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LE RAPPORT DE SCHÔN

C'était là sans doute des réformes importantes *; elles étaient toutefois de nature à ne produire que des résultats lointains. Le libre commerce des terres ne pouvait amener qu'à la longue un changement de propriétaires et la disparition en fait du privilège de la noblesse.

Quant à la suppression de la sujétion héréditaire, elle donnait bien au paysan le droit, qui lui avait manqué jusqu'alors, d'échapper par l'émigration à l'oppression qui pesait sur lui. C'était un progrès; mais, outre ([u'il ne pouvait du jour au lendemain, dans cette société où chacun avait sa place marquée, trouver facilement à s'établir en dehors du coin de terre où il était né, sa situation, s'il restait, était peu modifiée. Il est vrai qu'il devait être affranchi de la domesticité obligatoire; mais il demeurait un élément de l'organisation du bien noble, accablé par les charges et les services dont il était grevé, n'ayant pas plus que par le passé de droit héréditaire sur sa tenure.

Il n'est pas sans intérêt de rapprocher les premières idées de réformes en Prusse, des premières mesures prises par la Révolution française dans la nuit du 4 août. La constitution de la propriété, l'état d'oppression de la population rurale n'étaient pas comparables dans les deux pays. L'Assemblée constituante était en présence d'un -état social beaucoup moins contraire aux idées de liberté et d'égalité. Elle avait moins à faire que les réformateurs prussiens; elle fit plus*. Elle ne s'était pas bornée à supprimer la servitude personnelle. Elle avait, il est vrai, essayé d'établir une distinction subtile et qui ne put être maintenue entre les charges féodales. Mais, déjà dans ce premier effort, toutes celles qui tenaient à la mainmorte personnelle ou réelle, à la servitude personnelle, avaient été abolies sans indemnité. Le projet de Schôn faisait seulement disparaître la servitude

1. Voir aussi Vindu/t, la suspension des délais de payement accordée aux propriétaires nobles et à lafiuclle Schôn propose de mettre un terme. Pertz, II, p. 16. — Seeley, Life and Thiips of Stein, 11, p. 135.

2. Zu Schutz und Trutz am Grabe Schôn's, p. 60. — Voir, Aus den Papieren Sciiôn's, I, p. 55, cette théorie que lu Prusse a réalisé pacifiquement ce que la Révolution française a accompli violemment. — Voir encore Aus den Papieren Schôn's, I, pp. 42, 55; IV, p. 36. — Zu Schutz und Tt-utz am Grabe Schôn's, pp. 198, 252. — Voir particulièrement Seeley. Mal^'ré l'elTort qu'il fait pour dissiper les erreurs d'appréciation auxquelles a donné lieu l'édit du 9 octobre 1807 et pour en préciser la portée, il l'exagère encore, lorsqu'il écrit : « Now Stein's Edict altered the nature of thèse services and abolished the most oppressive -, Seeley, /,i/e rt nci Times of Stein, I, p. 434 — Voir surtout l'assimilation inadmissible entre l'édit du 9 octobre 1807 et la nuit du 4 août; ibid., Il, p. 173.

personnelle, qui s'appelait en Prusse la sujétion héréditaire. Il faisait disparaître, avec elle, le service obligatoire des fils de serfs dans la domesticité du seigneur. Mais il demeurait bien en deçà des décrets du k août en ce qu'il respectait toutes les conséquences pratiques de cette servitude dont il édictait la suppression théorique. Il laissait intactes la constitution du bien noble, les charges de tous genres, l'oppression dont vivait la noblesse.

Si la portée de ces mesures était limitée, l'idée n'en était pas non plus nouvelle*. Les rois de Prusse avaient plus d'une fois, dans le cours du xvm" siècle, tenté de supprimer la sujétion héréditaire. Ils y avaient à peu près réussi sur les domaines royaux et, depuis l'avènement de Frédéric-Guillaume III, la suppression complète de la sujétion héréditaire, même sur les biens nobles, avait été étudiée sous toutes ses faces. Le projet était dans tous les esprits et la solution semblait mûre. En même temps que Schôn rédigeait son mémoire à Memel, Schrôtter faisait, de Kônigsberg, des propositions toutes semblables *. Wilcken, Morgenbesser ^ dans les rangs inférieurs de la hiérarchie administrative, les avaient prévenus. Schôn, d'ailleurs, a reconnu dans ses mémoires, se contredisant quelque peu lui-même, que tous les esprits étaient préparés même avant la catastrophe de 1806 \

Il n'avait manqué, pour que la réforme fût réalisée plus tôt, que l'impulsion décisive. Les événements et les désastres de 1806 suppléèrent, en la déterminant, aux lacunes de la volonté royale ^ Peutêtre aussi l'obstacle élait-il venu d'un pressentiment vague, mais juste. La suppression de la sujétion héréditaire ne pouvait être que le commencement d'une transformation sociale, dont on ne mesurait point encore exactement l'étendue et les conséquences, mais que la noblesse, encore puissante; dans l'État, redoutait singulièrement.

Le 23 août*, le roi, dans un ordre de cabinet écrit de sa main,

1. Voir les conlradiclions de Scliôn avec lui-ni<^iiic sur ce point. Leiimann, Kneseherk und Sr/iiin, pp. lOi, lOîi, lOti. — Ans den l'npieren Sc.iiôn's, I, p. 41.

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