‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 20 sur 186 · PRIESTLEY, PALEY · texte numérisé non relu

PRIESTLEY, PALEY

morale de Tutilité, depuis longtemps préparée, et énoncée sous des formes constamment plus {)arfaites par des penseui*s tels que Gay, llulcheson, Hume et Brown, continue à se développer en Angleterre, autour de Bentkam. Les idées fondamentales sur lesquelles sa philosophie va reposer sont déjà les idées courantes des contemporains de sa jeunesse; et c'est une chose curieuse que, vers cette époque, la doctrine de l'utilité trouve en Angleterre son expression pres<|ue définitive, chez deux écrivains populaires qui sont deux hommes d'église, le dissident Priestley et l'anglican Paley.

Priestley, dans un essai, publié en 1768, « sur les premiers principes du gouvernement, et sur la nature de la liberté politique, civile et religieuse », propose d'adopter, à titre de « grand critérium » pour trancher toutes les questions de politique, « le bien et le bonheur des membres, c'est-à-dire de la majorité des membres d'un État ». Il s'étonne que l'idée ait échappé jusqu'ici à tant d'écrivains ; car « cette unique idée générale, convenablement suivie, jette le plus grand jour sur le système entier de la politique, de la morale... »; il ajoute même « de la théologie ^-^ » : car on ne peut considérer Dieu comme animé par une autre préoccupation que celle du bonheur de ses créatures. Mais ce penseur bizarre, cet hérétique de profession, déterministe, matérialiste, n^teur de la divinité de Jésus, et cependant prêtre chrétien, d'ailleurs historien fécond, agitateur politique, grand chimiste, «Priestley-Protée^^», comme on l'appelle, manque de l'esprit de suite nécessaire pour

entreprendre, dans la solitude et la méditation, l'application systématique du principe qu'il a découvert ou pense avoir découvert. Est-ce même à lui que Bcntham a emprunté la formule du « plus grand bonheur du plus grand nombre"' »? Iteulham l'affirme quelque part*'; mais il affirme ailleurs l'avoir trouvée chez Becearia; il pouvait l'avoir trouvée chez Helvétius. Il est naturel qu'une idée courante tende, un peu de tous câtés, à s'exprimer par les mûmes formules.

Paley, qui peut, lui aussi, avoir emprunté à Priestley l'idée niaîlresse de son livre, applique, en 1785, dans ses « Princii>es de philosophie morale et [wlitique », le principe de l'utilité aux problèmes de morale et de théologie. H déQnit le bonheur, une somme de plaisirs, qui différent seulement par la durée et l'intensité, ou, plus exactement, comme l'excès d'une somme de plaisirs sur une somme de douleurs '*^ Il tient que les actions morales diffèrent des actions immorales par leur tendance, et que le critérium du droit, c'est l'utilité"'. Quant au problème de savoir comment l'intérêt pubUc et rintéi'èt privé se trouvent liés ensemble, il le résout, comme autrefois Gay, par le recours à un Dieu rémunérateur et vengeur". L'ouvrage devient rapidement le manuel classique de morale à l'Université de Cambridge, où Paley professa sept ans de suite, où l'on enseigne depuis longtemps la philosophie de Locke'*, où l'on enseignera désormais « Locke et Paley ». Paley restera pendant un demi-siècle le représentant attitré de e de l'utilité. On dénoncera les « Paleyens > bien

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