NAPOLÉON EXIGE LE RENVOI DE HARDENBERG
le baron de Stein ». On conçoit aisément que l'Empereur recommandât Schulenburg, qui allait devenir, quelques mois plus tard, après avoir abandonné la Prusse en détresse, ministre du roi Jérôme. Il n'est pas surprenant qu'il désignât Zastrow, qui venait d'appuyer, jusqu'à la dernière heure, dans les conseils du roi de Prusse, la politique de faiblesse et d'abandon. En recommandant Stein, l'Empereur se fourvoyait certainement. S'il l'eût connu, il n'eût pu trouver grand avantage à écarter Hardenberg pour lui faire place.
Mais il le connaissait peu et mal. « Prenez le baron de Stein », disait-il, « c'est un homme d'esprit *. » Or Stein n'était rien moins qu'un homme d'esprit * au sens où nous l'entendons. C'est par des qualités qui sont la négation même de l'esprit qu'il a frappé ceux qui l'ont connu. Le duc de Rroglie, qui le vit à Coppet, peu après les événements de 1815, l'entendit épancher sans aucun à-propos ses amertumes et ses déceptions de patriote allemand dans des oreilles françaises ^ Il est vrai que, pour Napoléon, l'homme d'esprit était celui qui comprenait et servait ses desseins. Mais ce genre d'esprit ne manquait pas moins que l'autre à Stein ; l'Empereur ne tarda pas à le reconnaître.
Au lendemain de la campagne de 1807, c'était Hardenberg qu'il voulait écarter. Celui-ci se résolut au départ; le (5 juillet \ il vit une dernière Ibis le roi et là, investi encore de toute sa conliance, il arrêta de concert avec lui, et réussit à lui faire adopter les résolutions qui réglaient l'avenir immédiat et qui allaient préparer l'avenir lointaiji de la Prusse. Comme Napoléon, mais avec plus de clairvoyance, il conseilla à Frédéric-Guillaume de rappeler Stein pour lui conller la direction des affaires ^ et d'oublier ses griefs.