RÉSULTATS DU CONFLIT
au sein duquel elle s'était développée \ Au déclin de la féodalité, l'Europe avait vu se constituer, par le travail des siècles, des monarchies plus ou moins centralisées, où l'idée de la souveraineté moderne, au moment même où elle se formait, s'était incarnée dans la personne du monarque. Alors que ce travail de centralisation monarchitjue produisait ses pleins effets, alors que le nouvel état social atteignait en France son apogée, l'Allemagne était restée en dehors de ce mouvement *. Les traités de Weslphalie avaient constitué, dans le vieux monde germanique, ce que les écrivains d'aujourd'hui appellent un « marais' » de décentralisation, ce que les petits souverains, les principicules qui bénéficiaient d'un si lamentable état de choses, appelaient la liberté germanique*, décorant ainsi d'un beau nom une anarchie tous les jours plus irrémédiable.
Tandis que l'Allemagne se trouvait ainsi réduite à l'impuissance, l'Électeur de Brandebourg avait réussi, au milieu du xvn^ siècle, à asseoir dans ses États le pouvoir monarchique. Au milieu de ce territoire démembré de l'Empire, au milieu de ces petits États oligarchiques, vivants témoins de la conception féodale, incapables de concevoir ou de satisfaire les intérêts généraux, le Grand Électeur avait constitué l'État moderne ^ Il avait créé, dans ce milieu d'impuissance et d'anarchie, une force organisée réelle ', «jui s'employa à défendre au dehors les intérêts généraux de la collectivité, à déve-
1. Phiuppson, Geschichte des preussischen Slaalswesens, I, p. 2.
2. Droysen, m, 11, p. 372. — Ranke, Zwiilf Bûcher prussischer Geschichte^ Eingang, xvii, xx. — Bornbak, I, pp. H3,116, 248. — Ni le tout ni les parties n'étaient des États. Piulippson, I, p. 3.