LK CALCUL MORAL
qui classe les maladies; ou encore, pour demeurer dans le même ordre de sciences, il procède comme le botaniste, qui classe les genres et les espèces, comme le chimiste qui veut donner une langue à la science nouvelle, créer une nomenclature scientifique. La botanique, la chimie*^^ n'ont-elles pas été, pour Bentham, des sciences de prédilection ?
Comment appliquer le calcul aux choses de la morale? Les fim que le législateur a en vue, ce sont le plaisir et l'absence de peine : il faut donc qu'il en connaisse la valeur^^^. Les instruments qu'il doit employer à produire ces fins, ce sont encore les plaisirs et les peines; les quatre sanctions que Bentham énumère, politique, morale, religieuse et physique, se ramènent toutes à la dernière *^% consistent toutes dans l'espérance de certains plaisirs, dans la crainte de certaines peines, dont il importe, à ce point de vue encore, qu'il connaisse la valeur. Donc, la science de la législation suppose, pour condition première, qu'une comparaison quantitative des plaisirs soit possible. Les règles de ce calcul, tous les moralistes anglais, depuis Hobbes jusqu'à Bentham, ont contribué, chacun pour sa part, à les élaborer : Bentham achève l'œuvre collective. Pour une personne considérée en elle-même, la valeur d'un plaisir ou d'une peine, considérés en soimême, sera plus ou moins grande, selon les circonstances suivantes : 1° son intensité ; 2** sa durée ; 3** sa certitude ou son incertitude; 4® sa proximité ou son éloignem^nt. Ce sont, dira Bentham, les quatre éléments ^
OU encore les quatre dimensions^ du plaisir ou de la peine. Mais la valeur d'un plaisir ou d'une peine, considérés par rapport aux plaisirs et aux peines dont ils peuvent être suivis ou accompagnés, varie selon deux circonstances nouvelles : sa fécondiié^ la chance qu'il présente d'être suivi de sensations du même genre; sa pureté^ la chance qu'il présente de n'être pas suivi de sensations du genre opposé^^^. A ces six éléments, il faudra en ajouter un septième, si l'on envisage non plus une personne considérée en elle-même, mais un certain nombre de personnes, à savoir Vextenstem, c'est-à-dire « le nombre de personnes à qui le plaisir s'étend^ en d'autres termes, qui en sont affectées » . Grâce à la connaissance de ces éléments, la formule du plus grand bonheur du plus grand nombre prend une signification scientifique. Bentham a essayé de définir, jusque dans le détail, les règles de son arithmétique morale. Tous les nombres sur lesquels elle opère ne sont pas de même nature. L'intensité d'un plaisir a un minimum : le plus faible degré de plaisir qui se laisse distinguer d'un état d'insensibilité. La durée d'un plaisir a un minimum : la moindre portion de durée qui soit perceptible à la conscience. A partir de leur minimum pris comme unité, l'intensité et la durée d'un plaisir sont des grandeurs susceptibles de croître sans limite. La proximité d'un plaisir a pour maximum la réalité actuelle de ce plaisir. La probabilité d'un plaisir a pour maximum la certitude absoluequi appartient à un plaisir actuellement éprouvé.