EXTENSION DE LA CONSTITUTION DU CERCLE
sait le pays, sans en tirer pour l'État les ressources qu'il pouvait produire, les abus criants de la répartition de l'impôt direct, dont la noblesse était cependant censée payer sa part, déterminèrent bien vite Frédéric II à opérer une transformation radicale. Un travail analogue à celui qui avait modifié l'assiette de l'impôt direct dans le reste du royaume, une revision du cadastre, une évaluation nouvelle des parcelles furent réalisés en quelques années *. Il était impossible qu'un État déjà constitué, obligé par sa situation physique et politique à une organisation défensive intense, laissât un quart de son territoire en proie à l'anarchie aristocratique. Soit par l'effet de la conquête, soit par suite de l'état des mœurs et du sentiment chaque jour plus vif des nécessités politiques, la transformation se fit sans rencontrer aucune des difficultés auxquelles le Grand Électeur s'était heurté cent années plus tôt*. Ainsi s'établit, au cours du xviii* siècle, au sein de l'État prussien, tine organisation assez uniforme^ qui donna à ses différentes provinces une sorte d'unité nationale et qui lui procura surtout les premiers bénéfices de la centralisation.
Les nécessités politiques, qui avaient fait de cette transformation intérieure une condition d'existence, avaient pris un caractère tellement impérieux, que la nouvelle constitution politique en portait l'empreinte "dans chacun de ses traits. Le pouvoir monarchique n'avait eu raison de l'oligarchie en Prusse que parce qu'il s'était montré seul capable d'assurer, à ce pays sans frontières naturelles, une protection effective*. Si l'on se reporte à la formation de la monarchie française, on y trouve d'autres éléments; là aussi, deux siècles plus tôt^ l'armée permanente, l'impôt permanent avaient été les deux bases sur lesquelles la monarchie avait fondé l'indépendance et la sécurité d'un territoire, éprouvé par des crises non moins terribles que la guerre de Trente