duchés franconiens; les indemnités de 1803 ; roccu[)ation du Hanovre, enliii, en 1806; tous ces accroissements qui avaient, par un singulier contraste, marqué chacune des défaites diplomatiques de la Prusse, avaient étendu démesurément son territoire °.
L'administration prussienne d'ancien régime avait encore, lors de l'incorporation de la Silésie, donné des preuves incontestables de
d. Philippson, I, pp. 28, 449; II, pp. 104, 108.