‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 35 sur 186 · DROIT DE PROPRIÉTÉ. HUME · texte numérisé non relu

DROIT DE PROPRIÉTÉ. HUME

voudront se mettre d'accord pour établir une règle de justice, « il devra immédiatement se présenter à eux, comme l'expédient le plus naturel, que chacun continue à jouir de ce dont il est à présent le tnaitre, et que la propriété et la possession constantes soient associées à la possession immédiate » *^. Tel est reffet de l'habitude, qu'elle nous rend difficile de vivre sans la possession des objets que nous avons longtemps possédés, facile de vivre sans la possession de ceux dont nous n'avons jamais joui. Ce n'est donc sur la considération directe ni de l'utilité, ni du travail (car seul le pouvoir de l'association des idées unit l'idée du travailleur avec l'idée du sol sur lequel il travaille), mais de l'habitude et des associations invétérées, que Hume fonde le droit de propriété. Voccupation est un titre de propriété; et, sans doute, il y a pour cela une raison générale d'utilité : les hommes ne sont pas disposés à laisser la propriété en suspens, môme pendant l'espace de temps le plus court, ni à ouvrir le moindre accès à la violence et au désordre. Mais il y a surtout une raison précise tirée de l'association des idées : « la première possession est toujours celle qui attire le plus l'attention ; et, si nous la négligions, il n'y aurait pas l'apparence d'une raison pour assigner la propriété à une possession subséquente quelconque » *®. Il en va de même, à plus forte raison, de la prescription^^. Il en va de môme encore du cas où nous acquérons la propriété des objets par accession ; nous sommes propriétaires des fruits de notre jardin, du cret de notre troupeau, en vertu de l'opération nor-

malc des lois de Tassocialion : < quand des objets sont associés ensemble dans Fimaginalion, ils sont de nature à èlre mis sur le môme pied, et sont communément su[)posés doués des mêmes qualités » ". La succession enfln est un titre légitime de propriété : par Tinfluence de la relation^ ou de l'association des idées, ne sommesnous pas naturellement conduits à porter notre attention sur le fils après la mort du père, et à lui attribuer un titre aux possessions de son père*^?

Dans la philosophie benthamique du droit civil, les deux tendances, conservatrice et révolutionnaire, se manifestent tour à tour, quoique la première remporte constamment en importance sur la seconde, et de beaucoup. Itenlham assigne*' quatre buts à la loi civile : la subsistance, l'abondance, la sûreté, l'égalité. La loi ne peut rien faire diitîetement pour produire la subsistance et l'abondance. Car Tabondance, qui suppose la subsistance, se forme peu à peu par l'opération des mêmes causes que celle-ci; mais, en vue de la subsistance, le besoin et la satisfection du besoin sont une peine et une récompense suffisantes pour dispenser lel^islaleur d'intervenir: n'eùt-on point fait de lois directes pour la subsistance, on peut concevoir que personne ne l'eût négligée. Reste le second couple : sûreté, égalité. Dans quelle mesure ces deux fins peuvent être poursuivies concurremment, dans quelle mesure l'une doit être sacrifiée à l'autre, c'est ce que permet de déterminer l'analyse, entreprise par Bentham, du droit de propriété.

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