VÉRITÉS APPROXIMATIVES
i quantité peut être indéfiniment accrue par le travail, i règle n*est vraie que d'une façon générale et moyenne, fetle nouvelle restriction qu'il convient d'apporter à la ^retendue démonstration du principe de l'identité natuelle des intérêts est impliquée dans la déûnilion même l'Adam Smith: « il est naturel, nous dit-il, que ce qui st habituellement le produit de deux jours ou de deux heures de travail ait une valeur double de ce qui est UibUuellement le produit d'un jour ou d'une heure de ravail i ^^. Si deux chasseurs se sont, à la même heure, ^is en quête d'un cerf, et rapportent chacun leur cerf, [>eu importera que l'un ail pris son cerf après deux lieures, l'autre après quatre heures de chasse, le prix lialurel du cerf sera estimé d'après le temps moyen qu'il 'aul pour prendre un cerf, dans la société considérée. ^ plus, le prix naturel étant lui-même ainsi déBni, le ^rix courant et le prix naturel ne coïncident pas tou- ^urs : il faut dire, pour parler en toute rigueur, que ^ prix courant se règle, en moyenne, sur la quantité Moyenne de travail nécessaire pour produire l'objet sur 6 marché. C'est ce que démontre l'analyse du jeu de offre et de la demande. Étant donnée une certaine ^ffre, il y a demande effective de la part de ceux qui sont disposés à payer le prix naturel ; et la demande effecîve, ainsi définie, se distingue de la demande absolue. I^'un homme très pauvre on peut dire, en un sens, qu'il i^mande un carrosse : car il peut lui arriver de le désirer. Mais sa demande n'est pas effective : car l'objet ne P^ul jamais être apporté sur le marché pour le satisfaire. I. li
178 LE IIADICALISME PHILOSOPHIQUE.
Ou bien donc la quantité offerte sera insuffisante pour satisfaire à la demande effective : alors, par la concurrence des demandeurs, le prix s^élèvera au-dessus du prix naturel. Ou elle sera trop forte: le prix s'abaissera au-di^ssous du prix naturel^*. Mais ces oscillations, supérieureset inférieures au niveau que marque le prix naturel, ne peuvent-elles }UiS être extrômement fortes et extrè» menient prolongtH3s? Adam Smith en doute, et incline à I<'s considérer comme négligeables. « La quantité de tout ohjet ap]X)rté au marché s'accommode naturellement à la demande effective. Il est de rintéret de ceux qui travaillent à ajtporter un objet au marché, que la quantité n*en excède yama «s la demande effective ; et il est de rintéret des autivs qu'elle ne tombe yar»a/5 audessous di'iadomande-'-. » «Sans intervention de la loir par conséquent, les intérêts privés et les passions des hommes les conduisent naturellement à diviser et à distribuer le capital de chaque société, entre lesdilïérenb travaux qui s y exécutent, et cela, dwie façon aussi approchre que possible, iluns la proportion la plus confornio à rintéret do la société tout entière^-* ». 11 est lé^nlime (|ue le théoricien, à la recherche d'une explication rationnrlli* tlos phénoniùnes naturels, voie, dans Tuniversalité d'un phénomène, le siyne d'une loi nécessairiS il est naturel qu'impatient d'avoir découvert des principes nécessaires, il tende à identifier le général avec l'universel, à fain' abstraction de ce qu'il appelle Taccidentel, et pres(|ue à nier les exceptions particulières au principe, qui, d'ailleurs, dans une science plus com-
CONDITIONS D£ l'APPROXIMATION 179
jdète, seraient susceptibles d'une explication par Tactîon perturbatrice d'autre principes.
On serait donc en droit de se demander si Adam Smith» au lieu d'avoir donné, par sa théorie de la division du travail et de la valeur en échange, une démonstration du principe de l'identité naturelle des intérêts, n*en revient pas à postuler la vérité de ce principe, afin de pouvoir négliger les exceptions que souffre, en fait, sa théorie de l'échange. Du moins Adam Smith s'attache-t-il à mettre en évidence toutes les conditions, soit physiques, soit psychologiques, auxquelles se trouve subordonnée la vérité du principe de l'identité naturelle des intérêts. Il faudrait, d'abord, que les objets pussent, en tous temps, être apportés de tous lieux, nar le marché, en quantité indéfinie : mieux cette condition est satisfaite, et plus le prix marchand se maintient d'une façon ccmstante aux environs du prix naturel ^^ Mais il faudrait surtout que les individus fussent, à chaque instant, parfaitement instruits de leurs intérêts réels : et Adam Smith semble disposé à admettre que la nature des phénomènes économiques satisfait à cette dernière condition. Sans doute les vendeurs peuvent se tromper quelquefois, en plus ou en moins, sur la quantité d'un produit qu'ils ont intérêt à apporter sur le marché; mais, en fin de compte, les erreurs particulières s'annulent ^^. Sans doute « les princiixîs de la prudence commune ne gouvernent pas la conduite de tous les individus » : il existe un certain nombre d'individus désintéressés et prodigues. Cependant, « ils influent tou-
jours sur la conduite de la majorité de toutes 1^^ classes ^^ » : môme parmi les emprunteurs, qui n'om t guère la réputation d'être économes, le nombre dos économes et des industrieux « excède considérablement ^ celui des prodigues et des paresseux. Non seulement chaque individu est intéressé, mais chaque individu est le meilleur juge de son intérêt : voilà peut-être 1^ postulat fondamental de la méthode. Ce postulat ipeixt être considéré comme confirmant , en un sens, le caraotère rationaliste de la nouvelle doctrine : il suppose qtio les individus, parfaitement égoïstes, sont aussi, en rè^lo générale, parfaitement raisonnables.
D'ailleurs, quand bien même les observations qui précèdent ne seraient pas fondées, quand bien môm^ Adam Smith n'aurait pas négligé, plus qu'il ne coH" vient, les oscillations du prix marchand autour du pri^ naturel, quand bien même il n'aurait pas insisté, plu^ qu'il ne convient, sur Tintelligence naturelle à l'individ^^ égoïste, dire que les principes de l'économie politiqu^^ sont vrais d'une vérité seulement approchée, ce n'o^^ pas les assimiler à de simples données empiriques, ^^ n'est pas nier le caractère rationnel de la doctrine, l^ méthode inductive en matière économique et social*^» c'est la statistique ; et Adam Smith la néglige et i* dédaigne : « je n'ai guère de foi , nous dit-il , da:^^ rarilhmétique politique ^^ ». // est vrai, d'une rnaniè^^ absolue, que, dune manière générale, le prix œurant ^^ règle sur le prix naturel : ainsi pourrait se résumer I*' doctrine d'Adam Smith, par une formule unique qUi