LE « ROCHER DE BRONZE
loppée l'évolution commencée au milieu du xvii« siècle. Les premiers résultats atteints avaient permis d'en poursuivre et d'en atteindre d'autres, et le développement continu de l'organisation monarchique avait, suivant l'expression de Frédéric-Guillaume lui-même, établi la souveraineté comme un « rocher de bronze * ».
Et ce n'est point par hasard que celle phrase, jetée un jour par Frédéric-Guillaume 1" sur la marge d'un rapport, est devenue l'une des formules de l'histoire politique de la Prusse. L'œuvre du second roi de Prusse n'a pas seulement déterminé pour une longue période l'avenir de l'État prussien *; elle a imprimé au caractère prussien plus d'un de ses traits légendaires ^ et délhiilil's : sa rudesse * et cet esprit de discipline étroite qui fait partout sentir la règ\e^ {die preussische Zucht), — cette individualité nationale, souvent isolée au sein de l'Empire, souvent odieuse " au reste de l'Allemagne, mais qui fut enlin le rocker de bronze sur lequel s'est assise l'unité allemande.
Si fermement cimenté que fût cet organisme de l'administration monarchique par lequel le pouvoir royal avait achevé de mettre la main sur l'administration des provinces, il s'était plutôt superposé ' à l'ancien état de choses qu'il ne l'avait pénétré ou détruit. Il avait repoussé l'oligarchie de la situation dominante et supérieure qu'elle occupait. Aux échelons inférieurs, elle demeurait maîtresse.
La constitution politique élémentaire de la société ne s'était point modidée. Elle restait la même qu'au temps de la guerre de Trente ans et du Grand Électeur. Les petites communautés rurales étaient comme auparavant dans la dépendance étroite de l'aristocratie foncière. C'est
1. « Ich komme zu meinem Zweck », écrit Frédéric-Guillaume I»' en 1716, « und stabiliere die Souvemnetût und seize die Krone /'est wie einen « Rocher von bronce. >» (Maryinale an die Commission.) Telle est la phrase historique. DaovsEX, IV, ii, p. 197, note 1.