LE GOUVERNEMENT PERSONNEL EN PRUSSE
les conditions dans lesquelles il était né prêtèrent un caractère très particulier.
Ce type de gouvernement personnel \ réalisé par Frédéric II, et qui devint l'idéal de l'Europe centrale au xviii* siècle, se nomme Xaufgekldrte Despotismus. On eût dit en France, à cette époque, le règne d'un prince ami des lumières. Le langage actuel l'appelle, pour abréger, le despotisme éclairé. Ce n'est qu'une variété de la monarchie absolue : c'est la conception d'un pouvoir qui refuse toute limitation extérieure, qui accepte seulement celle qu'il trouve dans le sentiment de ses devoirs '.
Déjà dans l'esprit du Grand Électeur, le sentiment de l'autorité illimitée est très vif. Il déclare qu'il veut être absolu^. « Je reste maître et roi », dit Frédéric-Guillaume I", « et je fais ce que je veux*. » Au temps même où le Grand Électeur réduit l'oligarchie, les juristes contemporains, Pnfendorf et Thomasius font la théorie de l'absolutisme ^
Mais en môme temps, le souverain conserve le sens très vivant des intérêts dont il a la garde et la responsabilité '. Frédéric II écrit : « La meilleure forme de gouvernement, c'est la monarchie, à condition que le prince soit éclairé ». « Tout pour le peuple, rien par le peuple » '', disait-on encore. Le roi est, suivant l'expression de Frédéric II, le premier serviteur de l'État; et ce n'est point seulement là une formule. Si le pouvoir absolu a été marqué en France au coin d'une dignité plus ombrageuse, d'une personnalité plus absorbée dans la contemplation de sa propre grandeur, soutenue par des traditions
1. Dès le temps du Grand Électeur. Dboysbn, III, ii, p. 59. — Rankk, I, II, p. 275, der Fttrstenstaat von Seckendorf. — Pdiuppson, I, p. 10. — Treitschke, I, p. 71.
2. Ersnt Meiek, Die Reform der VeiivaUtmg-Organisation unter Stein und Hardenberg, p. 44.
3. Droysen, III, II, p. 372. — Ranke, I-II, p. 379. — Son testament politique. Ranke, I-ll, p. 504. — PmuppsoN, I, p. 23.
4. « Wir bleiben doch llet-r und Kônig und thun doch was voir wollen. » Schmollbr (Preuss. Juhrb., XXVI, p. 2, et XXV, p. 588). — Stadelmanr, Publ. aus den k. Staattarch., II, pp. 27, 30, et XXX, p. 27.