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ans. Mais la monarchie avait eu encore un autre rôle. Elle avait substitué dans quelque mesure la règle à l'anarchie, l'état de droit à l'état de fait et de violence. En Prusse, le pouvoir monarchique s'était créé plus brusquement, par une évolution plus rapide. Il semblait s'être fondé uniquement pour assurer une protection efficace à des collectivités qui en étaient dépourvues. Aussi, toute la constitution nouvelle paraît-elle faite pour cette organisation militaire qu'il a créée ',
11 semble que l'impôt n'ait d'autre but que d'entretenir l'armée; si l'administration commence à se préoccuper de la prospérité du pays, elle paraît tout subordonner' au besoin d'y trouver les ressources et les hommes nécessaires au maintien de la puissance militaire ; c'est le mobile avoué de tous ses actes ^.
L'œuvre accomplie si hâtivement portait d'ailleurs en elle ses défectuosités. Nous avons vu quels ménagements * le Grand Électeur avait dû s'imposer dans sa lutte avec les États. Ces ménagements, conséquence nécessaire de la puissance traditionnelle de l'oligarchie, s'étaient traduits par quelque chose de plus que des lenteurs et des diflicultés. L'aristocratie, dépouillée du pouvoir politique, avait conservé un rôle important dans l'Étal ^ La monarchie ne put là, comme en France, devenir l'arbitre d'éléments sociaux qu'elle n'avait point absolument soumis; elle ne put là, comme en France, préparer par un premier nivellement l'égalité des temps modernes ®.
Dans la transaction qui s'était faite entre l'aristocratie foncière et le pouvoir monarchique, la première trouvait des satisfactions de plus d'un genre : une situation privilégiée dans l'administration et dans l'armée, surtout le maintien de son pouvoir discrétionnaire sur les populations rurales. Le souverain, de son côté, s'était assuré le champ libre de tout obstacle pour l'exercice d'un pouvoir absolu, sans contrôle \ mais d'un pouvoir absolu auquel les idées du xviii« siècle et
1. Dhovhen, ni, II, p, 371 ; 111, m, p. 6. — Aucfi in der L'ivilverwaHiing ein Mili- ULntaiit. HoHMiAK, II, |>. 4U, el p. 6. — IIankk, 1, II, p. 2U5.
2. l'iiii.ii'i'Ho:^, I, pp. 4l>G, <iS7. — iHAACsniiM, II, p. HU. — Bormiak, II, pp. 161, 382.
3. BoN.'^iHAii, I, pp. 324, 332; 11, pp. ^, 9, 222. — Piiii.ippson, I, pp. 168, 422.