‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 2)Chapitre 89 sur 186 · POLITIQUE DE LORD SHELBURNE · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE LORD SHELBURNE

pation, violé toutes les traditions, ruiné des monarchies séculaires, insulté des religions vénérées, vient pratiquer, en Angleterre, au profit du roi, une politique également tyrannique, également dédaigneuse des traditions ; quand Pitt abandonne à Burke cette proie, lord Shelburne prend parti pour Haslings. « Les Foxites et les Pittites, écrit-il à Benlham, s'entendent pour couvrir toutes les canailles et persécuter le seul homme de mérite qui existe »; et il fait dresser dans sa maison de Londres un buste de Hastings avec une inscription qui flétrit l'ingratitude de ses concitoyens*^»^. Plus qu'avec des démocrates, tels que Price et Priestley, il est en communion d'idées avec des penseurs comme Hume, qu'il a connu, comme Adam Smith, dont il se vante d'être un disciple, comme Bentham enfin, un de ses plus intimes amis, et le plus régulier de ses hôtes au château de Bowood.

Lord Shelburne a-t-il songé un instant à faire de lui un client capable de lui rendre des services ? « Monsieur Bentham, lui a-t^il demandé un jour, qu'est-ce que vous pouvez faire pour moi » ? Mais Bentham lui a répondu : « Rien du tout, mylord, rien que je sache ; je n'ai jamais dit que je pourrais ; je suis comme le prophète Balaam : la parole que Dieu met dans ma bouche — c'est la seule que je puisse prononcer y>^^\ Lord Shelburne a donc respecté l'indépendance de Bentham, dont le désintéressement, l'originalité, « le raniment, dit-il, comme l'air des champs un médecin de Londres » *®'*. Ce que Bentham, de son côté, aime en lord

Shelburne, c'est le goût des innovations et des réformes, joint au mépris des préjugés de parti****. Bentham a tout un programme de réformes juridiques et économiques, fondéiîs sur le principe de Tutililé publique et du plus grand bonheur du plus grand nombre. Eo matière juridique, il adopte le principe despotique de l'identification artificielle des intérêts; en matière économique, le principe libéral de l'identité naturelle des intérêts. Plus tard, beaucoup plus tard, il reprendra, pour les incorporer à une théorie complète de la démocratie représentative, ses réflexions de 1782 sur la division des pouvoirs, son essai de 1788 sur le suffrage universel. Mais, {)our l'instant, il ne semble pas avoir encore pris au sérieux l'application du principe, sous l'une ou l'autre de ses formes, à la solution des problèmes de droit constitutionnel. Disciple d'Helvétius, il a troj) de confiance dans le gouvernement de la science j>our se rallier î\ la thèse anarchiste, trop de confiance mènie pour acccepter la solution mixte, proposée par Priostloy, h laquelle il finira pourtant par se rallier. 11 insiste fréquemment, vers cette époque, sur la diH'ércnce essentielle qui existe entre le droit constitutionnel et les autres branches du droit : l'impossibilité d'édicter d(?s sanctions })énaK*s contre les gouvernants, lorsqu'ils manquent à leurs obligations '"^ Mais n'est-ce jias là nier que le droit constitutionnel puisse être constitué sur la base du principe scientifique de l'intérêt général? La seule s<inction sur l'influence de laquelle Bentham semble compter, pour intimider les gouvernants,

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