BoKNHAK, I, pp. 247,253, 254; II, p. 13U
à peine si les premiers éléments de la commune rurale existaient *. Ce qui en tenait la place c'était les seigneuries patrimoniales, les biens nobles, ces domaines sur le territoire desquels l'oligarchie confondait, comme aux temps féodaux, toutes les attributions de la souveraineté avec les droits du propriétaire.
Chaque seigneurie patrimoniale formait un État dans l'État. Le seigneur y détenait le pouvoir judiciaire et l'administration de la justice, y répartissait et y percevait l'impôt, y exerçait, sous le nom de pouvoir de police *, l'action administrative proprement dite, comme la police judiciaire. L'habitant était le sujet du seigneur et non celui de l'État. Au dernier degré, là où l'individu entre, sous toutes les formes, en contact direct avec la puissance publique, il ne la connaissait, en dehors des grandes villes, que sous la forme et par l'intermédiaire obligé du seigneur, du grand propriétaire foncier, propriétaire noble du bien noble ^.
Ainsi, aux deux extrémités de l'échelle politique, on rencontre, par le contraste * le plus singulier, deux conceptions absolument contradictoires et dont l'antinomie semble irréductible : en haut, toute la rigueur de l'absolutisme monarchique, en bas, tous les éléments constitutifs d'une oligarchie féodale ^
C'est là, à cette date, le caractère tout à fait à part, peut-être unique, du régime politique de la Prusse. Les traits en sont restés durables et n'en sont point encore effacés.
Entre cet « État patrimonial ' », ces biens nobles où roligarchie demeure souveraine, et l'État monarchique avec ses chambres provinciales et son absolutisme superficiel, quelle est la transition, quel est le lien? C'est un type d'organisation politique à part, qui réserve aux degrés inférieurs de la hiérarchie administrative, une large part d'autonomie à l'aristocratie foncière. C'est une création toute originale, toute prussienne, comme l'opposition qu'elle a pour mission d'atténuer ', c'est la constitution du cercle.
1. BoMMiAK, II, pp. 8, 9, H2.— EiiNST Mkieh, We Heform der VerwaUung3'organiuttiiin unirr S/pin und llardenberq, p. 115.